Microfinance au Sénégal : 849,9 milliards de FCFA de crédits, 6 % d'impayés
Le Sénégal affiche un encours de crédits de microfinance de 849,9 milliards de FCFA à fin 2025, premier de l'espace UEMOA, selon SeneNews. Mais les créances en souffrance atteignent 6 % de cet encours, soit le double de la norme prudentielle de 3 %.

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Un encours de 849,9 milliards de FCFA et 4,7 millions de clients
Le Sénégal se classe au premier rang de la microfinance dans l'espace UEMOA, avec 15,5 % des comptes de l'Union, selon SeneNews. À fin 2025, l'encours des crédits distribués par les institutions de microfinance (IMF) atteignait 849,9 milliards de FCFA, pour un encours d'épargne de 634,7 milliards de FCFA et des fonds propres de 230,6 milliards de FCFA.
Ces chiffres ont été présentés lors de la 30e session du Comité national de coordination des activités de microfinance (CNC), tenue le jeudi 1er octobre à Dakar sous la présidence du ministre de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire, Dr Alioune Dione. Le secteur dessert plus de 4,7 millions de membres et clients à travers le pays.
Le ministre a salué l'action des dirigeants, des élus, des agents et des membres des institutions, qu'il présente comme les artisans de cette performance.
Des impayés deux fois supérieurs à la norme prudentielle
Le tableau reste toutefois contrasté. Les créances en souffrance représentent 6 % de l'encours de crédit, alors que la norme prudentielle est fixée à 3 %. Ce niveau traduit les difficultés de remboursement rencontrées par de nombreuses institutions.
Le Dr Alioune Dione a par ailleurs insisté sur la mise en conformité des IMF avec la loi n° 2025-04 du 19 février 2025 portant réglementation de la microfinance. Ce texte doit rendre le secteur plus solide, plus transparent et plus sûr, mais les institutions doivent encore fournir un effort réel pour s'y conformer. Le ministère, avec l'APIM-Sénégal et les organes de supervision, a engagé plusieurs chantiers pour les accompagner dans l'appropriation de ce cadre juridique.
Le contexte international pèse sur le secteur : les subventions et lignes de crédit bonifiées se raréfient, l'accès aux ressources longues reste freiné par des contraintes juridiques et économiques, et la viabilité financière devient une condition de survie pour les institutions.
Financement climatique : des instruments encore peu utilisés
Les IMF sont de plus en plus sollicitées pour accompagner leurs membres dans la transition climatique : agriculture résiliente, énergies renouvelables décentralisées, gestion durable des ressources naturelles. Des instruments existent, comme la finance verte et climatique, les obligations sociales et durables, les garanties partielles de portefeuille ou le refinancement local, mais ils restent peu mobilisés faute de taxonomie claire, de capacités techniques suffisantes et de mécanismes de refinancement adaptés à la taille des institutions.
Le PACTIFU a mobilisé près de 12 milliards de FCFA
Le gouvernement s'appuie sur la Stratégie de Finance Ciblée, adoptée en Conseil des ministres le 18 décembre 2024. Sa traduction opérationnelle est le Pacte pour l'Inclusion Financière Universelle (PACTIFU), signé avec l'APIM-Sénégal et mis en œuvre avec les IMF ayant conclu des conventions avec le FONAMIF, le PLASEPRI, le PROGRESS et le FAESS.
Ce pacte vise à renforcer la protection des clients, à améliorer la gouvernance des institutions et à faciliter l'accès au financement des activités productives, avec une priorité aux projets à fort impact social dans l'agriculture, la pêche, l'élevage et la transformation des produits locaux. Selon le ministre, il a déjà permis de mobiliser près de 12 milliards de FCFA en quelques mois. Le FONGIP et la CDMP SA, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, y ont adhéré en mettant à disposition des lignes de garantie et de refinancement de plus de 3 milliards de FCFA.
Tout en saluant l'engagement des partenaires techniques et financiers, le ministre les a invités à se référer au préalable aux structures publiques, en premier lieu son ministère, pour toute intervention dans le secteur. Il présente cette démarche non comme une contrainte administrative, mais comme une garantie d'alignement sur les politiques publiques et les priorités nationales, afin d'éviter les doublons.
« À l'heure où les ressources se raréfient, chaque franc mobilisé doit produire un impact réel au bénéfice des populations, en particulier des femmes, des jeunes et des acteurs des zones rurales », a-t-il soutenu, encourageant les partenaires à associer l'État dès la conception de leurs projets et à privilégier les instruments nationaux pour acheminer leurs ressources vers les IMF.
Diversification et gouvernance : le cap fixé aux dirigeants
Le ministre a fixé le cap aux dirigeants des IMF : l'avenir du secteur dépendra de leur capacité à diversifier leurs sources de financement, à intégrer les critères de durabilité environnementale et sociale dans leurs stratégies, à renforcer leur gouvernance et à assainir leurs portefeuilles. Le gouvernement s'engage de son côté à consolider un environnement réglementaire et institutionnel propice à cette transformation.
Organisée avec l'APIM-Sénégal et la GIZ, avec l'appui de la coopération allemande, la session s'est poursuivie par la présentation du bilan sectoriel par la Direction nationale de la BCEAO, puis par des travaux sur le financement durable et la taxonomie, ainsi que deux panels consacrés au crédit vert et à l'accès aux fonds de garantie et aux lignes de refinancement climatique. Le ministre attend de ces travaux une feuille de route claire et des recommandations opérationnelles assorties d'un chronogramme de mise en œuvre.


