Opera liquide sa filiale kényane Phoneserve, OPay vise 4 Md$
Opera Limited a engagé la liquidation volontaire de Phoneserve Technologies, sa filiale kényane liée à la publicité, rapporte Launch Base Africa. La fintech OPay, dont Opera détient 9,5 %, prépare une introduction en Bourse aux États-Unis visant environ 4 Md$.

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Opera engage la liquidation volontaire de Phoneserve Technologies
Opera Limited a lancé la dissolution de Phoneserve Technologies Co. Limited, l'une de ses deux filiales kényanes, selon Launch Base Africa. La procédure retenue est une liquidation volontaire décidée par les associés, réservée aux sociétés solvables dont les actionnaires choisissent d'arrêter l'activité et de répartir les actifs restants.
Une résolution spéciale a été adoptée le 8 septembre 2026 par les membres de Phoneserve Technologies, nommant George Weru et Muniu Thoithi, tous deux basés à Nairobi, comme liquidateurs conjoints. Les créanciers disposent jusqu'au 30 septembre 2026 pour déclarer leurs créances.
L'interdiction des speed dials à l'origine de la décision
La fermeture de cette entité remonte à une décision réglementaire prise plus de deux ans auparavant. Le Betting Control and Licensing Board (BCLB) kényan avait interdit aux opérateurs de paris d'acheter de la publicité sur la fonction « speed dial » — les raccourcis affichés sur la page d'accueil d'un navigateur — sur Opera Mini et d'autres navigateurs.
Cette intervention faisait suite à une pétition de la Consumer Federation of Kenya (Cofek), qui estimait que ce dispositif exposait les consommateurs, en particulier les enfants, à des publicités pour les jeux d'argent. Le juge Lawrence Mugambi a ordonné au BCLB de veiller à ce que tous les opérateurs de jeux cessent immédiatement d'utiliser les speed dials, et l'ordonnance par consentement a été formellement entérinée par la cour le 9 janvier 2024.
La mesure était asymétrique : le BCLB a banni les speed dials sur Opera Mini tout en laissant Chrome, Safari et d'autres navigateurs exploiter normalement cette fonctionnalité. Le Kenya est ainsi devenu le seul pays au monde à restreindre une fonctionnalité de navigateur de cette manière, une décision jugée discriminatoire par des acteurs du secteur.
Pour Opera, les conséquences ont été lourdes. Les speed dials constituaient un canal de revenus majeur au Kenya, en affichant des raccourcis vers les principales sociétés de paris. Privée de ces recettes publicitaires, l'économie des campagnes de données gratuites d'Opera — qui offraient jusqu'à 1,5 Go de navigation mensuelle sans frais — est devenue intenable.
En avril 2024, Opera a annoncé la suspension de ces campagnes au Kenya, affectant environ 13,5 millions d'utilisateurs locaux. « Nous avons dû suspendre nos investissements et l'accès gratuit à internet au Kenya en raison de la décision des autorités locales d'arrêter la publicité sur les Speed Dials (Bookmarks) dans les navigateurs », a déclaré l'entreprise. « Nous espérons une solution pour pouvoir à nouveau fournir des données gratuites à vous, nos précieux clients au Kenya. »
Rien qu'en 2023, Opera avait offert plus de quatre millions de gigaoctets de données via cette campagne, soit environ 1,6 milliard de shillings kényans (près de 12,4 M$).
Deux filiales kényanes, deux métiers distincts
Les documents déposés par Opera montrent que le groupe exploitait deux filiales au Kenya, toutes deux constituées comme « entités opérationnelles chargées des encaissements et de la monétisation locales ». O-Play Kenya Limited a été immatriculée le 24 mai 2017, tandis que Phoneserve Technologies l'a été plus tôt, le 17 avril 2015.
Les deux structures suivaient toutefois des lignes d'activité différentes. O-Play Kenya est devenue le véhicule opérationnel de la stratégie fintech et paiements d'Opera dans la région. OPay y a été lancé comme service de paiement via O-Play Kenya Limited, et cette filiale a géré la plateforme de microcrédit OKash lors de son introduction en 2018. En décembre 2018, Opera a versé 9,5 M$ pour acquérir 100 % des actions de TenSpot Pesa Limited, alors propriétaire de l'activité OKash.
Phoneserve, à l'inverse, était rattachée à l'activité navigateur et publicité — précisément le flux de revenus que l'interdiction des speed dials a détruit.
La distinction est essentielle. Si Phoneserve est en cours de dissolution, O-Play Kenya Limited n'apparaît pas dans l'avis de liquidation et reste dans la structure du groupe. La liste des filiales significatives d'Opera au 31 décembre 2025 inclut toujours O-Play Kenya Ltd.
Le navigateur reste solide, la fintech portée par OPay
Malgré ces revers réglementaires, l'activité navigateur d'Opera au Kenya demeure importante. Au premier trimestre 2025, le Kenya était le premier marché mondial d'Opera Mini, avec 13 millions d'utilisateurs, soit environ 12 % des 100 millions d'utilisateurs du navigateur dans le monde.
En novembre 2025, Opera a renouvelé son partenariat avec Safaricom pour offrir 1,5 Go de données sponsorisées gratuites par mois via Opera Mini. Depuis le retour de ces campagnes, Opera Mini a enregistré une hausse de 13 % de ses utilisateurs kényans mensuels moyens, et 47 % des Kényans utilisent désormais Opera Mini comme navigateur par défaut, en progression de 40 % depuis le début de l'année. Chez les utilisateurs Safaricom spécifiquement, Opera Mini affiche un bond de 93 % de ses utilisateurs actifs quotidiens et de 55 % des pages chargées depuis le redémarrage de la campagne.
Opera a aussi continué d'investir dans la technologie de son navigateur, en intégrant son assistant IA Aria à Opera Mini en avril 2025 — une fonctionnalité conçue pour ne pas alourdir la consommation de données ni la taille de l'application. « L'IA devient rapidement une partie intégrante de l'expérience internet quotidienne. Amener Aria sur Opera Mini est une étape naturelle pour notre navigateur le plus téléchargé », a commenté Jørgen Arnesen, EVP Mobile chez Opera.
L'activité fintech d'Opera en Afrique dépasse largement ses entités opérationnelles kényanes. Le groupe détient 9,5 % d'OPay, la fintech nigériane qu'il a contribué à fonder en 2018. Cette participation était valorisée environ 294,6 M$ fin 2025, ce qui implique une valorisation globale d'OPay d'environ 3,1 Md$.
OPay vise désormais une valorisation d'environ 4 Md$ avant une introduction en Bourse prévue aux États-Unis, et a mandaté Citigroup, Deutsche Bank et JPMorgan Chase pour conseiller l'opération. En 2025, l'entreprise a enregistré 536,3 M$ de revenus, en hausse de 161 % sur un an, et a traité 358 Md$ de valeur brute de transactions.
Les ambitions fintech d'Opera incluent également MiniPay, un portefeuille de stablecoins en auto-conservation bâti sur la blockchain Celo. Lancé comme mini-application dans le navigateur Opera, MiniPay s'est ensuite étendu en produit autonome et s'est intégré à des rails de paiement locaux comme M-PESA au Kenya et OPay au Nigeria.
La stratégie africaine maintenue
La dissolution de Phoneserve Technologies marque la fermeture d'une entité juridique précise, dont le modèle économique a été rendu intenable par la réglementation. Elle ne signale pas un retrait d'Opera du Kenya.
La direction stratégique du groupe est claire dans ses communications publiques. En février 2024 encore, Opera réaffirmait sa stratégie « Africa First », avec un engagement de 100 M$ pour développer l'accès à internet et les outils financiers sur le continent. La technologie de compression de données d'Opera Mini, qui peut réduire la taille des pages web jusqu'à 90 %, reste un outil clé dans un marché où le coût des données constitue un frein majeur à l'adoption d'internet.
Le rapport annuel 2024 du groupe, déposé auprès de la SEC en avril 2025, fait état d'un chiffre d'affaires en hausse de 21 % sur un an, à 480,6 M$, pour un EBITDA ajusté de 115,3 M$. Le document ne détaille pas séparément les revenus kényans, mais reconnaît que le recentrage vers les marchés occidentaux s'est traduit par une baisse de 8,5 % des utilisateurs sur les marchés émergents, malgré une meilleure monétisation globale.
Pour les 13,5 millions de Kényans qui dépendaient des campagnes de données gratuites d'Opera, l'effet concret de l'intervention réglementaire a été important. Le pari du groupe est désormais que son activité navigateur, sa plateforme d'actualités et ses investissements fintech — en particulier sa participation dans OPay — se révèleront plus durables que le modèle publicitaire que portait Phoneserve. La réussite de ce pari dépendra de la stabilité réglementaire et de la capacité du groupe à monétiser sa base d'utilisateurs kényans par des canaux qui ne reposent pas sur la publicité par speed dial, désormais fermée par les autorités.


