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Tunisie : le prêt d'honneur sans intérêts ni garanties entre en application

Depuis le 1er octobre 2026, la Tunisie applique le prêt d'honneur, un crédit sans intérêts ni garanties pouvant atteindre 25 000 dinars. Certaines banques auraient déjà épuisé leurs quotas, alors que l'enveloppe globale reste estimée à environ 120 millions de dinars.

5 min de lectureMis à jour il y a 2 h
Prêt d’honneur : sans intérêts ni garanties, mais jusqu’où ?
Dans cet article
  1. Un dispositif entré en vigueur le 1er octobre 2026
  2. Absence d'intérêts ne signifie pas absence de contrôle
  3. Un cadre juridique et une enveloppe encore incertaine
  4. Un crédit sans garantie, mais pas sans risque
  5. L'accompagnement, condition de la réussite

Un dispositif entré en vigueur le 1er octobre 2026

Le prêt d'honneur est officiellement passé en phase d'application en Tunisie depuis le 1er octobre 2026, rapporte La Presse de Tunisie. Ce mécanisme permet d'obtenir jusqu'à 25 000 dinars sans intérêts et sans garanties, le montant variant selon la catégorie du bénéficiaire. Il vise à faciliter l'accès au financement, en particulier pour les petits projets et les PME.

Dès les premiers jours, une interrogation domine toutefois : les ressources mobilisées seront-elles suffisantes face à la demande ? Certaines banques auraient déjà consommé les crédits affectés à ce dispositif, peu après l'ouverture des plateformes électroniques.

Des plafonds différenciés selon les profils

Le dispositif prévoit plusieurs niveaux de financement. Les particuliers peuvent emprunter jusqu'à 5 000 dinars pour des besoins de consommation. Le plafond est porté à 10 000 dinars pour les porteurs de petits projets, et à 25 000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires.

Le remboursement s'étale sur une durée maximale de deux ans, avec un différé pouvant aller jusqu'à six mois. Un bénéficiaire ne peut solliciter un nouveau prêt d'honneur avant d'avoir soldé le précédent.

Absence d'intérêts ne signifie pas absence de contrôle

Invité le mercredi 7 octobre 2026 sur Diwan FM, l'expert bancaire Sofiene Weriemi a souligné que l'absence d'intérêts et de garanties n'ouvre pas un droit automatique au financement. Les banques doivent toujours examiner la capacité de remboursement des demandeurs.

Pour les particuliers, ce contrôle porte sur les revenus et le niveau des retenues sur salaire. Les entreprises doivent produire leurs états financiers et les rapports de leurs commissaires aux comptes, afin que soit évaluée leur aptitude à honorer leurs engagements.

Les demandes sont déposées en ligne sur les plateformes mises en place par les banques. La date et l'heure du dépôt sont enregistrées électroniquement, ce qui permet d'établir un ordre de priorité lorsque les ressources sont limitées. Un dépôt précoce ne garantit cependant pas l'acceptation : la banque vérifie l'éligibilité du demandeur, évalue sa capacité de remboursement et doit motiver par écrit tout refus.

Avant le déblocage des fonds, l'établissement doit en outre s'assurer auprès de la Centrale d'information de la Banque centrale de Tunisie que le demandeur ne bénéficie pas déjà d'un prêt d'honneur non remboursé.

Un cadre juridique et une enveloppe encore incertaine

Le dispositif repose sur plusieurs textes. L'article 412 ter du Code de commerce, introduit par la loi n°41 de 2024 modifiant certaines dispositions relatives aux chèques, en constitue la base juridique. Le décret n°148 du 23 juillet 2026 a fixé les conditions et critères d'octroi, tandis que la circulaire n°8 de 2026 de la Banque centrale de Tunisie a précisé les modalités pratiques et numériques de dépôt.

Les banques concernées doivent consacrer au moins 8 % des bénéfices de l'exercice comptable précédent aux lignes de financement destinées aux prêts d'honneur. Ce mécanisme est donc potentiellement renouvelable chaque année, mais son volume dépend directement des bénéfices réalisés par les établissements.

Sofiene Weriemi a évalué les crédits globaux à environ 120 millions de dinars. D'autres estimations, fondées sur le pourcentage légal appliqué aux bénéfices bancaires, aboutissent à des montants différents. En l'absence d'un bilan officiel consolidé, la prudence reste de mise sur le montant exact de l'enveloppe.

Un crédit sans garantie, mais pas sans risque

L'intérêt principal du prêt d'honneur tient à ce qu'il retire au crédit bancaire classique : les intérêts et les garanties. Le bénéficiaire n'a ni bien à hypothéquer, ni caution à fournir, ni garantie personnelle ou réelle à présenter. Il ne supporte pas non plus de frais ou de commissions liés à l'étude de son dossier.

Cette formule peut donc représenter un réel soulagement pour des particuliers ou des entrepreneurs disposant d'une capacité de remboursement, mais dépourvus des garanties habituellement exigées. Le risque n'en disparaît pas pour autant : le prêt doit être remboursé et la banque reste exposée aux impayés.

L'équilibre à trouver est délicat. Des critères de solvabilité trop stricts reproduiraient les obstacles que le dispositif entend lever ; un octroi trop souple ferait grimper les défauts de paiement et menacerait la pérennité des lignes de financement.

L'accompagnement, condition de la réussite

L'expérience menée auparavant en Tunisie par le Réseau des entrepreneurs de Tunisie, comme certaines expériences étrangères, montre qu'un financement, même accessible, ne suffit pas à faire réussir un projet. En France, le prêt d'honneur sert de levier pour renforcer les fonds propres du porteur de projet et convaincre ensuite une banque d'accorder un financement complémentaire, l'accompagnement y occupant une place importante. Le modèle britannique, bien que différent, met lui aussi l'accent sur l'aide à l'élaboration du plan d'affaires et le suivi de l'entrepreneur.

Pour la Tunisie, la question dépasse donc le seul montant accordé. Un prêt de 10 000 ou 25 000 dinars permet d'acheter du matériel, de constituer un stock ou de résoudre un problème de trésorerie, mais ne remplace ni une bonne gestion, ni une étude de marché, ni un modèle économique solide. L'efficacité du dispositif dépendra aussi de sa capacité à être complété, lorsque nécessaire, par de la formation, du conseil et un suivi des projets.

Le véritable bilan se mesurera dans la durée. Au-delà du nombre de demandes enregistrées, il faudra observer combien ont été acceptées ou refusées et pour quels motifs, quels profils en ont réellement bénéficié, combien de projets ont été créés ou consolidés et, surtout, la capacité des bénéficiaires à rembourser. Le prêt d'honneur modifie la relation traditionnelle entre la banque et l'emprunteur : financer sans intérêts et sans garanties, mais pas sans responsabilité.

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