Ghana : pourquoi 7,9 % de crédit privé expliquent la visite de la reine Máxima
La reine Máxima des Pays-Bas a passé une journée dans des entreprises agricoles ghanéennes partenaires d'IDH Ghana. Derrière la visite protocolaire, un chiffre : le crédit au secteur privé ne pèse que 7,9 % du PIB ghanéen (Banque mondiale, 2025). Quand les banques prêtent si peu, ce sont les programmes de développement qui financent l'agriculture.

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Une visite, trois entreprises, un même vide
Le 4 novembre 2026, la reine Máxima des Pays-Bas, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la santé financière, a visité trois entreprises agricoles ghanéennes travaillant avec IDH Ghana : FarmMate, AgroCenta et WamiAgro. Trois modèles différents, et pourtant une même fonction : faire ce que les banques ne font pas.
Prenez WamiAgro. L'entreprise déclare avoir déployé plus de 600 000 dollars de financement d'intrants auprès d'environ 5 000 agriculteurs, avec un taux de recouvrement d'environ 95 % et des rendements en hausse jusqu'à 44 % chez les participants. AgroCenta, fondée en 2016, a facilité la distribution de plus de 70 000 tonnes de denrées depuis 2018. FarmMate, créée en 2022, revendique, dans son profil partenaire, un accès garanti au marché pour plus de 3 000 producteurs de tomates et un potentiel de paiement annuel d'environ 12,5 millions de dollars à pleine capacité opérationnelle.
Ces chiffres sont déclarés par les entreprises elles-mêmes, dans le cadre de leur partenariat avec IDH. Ils décrivent des volumes, des bénéficiaires et des montants d'investissement. C'est précisément là que se joue l'histoire.
Le crédit manquant
Le Ghana compte 35,1 millions d'habitants et un PIB de 114,2 milliards de dollars en 2025, selon la Banque mondiale. L'agriculture représente 21,3 % de ce PIB et 34,6 % de l'emploi total. Pourtant, le crédit intérieur au secteur privé ne représente que 7,9 % du PIB (Banque mondiale, 2025). Sept virgule neuf pour cent. Dans une économie où l'agriculture pèse plus d'un cinquième de la richesse produite, le système bancaire prête au secteur privé l'équivalent de moins de 8 % du PIB.
La documentation ne dit pas pourquoi les banques prêtent si peu. Elle ne donne ni le coût du crédit agricole, ni le taux de refus des dossiers, ni la part de l'agriculture dans l'encours bancaire. Ce qu'elle établit, c'est le résultat : un écart entre le poids de l'agriculture dans l'économie et le volume de crédit privé disponible.
Qui paie, qui décide
C'est ici qu'intervient le modèle IDH. L'organisation travaille avec des partenaires publics et privés pour lever les barrières qui empêchent les agriculteurs et les agroentreprises de grandir, en renforçant les PME qui agrègent, transforment et vendent la production. Le programme Grains for Growth, mené avec la Mastercard Foundation de 2021 à 2024, a touché 49 651 agriculteurs, soutenu 170 745 jeunes dans l'accès au travail et permis 39,4 millions de dollars d'investissement, selon la fiche programme d'IDH Ghana. Le programme WISE travaille avec 16 PME dans sept régions et cible 125 000 emplois, dont 80 % destinés à des jeunes femmes et des jeunes. Le programme MAMA, financé par l'ambassade de Norvège, vise 10 000 agriculteurs dans cinq régions du nord de 2026 à 2028, dont 60 % de femmes.
Le mécanisme est simple à décrire : un bailleur public finance une organisation de développement, qui sélectionne des PME agricoles, qui elles-mêmes agrègent, financent et commercialisent pour des petits producteurs. La banque n'est pas au centre du dispositif. Le contribuable norvégien, la fondation Mastercard et les partenaires d'IDH financent une architecture parallèle, avec ses propres critères de sélection, ses propres objectifs et sa propre temporalité.
Ce n'est pas un détail. Grains for Growth s'est arrêté en 2024. MAMA court jusqu'en 2028. La documentation ne dit pas ce que deviennent les agriculteurs et les PME à la fin d'un programme, ni si les entreprises accompagnées continuent de fonctionner sans l'appui d'IDH.
Le 95 % de WamiAgro
Le chiffre le plus intéressant de la documentation est peut-être celui-ci : WamiAgro rapporte un taux de recouvrement d'environ 95 % sur son portefeuille de financement d'intrants, auprès d'environ 5 000 agriculteurs. Autrement dit, quand une entreprise agricole prête à des petits producteurs en y ajoutant de la formation, de la littératie financière et des informations météo en langues locales, elle récupère l'essentiel de son argent.
Faut-il en conclure que les banques pourraient faire de même ? La documentation ne le permet pas. Elle ne dit pas ce que coûte à WamiAgro l'accompagnement qui produit ce taux de recouvrement, ni si le 95 % inclut les intrants non remboursés couverts par un programme. Elle ne dit pas non plus quel volume de crédit bancaire serait nécessaire pour atteindre 5 000 agriculteurs, ni à quel taux. Le 95 % est un résultat d'entreprise déclaré, sur un périmètre précis : le financement d'intrants de WamiAgro, pas le crédit agricole ghanéen dans son ensemble.
Ce que la visite ne dit pas
La reine Máxima est venue voir des entreprises qui travaillent avec IDH Ghana. La documentation fournie ne mentionne aucune entreprise qui aurait échoué dans le dispositif. Aucun document ne dit combien touche le producteur de tomate ou de grain dans cette chaîne, ni quelle part de la valeur finale lui revient. Les chiffres disponibles décrivent des volumes, des nombres de bénéficiaires et des montants d'investissement. Ils ne décrivent pas la répartition de la marge.
C'est la question qui reste ouverte, et elle est plus importante que le nombre d'agriculteurs atteints. Un modèle qui connecte 3 000 producteurs à un acheteur garanti peut améliorer leurs revenus ou simplement stabiliser l'approvisionnement de l'acheteur. Les deux sont possibles. La documentation ne tranche pas.
Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que le Ghana cherche à renforcer sa production alimentaire domestique et à rendre ses chaînes agricoles plus résilientes, selon IDH Ghana. La visite de la reine Máxima s'inscrit dans cette recherche. Le chiffre de 7,9 % de crédit privé au PIB (Banque mondiale, 2025) est, lui, un fait économique. Tant que ce taux restera à ce niveau, les programmes de développement resteront le principal véhicule de financement de l'agriculture ghanéenne. Et à la fin de chaque programme daté, une question restera posée : qui prend le relais ?