GITEX Lagos : 1 000 startups annoncées, zéro financement documenté
GITEX Nigeria 2026 s'est tenu au Landmark Centre de Victoria Island, avec le ministère de l'Innovation de l'État de Lagos en maître d'œuvre. L'État installe la scène, sélectionne les fondateurs, fait venir les investisseurs. Ni le coût du salon ni les tickets obtenus ne figurent dans le dossier.
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Sur la scène du Landmark Centre, à Victoria Island, ce n'est pas un patron de la tech qui ouvre GITEX Nigeria. C'est le vice-gouverneur de l'État de Lagos, Kadri Obafemi Hamzat, représentant le gouverneur Babajide Sanwo-Olu. Il qualifie Lagos de « ville incontournable » et annonce l'ambition de la faire passer du statut de capitale commerciale du Nigeria à celui de capitale africaine de l'innovation. Pour preuve, il avance un chiffre : environ 1 000 start-ups actives dans l'État.
Ce chiffre, aucun document du dossier ne l'accompagne d'un registre, d'un recensement ou d'une définition de ce qu'est une « start-up active ». Il est prononcé par l'exécutif d'un État fédéré devant un parterre d'investisseurs qu'il cherche à convaincre. Ce n'est pas une donnée, c'est un argument de vente.
Qui organise, qui paie
Le mécanisme se démonte pièce par pièce. Le ministère de l'Innovation, des Sciences et de la Technologie de l'État de Lagos (MIST), dirigé par le commissaire Olatunbosun Alake, joue un rôle « majeur » dans l'organisation. Ganiyu Oseni, conseiller spécial du gouverneur pour l'innovation et président du comité d'organisation local, plaide pour que Lagos et le Nigeria passent de consommateurs de technologies importées à producteurs de solutions. Le programme de pitch du Fonds fiduciaire pour l'emploi de l'État de Lagos (LSETF) est organisé « en partenariat avec TechQuest STEM Academy et MIST » : il permet à des fondateurs sélectionnés de présenter leur société directement à des investisseurs.
Autrement dit : l'État ne finance pas les startups. Il finance l'accès. Il installe la scène, sélectionne les fondateurs, fait venir les investisseurs, et espère que la rencontre produira des tickets. Le coût du salon n'est pas public. Le montant levé par les startups à l'issue du programme ne l'est pas non plus. Aucun document du dossier ne dit combien les fondateurs ont effectivement obtenu, ni combien l'État a dépensé pour obtenir ce résultat. C'est le maillon manquant de toute l'opération.
Plus d'une vingtaine de startups et d'entreprises tech sont présentes, dans l'IA, la fintech, la cybersécurité, l'edtech, l'agritech et la logistique. Six noms sont cités : Sidebrief, DawnAI, RollaPay, Hyperspace Technologies, Sowota et Climatrix AI. Vingt startups, ce n'est pas un marché : c'est un échantillon.
Le produit vendu n'est pas Lagos, c'est le Nigeria
Le conseiller Oseni lâche la phrase la plus révélatrice du dossier : il incite les investisseurs à considérer Lagos comme « un marché plus vaste que le seul État », à s'y implanter et à y développer leurs activités. Traduction : ne regardez pas Lagos seul, regardez le Nigeria.
Or les chiffres du pays que l'État de Lagos met en avant racontent une autre histoire que celle de la scène. Le PIB par habitant est de 1 224 dollars (Banque mondiale, 2025). L'inflation est à 23 % (Banque mondiale, 2025). Le crédit intérieur au secteur privé représente 13,2 % du PIB (Banque mondiale, 2023). Et 62,5 % de la population a accès à l'électricité (Banque mondiale, 2024), ce qui laisse plus d'un tiers du pays sans accès au réseau.
Oseni le sait, et il le dit : la connectivité, l'énergie, l'identité numérique et les talents restent « des piliers essentiels ». Il ajoute que les infrastructures et les politiques doivent être développées conjointement. C'est la reconnaissance explicite que le goulot d'étranglement n'est pas seulement l'argent des startups, mais l'infrastructure que l'État n'a pas encore construite.
La table ronde que personne ne filme
En marge du GITEX, dans une salle à huis clos, se tient la deuxième édition de la table ronde des commissaires sur la transformation numérique. Sept États sont représentés : Katsina, Ogun, Jigawa, Ondo, Kwara, Delta et Borno, aux côtés du Forum des gouverneurs du Nigeria. On y parle de volonté politique, de normalisation des données, de cybersécurité, de collaboration interétatique. Lagos y expose son cadre : architecture d'entreprise, formation en informatique, audit des systèmes contenant des informations étatiques, plateforme de recrutement basée sur Oracle, paie entièrement numérique.
C'est un public que la documentation identifie sans le hiérarchiser : des commissaires, des directeurs généraux et des responsables technologiques d'autres États nigérians. Le salon tech sert aussi de lieu où Lagos montre son administration numérique à ses pairs.
Le lancement de MINT Africa par GITEX, plateforme consacrée à la finance du continent, s'inscrit dans la même programmation : créer l'événement, y attirer les acteurs, occuper le terrain. FDX Nigeria, organisé par GITEX, a de son côté examiné paiements numériques, services bancaires, inclusion financière, actifs numériques et finance transfrontalière.
Ce que la vitrine ne montre pas
Il reste une question que le dossier ne tranche pas, et c'est celle qui compte pour un fondateur. Le programme LSETF promet un « lien direct » entre l'innovation et les capitaux. Mais aucun chiffre ne documente ce lien : ni le nombre de fondateurs retenus, ni les montants levés, ni les conditions des tickets. Un pitch devant des investisseurs n'est pas un financement. Et dans un pays où le crédit intérieur au secteur privé ne pèse que 13,2 % du PIB (Banque mondiale, 2023), la différence entre les deux est précisément le sujet.
L'État de Lagos organise, sélectionne, célèbre. Les investisseurs, eux, repartent avec une brochure de 1 000 startups et un PIB par habitant de 1 224 dollars. Reste à savoir si, l'an prochain, les fondateurs sélectionnés auront autre chose à montrer qu'un passage sur scène — et si l'État publiera ce que le salon lui a coûté.