Aller au contenu principal
Live
Venture CapitalMarocMaroc

Journify lève 12 M$ en série A pour exporter son infrastructure publicitaire

La société maroco-californienne Journify a obtenu 12 M$ en série A, menée par Al Mada Ventures et co-menée par Silicon Badia, à une valorisation quatre fois supérieure à la précédente. Cet argent doit financer son entrée aux États-Unis et en Europe ainsi que le renforcement de son intelligence artificielle.

4 min de lectureMis à jour il y a 10 minutes
Illustration de l’article
Dans cet article
  1. Une infrastructure de données publicitaires née à Casablanca et à San Francisco
  2. Ce que fait concrètement la plateforme
  3. Al Mada Ventures mise sur la couche de données
  4. Un marché américain prometteur mais encombré

Une infrastructure de données publicitaires née à Casablanca et à San Francisco

Journify, qui se présente comme un fournisseur d'« ad signal infrastructure » et possède des bureaux à Casablanca et San Francisco, a bouclé une série A de 12 M$, selon Launch Base Africa. L'opération valorise l'entreprise quatre fois plus que lors de son précédent tour de table.

Le financement est mené par Al Mada Ventures, le véhicule d'investissement casablancais du groupe marocain Al Mada, et co-mené par Silicon Badia, déjà présent au capital. Shorooq et Bunat Ventures ont renforcé leurs positions, tandis que Du Ventures, basé à Dubaï, et Oraseya Capital font leur entrée. Les fonds serviront à ouvrir les marchés américain et européen et à muscler l'intelligence artificielle de la plateforme.

Ce que fait concrètement la plateforme

Journify s'intercale entre les systèmes internes d'une marque — plateformes ecommerce, logiciels de gestion de la relation client, historiques de ventes hors ligne, entrepôts de données — et les grandes régies publicitaires. Elle collecte, vérifie et enrichit les événements de conversion, avant de les transmettre côté serveur à Google, Meta, TikTok, Snap et Amazon Ads.

L'objectif : faire en sorte que les algorithmes de ces plateformes apprennent à partir des achats et des inscriptions réellement effectués, et non d'une image incomplète ou bruitée. Le contexte réglementaire explique l'intérêt pour cette brique technique : la dégradation des cookies tiers et des identifiants d'appareils, sous l'effet du RGPD et du cadre App Tracking Transparency d'Apple, rend les marques dépendantes de leurs propres données first-party.

Des résultats revendiqués chez les clients du Golfe

Plus de 100 entreprises utilisent aujourd'hui la plateforme, de jeunes marques ecommerce à de grands distributeurs régionaux, pour des centaines de millions de dollars de dépenses publicitaires annuelles. Selon l'entreprise, le saoudien Jarir Bookstore a augmenté de 182 % son retour sur dépenses publicitaires sur Meta, et la marque ecommerce Baytonia a porté son retour sur TikTok à 80 % de plus, tout en réduisant de 44 % son coût par achat.

« L'IA transforme la publicité, mais l'intelligence qui la sous-tend ne vaut que ce que valent les signaux qu'elle reçoit », déclare Taoufik El Jamali, cofondateur et directeur général de Journify. « Les entreprises savent qui achète, qui revient et ce qui crée une valeur client durable. Trop peu de ces connaissances parviennent aux plateformes publicitaires qui portent leur croissance. »

Al Mada Ventures mise sur la couche de données

L'entrée d'Al Mada Ventures comme chef de file est un signal pour l'écosystème technologique marocain. Le fonds, adossé au groupe Al Mada, s'est imposé comme l'un des investisseurs locaux les plus actifs sur les opérations technologiques au Maroc et en Afrique. Son directeur général, Omar Laalej, voit dans ce ticket un pari sur la couche de données qui alimente le marketing piloté par l'IA.

« À mesure que l'IA prend une place plus grande dans le marketing, nous croyons que le lien entre des données clients fiables et les décisions qui en découlent va gagner en valeur », explique-t-il, qualifiant l'approche de Journify de « socle respectueux de la vie privée, capable d'évoluer vers l'intelligence et l'action ».

Pour Silicon Badia, il s'agit d'un réinvestissement. Hossam Shafick, associé du fonds, indique que Journify a multiplié sa valorisation par plus de quatre et ses revenus par plus de cinq depuis le premier investissement. « Cette performance a renforcé notre conviction que Journify peut devenir un leader mondial de l'infrastructure de signaux publicitaires », affirme-t-il.

Un marché américain prometteur mais encombré

L'ambition américaine se heurtera à la concurrence la plus vive du secteur : les revenus de la publicité numérique y ont atteint 294,6 Md$ en 2025, d'après IAB et PwC. Journify a nommé à son conseil Ryan Burke, qui a occupé trois fois le poste de directeur des revenus. Ce dernier dit connaître Taoufik El Jamali depuis leur passage chez InVision, l'éditeur de logiciels de design, et voit dans la traction au Moyen-Orient une preuve de l'adéquation produit-marché. « Vu le succès qu'ils obtiennent déjà au Moyen-Orient, la question n'est pas de savoir si cela fonctionne aux États-Unis, mais à quelle vitesse nous pouvons passer à l'échelle », soutient-il.

Le paysage reste toutefois dense : Elevar, Datahash et diverses solutions développées par des agences couvrent des besoins proches, tandis que les régies proposent leurs propres outils natifs, comme Conversions API Gateway de Meta ou Enhanced Conversions de Google. La différenciation de Journify repose sur son indépendance vis-à-vis des plateformes et sur la profondeur de ses intégrations à la couche de données. L'entreprise détient un rapport SOC 2 Type II et affirme se conformer au RGPD, des prérequis utiles pour vendre aux grandes entreprises mais de plus en plus standards.

Fondée en 2022 par Taoufik El Jamali, Amine Chouki et Omar Al Shoubaki, Journify dispose de bureaux à Dubaï et Riyad en plus de son siège de San Francisco. Elle avait déjà levé un tour stratégique qui avait doublé sa valorisation lors de son expansion dans les pays du CCG.

Maillage