M-KOPA : la marge produit divisée par deux, le crédit devient moteur
La fintech M-KOPA a vu la marge brute de ses ventes d'appareils tomber de 27 % à 15,9 % en 2025, alors que le crédit devient sa principale source de profit, selon son rapport annuel. Le groupe basé au Royaume-Uni renoue avec un bénéfice net de 4,8 M$, mais affiche un flux de trésorerie opérationnel négatif de 69 M$.

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Une rentabilité portée par le financement, plus par la vente
M-KOPA, la fintech basée au Royaume-Uni qui finance des smartphones et des motos électriques pour les travailleurs informels africains, a vu la rentabilité de son activité de vente se dégrader nettement en 2025, selon son rapport financier annuel, rapporte Launch Base Africa. Les revenus tirés des contrats clients ont progressé de 45 % pour atteindre 363,4 M$, mais le coût des ventes a bondi de 66,6 % à 305,6 M$, ramenant le bénéfice brut sur les biens vendus à 57,9 M$, contre 67,9 M$ en 2024. La marge brute sur les ventes de produits est passée de 27,0 % à 15,9 %.
Fondée en 2011 pour financer des systèmes solaires domestiques, l'entreprise opère au Kenya, en Ouganda, au Nigeria, au Ghana et en Afrique du Sud. Elle comptait 3,4 millions de clients actifs fin 2025, en hausse de 49 % sur un an, et a décaissé plus de 2 Md$ de crédit. Elle traite plus de 2 millions de paiements par jour.
Le crédit pèse désormais plus que le négoce
Les produits d'intérêts calculés selon la méthode du taux d'intérêt effectif ont augmenté de 45 % à 236,3 M$. Après déduction des pertes de crédit attendues de 90,9 M$, la contribution ajustée du risque du crédit s'établit à 145,4 M$, soit plus du double du bénéfice brut de 57,9 M$ dégagé sur les ventes de produits. Autrement dit, le portefeuille de prêts, et non l'activité de négoce, constitue désormais la principale source de profit brut.
Ce basculement n'est pas nécessairement problématique. M-KOPA se présente depuis l'origine comme une fintech qui vend des appareils, et non comme un distributeur d'électronique qui propose du crédit. Jesse Moore, cofondateur et directeur général, déclarait à ImpactAlpha en 2023 : « On nous a connus comme une entreprise d'énergie hors réseau, et nous n'avons pas rejeté cette étiquette. Mais notre partie du solaire a toujours consisté à financer le solaire. Nous nous sommes toujours conçus comme une fintech. »
La compression des marges sur les appareils pose toutefois la question de la capacité de l'entreprise à couvrir ses coûts fixes de distribution, de logistique et d'acquisition clients. M-KOPA s'appuie sur ce qu'elle décrit comme le plus grand réseau de vente directe d'Afrique, avec plus de 40 000 agents dans cinq pays, et exploite à Nairobi une usine d'assemblage de smartphones qui a produit plus de 3,3 millions d'appareils.
Un taux de perte attendu de près de 50 %
La provision pour pertes de crédit attendues atteignait 155,5 M$ fin 2025, pour couvrir 328,4 M$ de créances commerciales brutes, prêts, avances et créances locatives, soit un taux de couverture d'environ 47 %. En clair, M-KOPA anticipe de perdre près de la moitié de ce qui lui est dû.
Ce niveau est très élevé au regard du crédit à la consommation classique. Il reflète la nature de la clientèle : des personnes sans historique de crédit formel, sans garantie conventionnelle et sans emploi salarié. Le modèle prévoit un dépôt initial puis des versements quotidiens ou périodiques, et M-KOPA peut verrouiller les appareils à distance en cas d'impayé. En mars 2026, le groupe a acquis pour 8 M$ KilpiTek Oy, société finlandaise de logiciels spécialisée dans le verrouillage d'appareils, afin de maîtriser cette brique technologique.
La charge de pertes de crédit attendues de l'exercice s'élève à 90,9 M$, soit 38,5 % des produits d'intérêts, ce qui explique qu'un groupe affichant 599,8 M$ de revenus bruts ne dégage que 4,8 M$ de bénéfice net.
Des comptes 2025 retraités après l'arrivée de PwC
Les comptes 2025 sont les premiers audités par PricewaterhouseCoopers, nommé auditeur externe du groupe. Dans le cadre de cette première revue, M-KOPA a retraité les comparatifs, principalement pour refléter un changement de traitement comptable des pertes de crédit attendues, des ajustements sur la reconnaissance des intérêts des prêts dépréciés et des corrections de complétude du portefeuille enregistré dans son système.
Ces retraitements ont été traités comme des corrections d'éléments antérieurs au titre de la norme IAS 8. Les capitaux propres d'ouverture au 31 décembre 2023 ont été abaissés d'environ 7,6 M$. La perte 2024 a été retraitée à 21,2 M$ et la provision pour pertes de crédit de 2024 à 129,7 M$. Le groupe indique avoir renforcé les modèles, les données et la documentation sous-jacente à ces jugements « afin qu'ils soient appliqués de manière cohérente lors des périodes futures ». PwC a émis une opinion sans réserve et n'a pas relevé d'incertitude significative sur la continuité d'exploitation.
Malgré un bénéfice net de 4,8 M$, M-KOPA a dégagé un flux de trésorerie opérationnel négatif de 69,0 M$ en 2025, contre 61,7 M$ en 2024. Cet écart tient au caractère capitalistique du modèle de prêt : la trésorerie est immobilisée dans les créances et les stocks, et les intérêts sur emprunts absorbent une part importante des flux d'exploitation, à hauteur de 37,9 M$ sur l'année.
Une dépendance persistante au refinancement
Le groupe reste donc tributaire de financements externes. En 2025, il a levé 61,8 M$ de nouveaux emprunts et 59,6 M$ de fonds propres, tout en remboursant 41,0 M$ de dette. Les emprunts totaux atteignaient 237,7 M$ à la clôture, pour des capitaux propres de 118,4 M$. La dette nette, en tenant compte de 80,5 M$ de trésorerie au bilan, ressort à environ 157,2 M$.
L'évaluation de la continuité d'exploitation dépend de la capacité à refinancer les échéances. Les administrateurs indiquent être en négociations avancées avec des prêteurs actuels et potentiels pour renouveler, prolonger et refinancer ces lignes, et avoir obtenu plusieurs accords et engagements.
M-KOPA évolue par ailleurs sur un marché concurrentiel du financement d'actifs, face à Sun King, d.light et EasyBuy, ainsi qu'à divers prêteurs numériques et acteurs du paiement fractionné au Kenya et au Nigeria. Le marché africain du BNPL devrait croître d'environ 15,5 Md$ en 2024 à 33 Md$ en 2029, selon FT Partners, attirant de nouveaux entrants.
Dans la mobilité électrique, M-KOPA Kenya Mobility, créée en 2023, finance des motos électriques de fabricants comme Ampersand, Roam et Spiro, et s'est associée à Bolt pour élargir l'accès des chauffeurs de VTC. Plus de 10 000 motos électriques ont été financées au Kenya et l'activité s'étend aux tuk-tuks électriques. La banque néerlandaise de développement FMO prépare une facilité de dette senior de 30 M$ pour soutenir ce portefeuille.
Les résultats 2025 dessinent une entreprise en transition : forte croissance du chiffre d'affaires, retour à la rentabilité et renforcement du bilan grâce à une levée de fonds propres de 70,5 M$ sur l'année. Mais la marge sur les appareils a été divisée par deux, le portefeuille de prêts porte un taux de perte attendu de 47 %, et la trésorerie d'exploitation reste profondément négative.


