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Wave primée à Luanda : la fintech devenue banque en Côte d'Ivoire

Le 3 novembre 2026, Wave a reçu le trophée African Disrupter des AFIS Awards, à Luanda. Le même palmarès distingue FirstRand, Old Mutual, un gouverneur de banque centrale nommé et un second évoqué sans être nommé. Un « disrupteur » couronné aux côtés des banques qu'il devait remplacer : voilà qui mérite qu'on regarde ce que le jury a récompensé.

5 min de lectureMis à jour il y a 9 minutes
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Crédit image : Photo : Simon van Teutem and Tuna Acisu — BY 4.0 (Openverse)
Dans cet article
  1. Le trophée et le capital : deux chiffres qui ne disent pas la même chose
  2. Ce que le palmarès met côte à côte
  3. Les autres lauréats vont dans le même sens
  4. Ce que le palmarès ne dit pas
  5. Le déplacement

Le trophée et le capital : deux chiffres qui ne disent pas la même chose

Le 3 novembre 2026, à Luanda, en marge de la 6e édition de l'Africa Financial Summit, un jury indépendant a remis six distinctions. Wave repart avec celle d'African Disrupter. La cérémonie, organisée en partenariat avec Forvis Mazars, vante son « modèle de paiement mobile fondé sur des frais réduits » et ses « plus de 21 millions d'utilisateurs » sur huit marchés, dont le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Cameroun.

Regardez maintenant la ligne suivante du même document. En 2025, Wave a mobilisé 117 millions d'euros de financement par dette et lancé Wave Bank Africa en Côte d'Ivoire, « une banque commerciale dotée d'un capital social de 20 milliards FCFA ».

Voilà le vrai sujet. Une entreprise qui a bâti sa réputation sur le paiement mobile vient d'ouvrir une banque. Et le prix qu'elle reçoit s'appelle « Disrupter ». L'écart mérite qu'on s'y arrête.

Ce que le palmarès met côte à côte

La documentation ne dit pas ce qu'implique juridiquement une licence bancaire en zone CFA — ni le capital minimum imposé par la BCEAO, ni les ratios de solvabilité exigés. Elle dit une chose, et une seule : Wave Bank Africa est une banque commerciale dotée de 20 milliards FCFA de capital social. On ne sait pas si ce montant est un plancher réglementaire ou un choix de l'entreprise. On sait qu'il a été réuni.

Ce que le palmarès met en revanche clairement côte à côte, c'est une fintech de paiement et des établissements installés. FirstRand, Old Mutual, DPI, deux gouverneurs de banques centrales : le jury n'a pas opposé les nouveaux entrants aux anciens, il les a réunis sur la même scène, sous un thème — « Making Capital Count : accélérer la croissance grâce à la finance africaine » — qui parle d'accumulation de capital, pas de contournement.

La lecture que l'on peut faire de ce palmarès, et elle est cohérente avec les faits qu'il expose : la disruption récompensée est celle qui s'est dotée des mêmes instruments que les acteurs établis. Une hypothèse, pas une confidence du jury — les critères publiés restent génériques (performances, innovation, impact économique, contribution à la transformation du secteur).

Les autres lauréats vont dans le même sens

Dans la catégorie African Banker, le prix revient à Mary Vilakazi, directrice générale de FirstRand, première femme à diriger ce groupe sud-africain depuis avril 2024. La documentation indique qu'elle est récompensée pour « la conduite de sa stratégie de recentrage et les performances opérationnelles enregistrées sous son mandat ». Le groupe a engagé un retrait de ses activités britanniques pour concentrer ses ressources sur l'Afrique du Sud et certains marchés africains. Au terme de l'exercice clos en juin 2026, FirstRand affiche une hausse de 13 % du résultat de ses activités poursuivies, soutenue par la croissance à deux chiffres de FNB et RMB, et a distribué le dividende le plus élevé de son histoire.

On récompense un recentrage, pas une expansion. C'est un fait du palmarès, pas une consigne envoyée aux autres.

Même logique chez Old Mutual, où Jurie Strydom est distingué pour « la transformation stratégique » de l'assureur. En 2025, le groupe a enregistré une progression de 13 % de son résultat opérationnel à 9,8 milliards de rands, et de 24 % de son résultat net ajusté à 8,3 milliards de rands. Il a lancé OM Bank en août 2025 et annoncé un rachat d'actions de 3 milliards de rands. Un assureur qui ouvre une banque, une fintech qui ouvre une banque : les deux mouvements figurent dans le même palmarès, à la même date. C'est une analogie que la documentation autorise ; ce n'est pas un mécanisme qu'elle démontre.

Quant à DPI, récompensé dans la catégorie African Fund, il illustre une troisième jambe : le capital-investissement. Ses fonds ADP II et ADP III emploient plus de 60 000 personnes, et son quatrième véhicule, ADP IV, vise près d'un milliard de dollars. Le premier closing a reçu 50 millions de dollars de DEG, l'institution allemande de financement du développement, et 42 millions de dollars de Proparco, filiale de l'Agence française de développement dédiée au secteur privé. De l'argent public de développement européen engagé dans un fonds privé qui finance des entreprises africaines : la chaîne est documentée, elle mérite d'être nommée.

Ce que le palmarès ne dit pas

Il faut ici s'arrêter sur ce que la documentation ne permet pas d'établir. Aucun chiffre n'est donné sur les frais réellement pratiqués par Wave, ni sur le coût de son passage au statut bancaire, ni sur la part de ses 21 millions d'utilisateurs qui sont actifs ou qui paient. « Utilisateurs » n'est pas « clients », et un compte ouvert n'est pas un compte utilisé. Le document ne tranche pas.

De même, on ne sait pas combien Wave Bank Africa a coûté à ouvrir, ni si l'opération est rentable. Les 117 millions d'euros levés par dette en 2025 sont un financement, pas un résultat. Confondre les deux serait l'erreur classique : ici, on constate qu'on ne sait pas.

Le déplacement

Reste une question, plus intéressante que le palmarès lui-même. Si les « disrupteurs » doivent ouvrir des banques pour figurer au tableau d'honneur, que reste-t-il de la promesse d'inclusion financière qui justifiait leur existence ? Une banque a des actionnaires, des ratios à tenir, des crédits à recouvrer. Elle prête moins facilement qu'un opérateur de paiement ne transfère de l'argent.

La réponse tient peut-être dans la composition du palmarès. Un gouverneur de banque centrale y figure nommément — Soraya M. Hakuziyaremye, première femme à diriger la Banque nationale du Rwanda, nommée en 2025 — et un second gouverneur est évoqué sans être nommé. En réunissant fintechs et régulateurs sur la même scène, les AFIS Awards décrivent au moins une chose : en Afrique, l'innovation financière se présente désormais avec ses régulateurs dans la salle.

Ce n'est pas une critique. C'est une description. Et c'est probablement la leçon la plus utile que les entrepreneurs du secteur puissent retenir de Luanda : la licence n'est plus le décor, elle est devenue le produit.

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