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Zimbabwe : 2 Md$ de réserves pour défendre un ZiG dévalué de 43 %

La Reserve Bank of Zimbabwe négocie avec NPCI International un système de paiement instantané inspiré de l'Inde pour rendre le ZiG plus attractif. Mais fin septembre 2026, les réserves couvraient à peine deux mois d'importations et le ZiG avait été dévalué de 43 % en septembre 2024.

6 min de lectureMis à jour il y a 3 minutes
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Dans cet article
  1. Un accord dont on ne connaît pas le prix
  2. La technologie ne crée pas la confiance, elle la révèle
  3. Ce que l'État a déjà essayé
  4. Ce que l'Inde exporte, et ce que cela ne dit pas
  5. Ce que le système ne dit pas

Un accord dont on ne connaît pas le prix

La Reserve Bank of Zimbabwe négocie avec NPCI International Payments, la branche étrangère de l'organisme qui exploite le système de paiement instantané derrière la plupart des transactions numériques en Inde. L'objectif affiché : abaisser le coût des paiements, accélérer les transferts entre comptes bancaires et comptes de monnaie mobile, et permettre de payer de petits achats directement depuis son compte plutôt qu'avec une carte. Les termes de l'accord n'ont pas été rendus publics.

Ce n'est pas un détail. Le 27 septembre 2024, la banque centrale a dévalué le ZiG de 43 %, le faisant passer de 13,9 à 24,4 ZiG pour un dollar. Le pays a connu l'hyperinflation de 2008, à 231 millions de pour cent, l'abandon du dollar zimbabwéen l'année suivante, les bond notes de 2016 présentés comme équivalents au dollar, puis la conversion des soldes en devises en 2019 et une inflation dépassant 500 % en 2020. À chaque fois, la même mécanique : l'État dépense plus qu'il ne collecte et couvre l'écart en créant de la monnaie.

La technologie ne crée pas la confiance, elle la révèle

L'argument de la banque centrale est simple : si le ZiG est plus facile et moins cher à utiliser au quotidien, les gens l'utiliseront. C'est confondre la plomberie et la promesse. Un système de paiement instantané rend une monnaie plus liquide, pas plus crédible. La source qui documente le dossier cite le Cambodge en exemple : Bakong, lancé en 2020 par la National Bank of Cambodia avec un partenaire technologique japonais, fonctionne en dollars et en riels, et la banque centrale a enregistré une part croissante de transferts en monnaie locale. Mais la leçon que la source en tire est explicite : le système encourage l'usage de la monnaie locale tout en laissant les gens libres d'utiliser le dollar. Ce n'est pas la technologie qui a fait le travail, c'est la liberté de choisir.

La vraie question n'est pas de savoir si le système fonctionnera. Elle est de savoir si les Zimbabwéens accepteront de détenir des ZiG plutôt que des dollars. Or, fin septembre 2026, les réserves de change étaient d'environ 2 milliards de dollars, soit à peu près deux mois d'importations, en dessous de l'objectif de trois à six mois fixé par la banque centrale elle-même. Et la plupart des dépôts restent libellés en dollars.

Ce que l'État a déjà essayé

Le Zimbabwe a testé la contrainte avant la séduction. À un moment, le ZiG était exigé pour certains impôts d'entreprise et la plupart des services publics, et les commerçants qui le refusaient s'exposaient à des amendes. Cela n'a pas produit d'usage volontaire. Les gens continuaient de craindre que le gouvernement ne crée plus de ZiG que l'économie n'en avait besoin pour financer ses dépenses. La contrainte a échoué parce qu'elle ne répondait pas à la seule question qui compte : ma monnaie vaudra-t-elle demain ce qu'elle vaut aujourd'hui ?

La banque centrale a depuis abandonné l'objectif de passer à une monnaie unique d'ici 2030 au profit d'une approche fondée sur des conditions. En juillet 2026, le gouverneur a déclaré que la transition vers l'usage exclusif du ZiG pour les transactions intérieures ne dépendait pas d'une date mais de la réalisation de conditions préalables. La banque a aussi exclu de convertir de force les économies en dollars. Et le budget 2026 a réduit la taxe sur les transferts électroniques en ZiG de 2 % à 1,5 %, tout en maintenant le taux à 2 % pour les transferts en devises. Voilà une incitation réelle : un demi-point de moins pour celui qui transfère en ZiG.

Reste à savoir ce que pèse ce demi-point. Il ne se compare pas à une dévaluation : ce sont deux choses de nature différente, une taxe sur un flux et une variation de la valeur d'une encaisse. La dévaluation de 43 % de septembre 2024 dit ceci : celui qui détenait des ZiG a vu son avoir libellé en dollars fondre de près de moitié. Une taxe réduite de moitié ne compense pas cela, et la documentation ne fournit aucun chiffre qui permettrait de dire l'inverse.

Ce que l'Inde exporte, et ce que cela ne dit pas

L'Inde a réussi son système de paiement instantané : NPCI exploite l'infrastructure derrière la plupart des paiements numériques du pays, et son bras international a déjà signé avec la Namibie, le Pérou et Trinité-et-Tobago. Ce n'est pas un problème en soi. Mais la source pose la bonne question : ce qui compte, c'est qui contrôle le système une fois qu'il tourne. Dans un pays qui a connu des pénuries de devises et dont la plupart des dépôts sont en dollars, dépendre d'une infrastructure étrangère pour les paiements du quotidien est un risque politique, pas seulement technique.

Les signes récents de stabilité des prix sont réels. L'inflation annuelle en ZiG est tombée à 2,9 % en août 2026 avant de remonter à 3,7 % en septembre, tandis que l'inflation annuelle en dollars est passée de 3,1 % à 3,46 % sur la même période. Mais quelques mois de faible inflation ne suffisent pas à établir une confiance durable. Pour situer l'ampleur du chemin, la Banque mondiale estimait l'inflation générale du pays à 104,7 % en 2022 — un autre périmètre, une autre année, mais un repère. Le terrain reste étroit : 49,5 % des adultes avaient un compte en 2024, et le crédit intérieur au secteur privé ne représentait que 6,5 % du PIB en 2023, selon la Banque mondiale. Un système de paiement instantané ne remplace pas un système financier qui prête.

Ce que le système ne dit pas

La question que la documentation laisse ouverte est celle du contrôle. Qui exploitera le système ? Qui fixera les règles ? Qui pourra couper le service ? Les termes de l'accord avec NPCI International ne sont pas publics, et aucun document ne dit combien le Zimbabwe paierait pour cette licence ni quel calendrier de déploiement est prévu.

Le système instantané ne sauvera pas le ZiG. Il le rendra plus pratique à utiliser pour ceux qui ont déjà décidé de lui faire confiance. Pour les autres, il faudra autre chose : des réserves de change supérieures à trois mois d'importations, un déficit budgétaire financé autrement que par la création monétaire, et une banque centrale dont les décisions ne sont pas annulées par le Trésor. Tant que ces conditions ne sont pas remplies, le paiement instantané est une amélioration de l'expérience utilisateur, pas une politique monétaire.

La vraie question n'est donc pas de savoir si le Zimbabwe aura un système de paiement instantané. Elle est de savoir si, dans cinq ans, les Zimbabwéens paieront encore leurs impôts en ZiG parce qu'ils y croient, ou parce qu'ils n'ont pas le choix. La réponse dépendra de ce que la banque centrale fera de sa création monétaire, pas de la vitesse de ses serveurs.

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