MTN MoMo : revenus doublés, mais 3,2 millions de clients actifs
Les revenus de MoMo PSB ont doublé en neuf mois, principalement portés par le float, ces soldes que les clients laissent dans leur portefeuille. Une croissance qui dit surtout ce que devient l'argent quand le naira perd 23 % par an.
Dans cet article
- Le chiffre qui ne colle pas
- La thèse : ce n'est pas une fintech qui grandit, c'est un stock qui se remplit
- Qui encaisse, et pourquoi la règle le permet
- Le contraste qui trahit le modèle
- Ce que la migration vers Alipay+ change — et ce qu'elle ne change pas
- Le déplacement : un modèle qui parie sur la méfiance envers le naira
Le chiffre qui ne colle pas
3,2 millions. C'est le nombre d'utilisateurs actifs mensuels de MoMo PSB à la fin septembre 2026, contre 2,9 millions un an plus tôt, soit une progression de 11,6 %. Et pourtant, sur la même période de neuf mois close le 30 septembre 2026, le revenu du service de paiement mobile de MTN Nigeria a bondi de 102,2 %. Un revenu qui double pour une base d'utilisateurs qui avance de 11,6 % : l'écart demande une explication. MTN Nigeria la donne sans détour dans ses résultats : la hausse vient « principalement de revenus de float plus élevés », c'est-à-dire de l'argent que les clients laissent dans leur portefeuille.
La thèse : ce n'est pas une fintech qui grandit, c'est un stock qui se remplit
Le moteur de MoMo, selon les comptes de l'entreprise, c'est le solde, pas la transaction.
Les soldes détenus par les clients ont plus que quadruplé depuis décembre 2025 pour atteindre 43,8 milliards de nairas. Voilà le vrai chiffre de l'année, celui que la communication de l'entreprise met en avant sans en tirer toutes les conséquences. Le flux progresse aussi — les volumes de transactions du troisième trimestre sont en hausse de 69,1 % par rapport au deuxième — mais c'est le stock qui explose, et c'est lui que l'entreprise désigne comme source principale de la hausse du revenu.
Pourquoi les Nigérians laissent-ils autant dormir dans un portefeuille ? Parce que le naira perd environ 23 % par an, selon les données de la Banque mondiale pour 2025. Dans une économie pareille, garder l'argent chez soi coûte cher. Le mettre sur un portefeuille électronique, même sans intérêt affiché, devient un réflexe de défense élémentaire : on ne cherche pas à gagner, on cherche à ne pas perdre. La documentation ne dit pas si les soldes sont rémunérés pour le client ; elle dit seulement que l'entreprise encaisse un revenu de float.
Qui encaisse, et pourquoi la règle le permet
Le float, c'est l'argent des clients qui reste sur les comptes de l'établissement avant d'être réclamé. MTN Nigeria attribue la hausse de 102,2 % à ce float, sans détailler comment il est placé ni quel rendement il produit. Ce que la documentation établit, c'est le sens de la causalité : plus les soldes sont gros, plus le revenu de float est gros, sans qu'un client supplémentaire soit nécessaire. Aucun document publié ne dit combien le client, lui, touche sur son solde.
La mécanique est donc la suivante : les clients déposent pour se protéger de l'inflation, l'entreprise place ces dépôts et encaisse le produit. Voilà pourquoi un revenu peut doubler avec une clientèle qui avance de 11,6 % : le revenu ne vient pas de la relation commerciale, il vient du bilan.
Le contraste qui trahit le modèle
Ce qui rend la démonstration solide, c'est ce qui se passe à côté. Le revenu global de la branche fintech de MTN Nigeria a chuté de 25,9 %, à 97,5 milliards de nairas sur neuf mois, contre 131,6 milliards un an plus tôt. La cause est identifiée par l'entreprise : la suspension du service de crédit de temps de communication et de données entre avril et juin 2026. Autrement dit, quand le produit qui facture des frais à l'usage s'arrête, le revenu s'effondre. Quand le produit qui garde l'argent des gens tourne, il double. Deux activités, deux logiques : l'une dépend du client qui paie, l'autre du solde qui reste.
La reprise du crédit de communication au troisième trimestre (+78,5 % par rapport au deuxième) ne suffit pas à compenser. Sur le seul troisième trimestre, la branche fintech a généré 20,3 milliards de nairas, contre 48,4 milliards un an plus tôt.
Ce que la migration vers Alipay+ change — et ce qu'elle ne change pas
En août 2026, MoMo PSB a basculé sur la plateforme Alipay+. L'entreprise vante une infrastructure « plus fiable, plus riche en fonctionnalités et plus sécurisée ». L'argument est recevable. Mais le chiffre de 3,2 millions d'utilisateurs actifs est mesuré sur la nouvelle plateforme seulement, la migration depuis les anciens portefeuilles se poursuivant en parallèle. Autrement dit, la base active réelle est peut-être supérieure à 3,2 millions — et le revenu de float, lui, ne dépend pas de la plateforme, mais des soldes qui restent. Changer de tuyau ne change pas la nature de l'eau.
Le déplacement : un modèle qui parie sur la méfiance envers le naira
Voilà la conséquence à laquelle on ne pense pas. Si le revenu de MoMo PSB dépend du float, alors il dépend de la persistance de l'inflation et de la défiance des Nigérians envers leur monnaie. Une désinflation durable viderait les portefeuilles mobiles au profit des banques. Le modèle qui fait la fortune de MoMo aujourd'hui est un modèle qui a besoin que la monnaie continue de faire peur.
Il y a une ironie plus profonde. Le Nigeria compte 63,3 % d'adultes titulaires d'un compte, selon la Banque mondiale (2024), et seulement 3,3 agences bancaires pour 100 000 adultes. Les deux chiffres se juxtaposent : un pays où le compte existe plus que l'agence. Les 43,8 milliards de nairas de soldes mobiles, qui ont quadruplé en neuf mois dans une économie à 23 % d'inflation, disent quelque chose de ce que les Nigérians font de leur monnaie quand elle perd de la valeur.
Reste une question que les résultats ne tranchent pas : que se passera-t-il le jour où ces 3,2 millions d'utilisateurs voudront tous récupérer leur argent en même temps ? Le float est un passif que les clients peuvent réclamer. La solidité du modèle dépend de la liquidité des placements qui le portent, et aucun document publié ne dit comment ils sont constitués.