Madica investit 200 000 $ dans Bekia et Delta Oil en Égypte
Le fonds panafricain de pre-seed Madica place jusqu'à 200 000 $ dans la plateforme de recyclage Bekia et l'agrégateur d'huiles usagées Delta Oil, selon EnterpriseAM. Ces tickets s'inscrivent dans une cohorte de cinq startups couvrant quatre marchés africains.

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Le fonds panafricain de pre-seed Madica renforce sa présence dans l'économie circulaire égyptienne. Il investit jusqu'à 200 000 $ dans la plateforme de recyclage Bekia et dans Delta Oil, spécialiste de la collecte d'huiles de cuisson usagées, selon EnterpriseAM. Les deux entreprises figurent dans une cohorte de cinq sociétés réparties sur quatre marchés africains, qui marque aussi les premiers investissements du fonds en Algérie, avec la plateforme RH Talenteo, et au Cameroun, avec la néobanque PaySika, aux côtés de la startup nigériane de semi-conducteurs ChipMango.
Bekia abandonne la collecte en propre pour une place de marché
Pour Bekia, fondée par Alaa Afifi, le capital finance un changement de modèle. L'entreprise, qui permet aux ménages et aux entreprises d'échanger des déchets recyclables contre de l'argent, des biens ou des services, délaissée la collecte fondée sur une flotte de véhicules au profit de « Bekia Next », une plateforme d'enchères numériques destinée aux gros producteurs industriels de déchets.
Les grands clients industriels qui génèrent des dizaines de milliers de tonnes de déchets gèrent manuellement jusqu'à une centaine d'agrégateurs distincts, explique à EnterpriseAM Francis Vesta, chargé d'investissement chez Madica. La nouvelle couche réunit ménages, petits clients B2B et producteurs industriels dans un même système. Bekia « s'éloigne de ce modèle très capitalistique, et c'est ce sur quoi nous misons et que nous cherchons à financer », indique-t-il.
Bekia Next a nécessité deux ans de développement, à partir des retours d'une cinquantaine de clients industriels existants, dont Coca-Cola, Nestlé, Juhayna et Tetra Pak, précise Alaa Afifi. La plateforme, dont le lancement est prévu vers la fin octobre, permettra aux entreprises de mettre leurs déchets en vente aux enchères auprès d'un réseau d'environ 9 000 négociants vérifiés via le dispositif Know Your Business (KYB), contre 20 à 50 acheteurs accessibles manuellement. Les enchères fixent le prix et les acheteurs vérifiés surenchérissent sur les tonnages mis en vente.
« Auparavant, les entreprises vendaient leurs déchets hors ligne, en perdant de l'argent parce qu'elles ignoraient la valeur exacte du marché, et il y avait un manque de conformité et de documentation », explique Alaa Afifi.
Des certificats de CO2 évité vendus par abonnement
« Le secteur du recyclage en Égypte a toujours fonctionné — il fonctionnait simplement de façon invisible, sur la base du cash et de la confiance, sans aucune trace », déclare Alaa Afifi, pour qui « la matière elle-même est une marchandise, mais sa traçabilité n'en est pas une, et personne sur notre marché ne détient encore cette traçabilité ».
Bekia Next transforme cette traçabilité en certificats vérifiés d'évitement de CO2 pour les clients industriels. C'est la première fonctionnalité que Bekia vend sous forme d'abonnement plutôt qu'à la prestation. L'activité B2C continuera de croître en parallèle de Next, avec un objectif de triplement, mais la priorité reste la couche B2B, indique la fondatrice.
Les 200 000 $ apportés par Madica s'inscrivent dans un tour d'amorçage de 765 000 $, auquel participent également l'investisseur climat panafricain Catalyst Fund et Jambaar Capital, basé à Dakar. Une expansion vers un second marché africain, peut-être le Kenya, est prévue l'an prochain.
Delta Oil mise sur l'offre, pas sur les clients
Delta Oil consacre les fonds à l'approvisionnement, et non à la conquête de clients. « La demande est tellement forte qu'elle n'est pas satisfaite aujourd'hui », souligne Francis Vesta. La société, cofondée par Serag Moussa, étudiait une expansion au Koweït au moment de l'investissement et évaluait des déploiements au Nigeria, au Kenya et à Oman, en hésitant entre répliquer son propre modèle et recourir à la franchise pour aller plus vite.
Les 200 000 $ font partie d'un tour plus large, et le chargé d'investissement est direct sur ce que cette somme permet : elle « ne représente peut-être pas grand-chose » à ce stade, dit-il. Ce que Madica — fonds de pre-seed affilié au fonds de capital-risque fintech Flourish Ventures, doté de 850 mn $ — apporte, c'est un accompagnement opérationnel pour « définir la stratégie de mise sur le marché » et trancher entre ces modèles d'expansion. La collecte domestique d'huiles usagées est bien plus fragmentée et difficile à maîtriser qu'une collecte B2B classique : « il y a beaucoup plus de volume, mais c'est très désintégré », ajoute-t-il.
Les fondateurs, critère décisif
« L'Égypte est un grand marché, mais même dans un grand marché, certains secteurs restent relativement sous-financés », observe Francis Vesta, pour qui le pays est « un marché qui nous enthousiasme vraiment ». Ce qui a fait la différence pour ces deux sociétés, ce sont les fondateurs : tous deux « comprenaient vraiment le problème », dit-il, et adoptaient des « approches radicalement différentes » du même pan de l'économie circulaire.
Madica investit généralement au premier tour institutionnel d'un fondateur, « le plus souvent dans une fourchette de 1 mn $ ou moins », et le chèque s'accompagne d'un programme de 18 mois présenté comme le pont permettant de franchir la période où les fondateurs calent entre leur tour de pre-seed et le financement de suivi. « C'est là que beaucoup de startups ou de fondateurs échouent — parce qu'ils n'ont pas accès à ce type d'accompagnement à la construction d'entreprise », explique Francis Vesta. Le programme couvre la préparation à l'investissement, la mise sur le marché, la gouvernance en phase d'amorçage et le coaching des fondateurs, ainsi que des voyages d'immersion entièrement financés.
Un concurrent déjà installé sur les huiles usagées
Delta Oil entre sur un marché où un acteur est déjà en place. Le pionnier local des huiles de cuisson usagées, Tagaddod, a bâti depuis 2013 un réseau d'approvisionnement international couvrant l'Europe, l'Asie et l'Afrique, et a levé 26,3 mn $ en octobre dernier pour accélérer son expansion régionale. « [Avec] la technologie et l'innovation que [Delta Oil] mettait dans le service au marché B2C, elle semblait se différencier des autres acteurs du secteur », estime Francis Vesta.
Il s'agit du deuxième investissement égyptien connu de Madica. Le premier était Motherbeing, la société de femtech derrière l'application Daleela. Francis Vesta identifie la santé des femmes comme le segment que Madica souhaite le plus soutenir localement — « encore un problème très important », avec de la place pour de nouveaux acteurs —, par opposition à la fintech et au retail-tech locaux, qu'il juge déjà fortement capitalisés à travers les « Big Four » africains (Égypte, Nigeria, Kenya et Afrique du Sud).
Une troisième opération dans les tuyaux
Madica mène déjà un premier travail de due diligence sur une troisième transaction égyptienne liée à l'économie circulaire : une startup non nommée qui transforme les déchets de culture de bananes en fibres textiles destinées aux fabricants mondiaux de vêtements. Aucun calendrier de closing n'a été communiqué.


