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La BCEAO impose la gratuité des transferts mobile money dans l'UEMOA

La Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest impose, à partir du 2 novembre 2026, le routage de tous les transferts interopérables par sa plateforme PI-SPI. Les envois jusqu'à 8 000 FCFA deviennent gratuits, mais les retraits et paiements marchands restent hors du dispositif.

6 min de lectureMis à jour il y a 59 minutes
Des marques de mobile money font la publicité de leurs services à Deux Plateaux, Abidjan, le 20 janvier 2023
Crédit image : Issouf SANOGO/AFP
Dans cet article
  1. Un communiqué d'une page qui rebat les cartes du mobile money
  2. Ce que le communiqué ne tranche pas
  3. Le coût du réseau se déplace vers le retrait
  4. Où se logera la valeur pour les fintechs

Un communiqué d'une page qui rebat les cartes du mobile money

Le 2 octobre 2026, la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a publié un communiqué d'une page, rapporte TechCabal. À compter du 2 novembre 2026, toute transaction de monnaie électronique interopérable dans les huit pays de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) devra transiter par la plateforme de paiement instantané de la banque centrale, la PI-SPI. Les petits transferts entre particuliers deviennent gratuits, tandis que les frais sur les montants plus élevés sont plafonnés à 0,8 %.

Ce que prévoit le texte

La PI-SPI (Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané) a été lancée le 30 septembre 2025. Un an plus tard, la BCEAO compte 175 participants connectés et plus de 38 millions de personnes ayant accès au paiement instantané. Après évaluation de cette première année, elle a révisé la tarification des transferts entre particuliers.

Les transferts nationaux sont gratuits tant que le cumul quotidien reste inférieur ou égal à 8 000 FCFA (environ 13,7 dollars) par utilisateur et par établissement, sans limite du nombre d'opérations. Selon la BCEAO, ce seuil couvre environ 75 % des transferts de monnaie électronique de l'Union. Au-delà, les établissements peuvent appliquer des frais compris entre 0 % et 0,8 % du montant hors taxes. Recevoir est gratuit, sans limite de montant ni de nombre. Les transferts entre pays de l'UEMOA s'aligneront sur ces conditions au 1er juin 2027.

L'échelle du marché en jeu

Le rapport 2024 de la BCEAO sur les services financiers numériques recensait 248,7 millions de comptes de monnaie électronique dans l'Union, dont 76,8 millions actifs, pour 160 415 milliards de francs CFA (FCFA) de transactions, soit environ 119 % du produit intérieur brut (PIB) régional. Les transferts représentaient 31,8 % de cette valeur, les dépôts et retraits d'espèces 56,8 %.

Lors de sa première année, la PI-SPI rendait les transferts entre particuliers (P2P) gratuits mais limitait le nombre d'opérations gratuites, à 30 par mois selon Jeune Afrique. Les paiements marchands et les flux transfrontaliers restaient payants. L'adoption a été lente : fin décembre 2025, seuls 221 000 utilisateurs avaient créé un alias de paiement, et Wave, premier opérateur au Sénégal et en Côte d'Ivoire, n'a rejoint la plateforme que le 30 septembre 2026.

La nouvelle règle change de critère : ce n'est plus le nombre d'envois qui compte, mais leur montant. Une commerçante qui effectue dix transferts de 500 FCFA par jour, environ 8,6 dollars au total, ne paie rien. Un salarié qui envoie 50 000 FCFA (85,6 dollars) à sa famille paie jusqu'à 400 FCFA (0,68 dollar). À 8 000 FCFA (13,7 dollars) par jour, un même utilisateur peut envoyer gratuitement jusqu'à 240 000 FCFA (411 dollars) par mois depuis un seul établissement, soit 3,2 fois le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) ivoirien de 75 000 FCFA (128 dollars).

Ce que le communiqué ne tranche pas

Le texte laisse hors de son champ les retraits chez l'agent, les paiements marchands, les décaissements d'entreprises comme la paie, le paiement de factures et le crédit. Les opérateurs conservent donc leur liberté tarifaire sur ces services.

Plusieurs zones grises subsistent. La règle vise les transactions interopérables et ne précise pas si un transfert entre deux clients du même opérateur doit suivre la même tarification. Si l'intra-réseau reste à 1 % alors que l'inter-réseau sous 8 000 FCFA (13,7 dollars) est gratuit, les clients auront une raison de quitter leur propre réseau. Le communiqué fixe aussi un plafond en pourcentage, pas en montant : sur un transfert d'un million de FCFA (1 712 dollars), 0,8 % représente 8 000 FCFA (13,7 dollars), plus que le plafond actuel de Wave, qui facture 1 % plafonné à 5 000 FCFA (8,6 dollars). Les gros envois pourraient donc coûter davantage, sauf choix contraire des opérateurs.

Autre point non tranché : la franchise s'applique « par utilisateur et par établissement ». Une personne disposant de trois portefeuilles bénéficie de trois franchises journalières, soit 24 000 FCFA (41,10 dollars) au total. Le multi-SIM est courant dans la région. Le communiqué ne dit rien non plus de l'interchange entre participants ni des frais de routage versés à la BCEAO, qui déterminent si la gratuité représente une perte ou une opération neutre pour l'établissement émetteur.

Le coût du réseau se déplace vers le retrait

La BCEAO a fait du transfert de base un service public. Le coût n'a pas disparu : les agents et le transport physique des espèces continuent de coûter. En 2025, la Commission Bancaire, superviseur bancaire régional de l'UEMOA, a dénombré environ 1,83 million de points de service dans les huit pays. Si l'envoi ne finance plus ce réseau, une autre source devra le faire.

La marge disponible est faible. Les établissements de monnaie électronique agréés ont dégagé un bénéfice net cumulé de 16,9 milliards de FCFA (29 millions de dollars) en 2025, selon la Commission Bancaire, contre 1 252,1 milliards de FCFA (2,14 milliards de dollars) pour le secteur bancaire. Il reste peu de place pour absorber la perte des revenus de transfert.

Le routage obligatoire centralise par ailleurs tous les flux de paiement de l'Union sur une plateforme unique de la banque centrale. Cela apporte de la visibilité et un cadre commun, mais concentre le risque opérationnel : la PI-SPI a connu des interruptions dans ses premiers mois.

Où se logera la valeur pour les fintechs

Si déplacer de l'argent devient gratuit, la valeur se déplace vers ce qui entoure le transfert. Les réseaux d'agents et la gestion de la liquidité restent stratégiques : qui exploite le réseau de retrait le plus fiable et le moins cher pourra le facturer, et les usagers ruraux auront peu d'alternatives.

L'acceptation marchande constitue un autre terrain. Le rapport 2024 recensait 3,7 millions de points d'acceptation marchands, en hausse de 111 % en un an, et les paiements marchands restent hors du régime gratuit. Les paiements d'entreprise — paie, fournisseurs, encaissements, rapprochement comptable — demeurent payants et complexes, un segment où des sociétés comme Julaya se sont construites et où les banques sont les plus faibles en produit. La donnée et le crédit forment un troisième axe : des transferts gratuits et interopérables produisent des historiques de transactions plus riches, et les prêteurs capables d'en tirer des décisions de crédit gagnent sur le prêt, pas sur le transfert. Enfin, quand le rail est partagé, l'application que le client ouvre en premier décide qui vend le produit suivant.

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