Mauritanie : le Hackathon Fintech mise sur les femmes et l'innovation
Nouakchott accueille du 25 au 29 septembre une nouvelle édition du Hackathon Fintech Mauritanie, sur le thème « Femmes, Innovation et Finance dans l'espace OCI ». Porté par Financial Afrik, le CIDC et Nouakchott Innovation Lab, l'événement s'inscrit dans une dynamique d'écosystème amorcée l'an dernier.

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Un rendez-vous régional autour de la finance inclusive
Du 25 au 29 septembre, Nouakchott sera le théâtre d'une nouvelle édition du Hackathon Fintech Mauritanie, organisée dans le cadre du Forum Fintech Mauritanie. Le thème retenu cette année, « Femmes, Innovation et Finance dans l'espace OCI », place la question de l'inclusion financière au centre des débats, selon Financial Afrik.
L'événement est porté par Financial Afrik, le Centre Islamique pour le Développement du Commerce (CIDC) et Nouakchott Innovation Lab (NIL). Il prolonge une dynamique née lors de l'édition précédente, qui avait rassemblé près de 150 projets. Entrepreneurs, experts, institutions financières, régulateurs et décideurs s'étaient alors retrouvés à Nouakchott pour réfléchir à des solutions financières adaptées aux réalités des marchés locaux.
Une plateforme qui dépasse le cadre national
La présence du CIDC ouvre naturellement les réflexions vers les marchés et institutions de l'espace de l'Organisation de la Coopération Islamique. Le Forum et le Hackathon donnent ainsi à Nouakchott une plateforme qui dépasse progressivement le seul cadre national, souligne Hapsa Dia, fondatrice de NIL et directrice de Founder Institute Mauritanie.
Cette édition réunira des entrepreneurs, mais aussi des mentors, experts et membres du jury issus de la finance, de la technologie, de l'entrepreneuriat, de l'investissement et du développement des marchés. Leur présence vise à exposer les entrepreneurs mauritaniens à des standards, des expériences et des réseaux qui dépassent leur environnement immédiat.
Le vrai enjeu commence après le hackathon
Derrière l'événement se pose une question moins confortable : que se passe-t-il une fois les lumières éteintes ? La mécanique est connue : en quelques jours, des équipes se forment, des idées deviennent des prototypes et des jurys sélectionnent les meilleurs projets. Vient ensuite la partie la plus difficile — trouver son premier client, accéder aux bonnes compétences, comprendre la réglementation, rencontrer un investisseur, sortir du marché local et transformer un prototype en entreprise.
C'est pourquoi l'enjeu de cette édition dépasse le Hackathon lui-même. « Ce que nous devons construire, ce n'est pas seulement un meilleur événement. C'est ce qui vient après », écrit Hapsa Dia. Plusieurs signaux récents montrent que la Mauritanie commence à disposer de nouvelles briques pour y répondre.
Un cadre juridique et des initiatives publiques
Le premier changement est institutionnel. Le Ministère de la Transformation Numérique et de la Modernisation de l'Administration a posé une brique importante avec le Startup Act mauritanien. La loi n° 2024-002 relative aux startups technologiques et innovantes donne un cadre juridique à cette ambition : favoriser l'émergence de startups à forte valeur ajoutée, encourager l'innovation et faire apparaître progressivement des champions numériques nationaux.
Ce cadre compte, estime l'auteure : un écosystème ne peut pas reposer éternellement sur la seule énergie individuelle de quelques entrepreneurs. Le ministère multiplie par ailleurs les initiatives rapprochant innovation et besoins réels, comme le Gouvathon, qui a invité des startups mauritaniennes à travailler sur des problématiques identifiées par plusieurs administrations publiques.
Dans la finance, la Banque Centrale de Mauritanie, via le PAFIID, structure une démarche autour de l'innovation financière, avec des dispositifs consacrés aux fintechs, à l'expérimentation et à l'accompagnement de nouvelles solutions.
Connecter les briques existantes plutôt qu'en créer de nouvelles
Founder Institute, réseau international d'accompagnement entrepreneurial, dispose désormais d'un chapitre en Mauritanie. Nouakchott Innovation Lab est devenu cette année le partenaire mauritanien de Startup World Cup, porté par Pegasus Tech Ventures : une startup éligible sélectionnée dans le pays pourra poursuivre son parcours jusqu'à la compétition mondiale à San Francisco.
Les collaborations régionales se multiplient également. Mentors, entrepreneurs, investisseurs et experts circulent de plus en plus entre Nouakchott, Dakar, Abidjan et d'autres hubs africains. Cette circulation n'est pas anecdotique : les jeunes écosystèmes progressent aussi en important plus rapidement de l'expérience, des réseaux et des standards qui ont mis des années à se construire ailleurs.
Mises bout à bout, ces initiatives commencent à ressembler aux premières briques d'un véritable écosystème. « La prochaine étape de notre écosystème ne consiste donc pas nécessairement à créer davantage de structures. Elle consiste à mieux connecter celles qui existent », poursuit Hapsa Dia.
Des indicateurs de succès à revoir
L'entrepreneuriat technologique a longtemps été regardé, dans beaucoup de petits marchés africains, comme une activité périphérique. Ces initiatives ont eu leur utilité, reconnaît l'auteure, en faisant émerger une génération qui ose davantage entreprendre. Mais l'étape suivante suppose de traiter l'entrepreneuriat comme une composante de l'économie réelle, ce qui change les indicateurs de succès.
Le nombre de participants à un événement reste intéressant, mais d'autres chiffres comptent désormais : combien d'entreprises existent encore deux ans plus tard, combien ont signé leur premier contrat, testé leur solution avec une banque, un opérateur ou une grande entreprise, accédé à un marché extérieur ou reçu leur premier investissement.
Chaque acteur dispose d'un levier différent. Financial Afrik et le CIDC peuvent réunir institutions, entreprises, experts et décideurs de marchés différents et connecter Nouakchott à des réseaux plus larges. Le Ministère de la Transformation Numérique peut consolider le cadre dans lequel les startups sont reconnues et grandissent. La Banque Centrale peut créer les conditions réglementaires permettant de tester les innovations financières sans opposer innovation et confiance.
Les banques, opérateurs et grandes entreprises ont peut-être le levier le plus immédiatement transformateur : devenir les premiers clients. Une startup n'a pas seulement besoin d'un prix ; elle a besoin de quelqu'un qui accepte de tester son produit, de signer un premier contrat et de lui donner une référence. Les investisseurs, eux, doivent regarder ces marchés avant que toutes les preuves soient établies, tandis que les partenaires internationaux apportent expertise, accès à d'autres marchés et capital, et que les universités fournissent les talents.


