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Uber quitte le Nigeria : la leçon de Zeeh Africa sur les rails locaux

Uber a cessé son activité au Nigeria le 2 septembre, après douze ans de présence, laissant Bolt et inDrive se partager un marché estimé à environ 450 millions de dollars. Pour David Adeleke, cofondateur de Zeeh Africa, l'enjeu n'est plus l'application mais l'infrastructure qui la sous-tend.

4 min de lectureMis à jour il y a 2 h
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Crédit image : TechCabal
Dans cet article
  1. Une sortie sans préavis après douze ans
  2. Le carburant, variable qui a fait basculer l'équation
  3. L'avantage se joue sous l'application
  4. La bascule des rails d'identité et de paiement
  5. Le financement du gaz, prochain verrou

Une sortie sans préavis après douze ans

Uber a mis fin à ses opérations au Nigeria le 2 septembre, quittant le pays le jour même, sans prévenir les chauffeurs ni les usagers. Il s'agit du quatrième marché africain abandonné par la plateforme en moins d'un an, rapporte TechCabal.

La lecture immédiate est celle d'un partage de marché : Bolt et inDrive se répartissent un secteur évalué à environ 450 millions de dollars, avec plus de 200 000 chauffeurs. Cette analyse n'est pas fausse, mais elle reste superficielle.

Le carburant, variable qui a fait basculer l'équation

Ce n'est pas la qualité de l'application qui a coûté le Nigeria à Uber. C'est un calcul économique devenu intenable, et aucune fonctionnalité ne corrige cela. Le litre d'essence se négocie désormais entre 1 100 et 1 400 nairas. Pour un chauffeur qui travaille toute la journée dans les embouteillages de Lagos, le carburant ne constitue pas une simple ligne de dépense : il représente l'essentiel de l'activité.

Quand le premier poste de coût dépasse ce qu'un passager accepte de payer, la plateforme doit soit combler l'écart, soit constater l'arrêt des véhicules. Semafor indiquait ce mois-ci qu'au Nigeria, Uber versait à ses chauffeurs davantage qu'il ne facturait ses passagers. Une telle situation peut tenir un temps, pas douze ans.

L'avantage se joue sous l'application

Le vrai sujet, selon le dirigeant, se situe ailleurs. Mettre en relation un passager et un chauffeur est un problème presque résolu. Ce qui reste difficile et réellement défendable, c'est la couche inférieure : vérifier l'identité réelle du conducteur, bloquer la fraude, déplacer l'argent de façon fiable et comprendre l'économie du chauffeur assez finement pour le maintenir en activité.

C'est à ce niveau, et non dans l'interface, que les plateformes survivent ou disparaissent. Au Nigeria, une part croissante de cette couche est développée par des entreprises locales. David Adeleke précise que sa propre société en fait partie et invite à pondérer son propos en conséquence.

inDrive vérifie ses chauffeurs nigérians via Zeeh. Lorsqu'un conducteur s'inscrit sur l'une des plus grandes plateformes de VTC mondiales, présente dans 48 pays avec plus de 400 millions de téléchargements, le contrôle qui le valide s'appuie sur une infrastructure conçue à Lagos, et non importée.

La bascule des rails d'identité et de paiement

Pendant longtemps, l'histoire de la tech africaine s'est écrite avec des plateformes étrangères apportant leur infrastructure, auxquelles les marchés locaux s'adaptaient. Ce schéma s'inverse discrètement. Les rails d'identité, les connexions d'open banking, les systèmes de crédit et de paiement dont ces acteurs mondiaux dépendent pour opérer sur place sont de plus en plus construits en Afrique, parce que ceux qui comprennent les documents, les comptes bancaires et les flux de trésorerie d'un chauffeur nigérian sont nigérians.

« Quand un géant part, tout le monde demande qui récupère les passagers. La meilleure question est de savoir qui possède la couche sur laquelle passagers et chauffeurs fonctionnent réellement, car cette couche ne part pas. Elle se cumule », souligne David Adeleke.

Le financement du gaz, prochain verrou

Le chapitre suivant se dessine autour de l'économie du chauffeur. Si le carburant a cassé le modèle, la solution passe par un carburant moins cher, donc par le gaz naturel comprimé. Le GNC coûte 40 à 60 % moins cher au kilomètre que l'essence, et une conversion s'amortit en quelques mois d'activité.

Or presque aucun de ces conducteurs ne dispose d'un dossier de crédit formel sur lequel une banque accepterait de prêter. Le verrou n'est donc pas le gaz, mais le financement et l'évaluation du risque qui l'accompagne. Là encore, il s'agit d'un problème d'infrastructure, pas d'application. La solution reposera sur des rails capables de vérifier un chauffeur, de lire ses revenus réels et de lui transférer de l'argent en sécurité.

La valeur de l'économie des plateformes se déplace de l'application visible vers l'infrastructure invisible. Si celle-ci est construite et détenue localement, la valeur et la résilience restent sur place. Un marché qui loue tout à l'étranger encaisse immédiatement le départ d'un acteur ; un marché adossé à ses propres rails le ressent à peine.

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