Rimmit et Menthum élargissent l'accès aux services financiers en Égypte
Le spécialiste des transferts Rimmit et la plateforme d'épargne Menthum cherchent à combler les lacunes structurelles du système financier égyptien, selon African Business. Les deux entreprises, portées par Ismail Sarhank, visent les ménages sous-desservis et les primo-investisseurs.

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Une transformation portée par l'adoption numérique
Le secteur des services financiers égyptiens connaît une mutation profonde, portée par la digitalisation rapide des usages, des réformes réglementaires et un effort national en faveur de l'inclusion financière. L'écosystème fintech du pays est passé du statut de segment de niche à celui de l'un des pans les plus actifs de l'économie, rapporte African Business.
L'attention s'est longtemps concentrée sur les paiements numériques et les portefeuilles mobiles. Une nouvelle génération d'entreprises s'attaque désormais à des failles plus structurelles : accès aux transferts internationaux, produits d'épargne et d'investissement. Deux acteurs illustrent cette dynamique : Rimmit, l'un des principaux opérateurs de transferts du pays, et Menthum, qui veut ouvrir l'épargne et l'investissement à de nouveaux publics via une plateforme numérique. Ismail Sarhank, cofondateur de Menthum et directeur général adjoint de Rimmit, est à l'initiative de ces deux projets.
Les transferts de la diaspora, un flux stratégique
Les transferts des Égyptiens de l'étranger occupent une place centrale dans l'économie nationale. Environ 14 millions d'Égyptiens vivent et travaillent hors du pays, et les sommes qu'ils envoient soutiennent les revenus des ménages, alimentent les réserves de devises et contribuent à la stabilité économique.
Selon Rimmit, ces flux ont atteint près de 41,5 Md$ en 2025, un niveau record qui traduit le poids croissant du secteur. Pour Ismail Sarhank, l'enjeu dépasse la simple exécution des transactions.
« Notre mission consiste à permettre des transferts transfrontaliers fluides, sûrs et accessibles pour les Égyptiens et les expatriés, en Égypte comme à l'étranger », explique-t-il. « Nous cherchons à renforcer l'accessibilité financière en combinant innovation numérique et présence physique sur l'ensemble du territoire. »
Créée il y a plus de trente ans sous le nom d'IBAG, Rimmit s'est imposée comme l'un des plus grands opérateurs de transferts égyptiens, notamment grâce à des partenariats stratégiques, dont Western Union. L'entreprise traite environ quatre millions d'opérations par an, pour des volumes dépassant 2,4 Md$, et sert près d'un million de clients chaque année.
Un réseau physique en complément du numérique
Malgré les progrès de l'accès aux services financiers, la couverture géographique reste un obstacle dans de nombreuses régions d'Égypte. Rimmit a choisi d'investir massivement dans son réseau physique en parallèle de ses canaux numériques.
L'entreprise s'appuie aujourd'hui sur 177 agences réparties dans 22 gouvernorats : 39 sites en propre et 138 points de service hébergés dans des banques partenaires, parmi lesquelles la National Bank of Egypt, Bank Misr et Banque du Caire. Ce modèle hybride rappelle que la seule transformation numérique ne suffit pas toujours à toucher les populations mal desservies, en particulier hors des grands centres urbains, où la relation en face-à-face et les points d'accès physiques de confiance gardent leur importance.
Rimmit a par ailleurs lancé sa propre application et développé des services de virement direct vers des comptes bancaires et des portefeuilles électroniques. La société explore de nouveaux corridors de paiement et veut porter sa part de marché d'environ 8 à 10 % aujourd'hui à près de 15 % dans les prochaines années.
« Il existe toujours un besoin fort de solutions qui simplifient les transferts, réduisent les frictions du parcours client et offrent plus de transparence, de rapidité et de sécurité », souligne Ismail Sarhank.
Menthum veut démocratiser l'épargne et l'investissement
Si les paiements et les transferts dominent les débats sur l'inclusion financière, l'accès aux produits d'épargne et d'investissement reste largement en retrait. C'est précisément le créneau que vise Menthum, positionnée à la croisée de la fintech, de la finance personnelle et de l'investissement numérique.
« La vision de Menthum est de démocratiser l'accès à l'épargne et à l'investissement en Égypte, en rendant les outils de constitution de patrimoine plus accessibles, plus simples et portés par le numérique », résume Ismail Sarhank.
Historiquement, ces produits ont été perçus comme réservés aux ménages aisés ou aux investisseurs expérimentés. Des procédures d'ouverture complexes, une culture financière limitée et des seuils d'entrée élevés ont exclu une large partie de la population. Menthum mise sur la technologie pour changer la donne.
« Notre objectif est de permettre à davantage d'Égyptiens, en particulier les jeunes générations et les primo-investisseurs, de prendre en main leur avenir financier grâce à des produits accessibles et des expériences numériques », poursuit-il. « L'inclusion financière doit dépasser les paiements et les transactions pour inclure aussi l'accès à la croissance financière de long terme et à la création de patrimoine. »
Un défi de pédagogie autant que de technologie
La démographie égyptienne constitue un terrain favorable : le pays figure parmi les plus peuplés du Moyen-Orient et d'Afrique, sa classe moyenne progresse rapidement et l'équipement en smartphones se diffuse. La sensibilisation aux questions de finances personnelles, d'épargne et d'investissement augmente également.
Les obstacles demeurent toutefois importants. Pour Menthum, la difficulté principale tient à la perception de l'investissement, jugé trop complexe ou hors de portée pour le consommateur moyen.
« Beaucoup de personnes restent mal servies en matière de constitution de patrimoine et de planification financière de long terme », explique Ismail Sarhank. « Pour une large part de la population, investir reste perçu comme trop complexe, inaccessible, ou réservé aux segments les plus aisés. »
Répondre à cet enjeu ne se limite pas à la technologie. L'éducation financière, la transparence et un design simple deviennent des arguments différenciants pour séduire les primo-investisseurs. « Il existe un besoin fort de sensibilisation et de formation pour aider les individus à prendre des décisions plus éclairées et à gagner confiance dans les produits formels d'épargne et d'investissement », note Ismail Sarhank.
Une inclusion financière élargie à la création de patrimoine
Les trajectoires de Rimmit et de Menthum traduisent un déplacement plus large dans le secteur financier égyptien : l'inclusion n'est plus seulement envisagée sous l'angle de l'accès aux paiements et aux services bancaires, mais aussi sous celui des possibilités de création de richesse, d'investissement et de participation à l'économie formelle.
Cette évolution s'inscrit dans un contexte de transformation numérique, de réformes réglementaires et d'intérêt croissant des investisseurs pour la fintech égyptienne. Rimmit entend approfondir sa pénétration du marché national tout en modernisant ses services de transfert, tandis que Menthum cherche à élargir sa gamme de produits et à toucher de nouveaux segments de clientèle.
Les deux entreprises visent aussi, à plus long terme, des marchés au-delà des frontières égyptiennes, convaincues que de nombreux pays d'Afrique et du Moyen-Orient font face aux mêmes défis en matière d'inclusion financière, d'épargne et d'accès à l'investissement.


