La CDC tunisienne déploie son fonds ANAVA hors du Grand Tunis
La Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) tunisienne relance son roadshow régional pour décentraliser le financement des startups, alors que 80,5 % des levées restent concentrées dans le Grand Tunis. Le fonds ANAVA, doté d'un objectif de 100 M€, a déjà engagé 45 M€ dans dix fonds de capital-risque.

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Un roadshow pour corriger le déséquilibre régional
L'appareil public tunisien de financement des startups se tourne vers l'intérieur du pays. Le projet « Innovative Startups and SMEs », financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) en partenariat avec Smart Capital, lance fin septembre la deuxième édition de son roadshow régional, selon Launch Base Africa. Des étapes sont prévues au Kef, à Monastir, à Gafsa et à Zarzis jusqu'au 23 octobre. La première édition, en 2025, avait visité Bizerte, Kairouan, Sfax et Gabès.
Le contexte est documenté. D'après une étude de l'Institut tunisien des études stratégiques (ITES), 67 % des agences bancaires se situent sur le littoral, principalement dans le Grand Tunis et le Centre-Est, laissant les régions intérieures dans ce que l'institut qualifie de « désert financier ». Les startups n'ont capté que 1,8 % du capital investi total en 2024. Jusqu'à 80,5 % des levées de fonds sont centralisées dans le Grand Tunis.
ANAVA et InnovaTech, deux instruments complémentaires
À chaque étape, les organisateurs détailleront deux dispositifs. ANAVA, le fonds de fonds, achemine le capital indirectement via des fonds filles qui investissent dans des startups en Tunisie ainsi qu'en Afrique et au Moyen-Orient. InnovaTech intervient directement auprès des petites et moyennes entreprises innovantes. La CDC présente le projet comme articulé autour de deux composantes : le financement indirect par ANAVA et le financement direct par InnovaTech.
ANAVA est le premier fonds de fonds de Tunisie et du continent africain, libellé en euros. Il vise 100 M€, avec un premier closing de 60 M€ déjà sécurisé : 40 M€ souscrits par la CDC via un prêt de la Banque mondiale et 20 M€ apportés par la banque de développement allemande KfW. Le fonds est géré par Smart Capital, société agréée par le Conseil du marché financier et mandatée par l'État tunisien pour déployer le programme national Startup Tunisia.
À ce jour, ANAVA a engagé 45 M€ dans dix fonds de capital-risque, avec pour objectif d'en compter au moins treize. Sept de ces fonds se concentrent exclusivement sur la Tunisie, tandis que trois opèrent comme des véhicules panafricains. Le fonds revendique une approche agnostique en termes de secteur et de stade, afin de diversifier le risque tout en maximisant la performance à grande échelle.
Les véhicules qui déploient les capitaux
Parmi les principaux véhicules qui déploient les capitaux d'ANAVA figure 216 Capital Ventures, société basée à Tunis et spécialisée dans les startups technologiques en phase d'amorçage. Elle a investi dans des entreprises telles qu'eSteps, Proxalys et Logidoo. La société a été fondée en 2021 par Dhekra Khelifi, première femme general partner d'un fonds de capital-risque tunisien.
MEDIN Fund Management gère le TITAN SEED FUND I, un véhicule deep tech ciblant les startups en phase d'amorçage qui mobilisent l'intelligence artificielle dans les sciences de la vie, la biotech et d'autres secteurs. Il vise 10 M€ et est présenté comme le premier fonds dédié au deep tech en Afrique du Nord. ANAVA y a engagé 5 M€, le fonds investissant à la fois en dinars tunisiens et en euros.
Go Big Partners, société basée en Tunisie, soutient principalement les startups B2B répondant à des besoins de marché mondiaux. Flat6Labs, l'un des investisseurs d'amorçage les plus actifs de la région MENA, a lancé un fonds de capital-risque de 95 M$ destiné à soutenir plus de 160 startups sur cinq ans, avec des tickets compris entre 150 000 $ et 500 000 $.
Silicon Badia est une société de capital-risque internationale qui investit dans des startups technologiques de plusieurs secteurs. Elle a soutenu des entreprises comme Synapse Analytics et Cartona en Égypte. Janngo Capital, fondé par l'investisseuse sénégalaise Fatoumata Bâ, a récemment clôturé un fonds de 78 M$, dépassant son objectif initial de 20 %, avec un focus sur les startups technologiques africaines, en particulier celles dirigées par des femmes. LoftyInc Capital, fondé par l'investisseur nigérian Idris Ayodeji Bello, accompagne les « Afropreneurs » dans la fintech, les services financiers et le logiciel. Ses investissements notables incluent Flutterwave, Eden Life et Chefaa.
Un format adapté aux bassins économiques régionaux
Le format du roadshow traduit la reconnaissance qu'une présentation uniforme des mécanismes de financement ne suffit pas. L'édition de cette année met davantage l'accent sur les caractéristiques économiques propres à chaque bassin régional, avec l'objectif de connecter les porteurs de projets aux investisseurs, aux banques régionales, aux SICAR (sociétés d'investissement à capital-risque), aux universités, aux technopoles et aux organisations professionnelles locales.
Pour les investisseurs en capital-risque régionaux et les SICAR, ces rencontres servent de canal pour identifier du deal-flow en dehors des circuits habituels. Elles constituent aussi un test : vérifier si des instruments comme ANAVA et InnovaTech peuvent réellement irriguer l'investissement au-delà des zones côtières.
L'écosystème startup tunisien montre des signes de dynamisme, mais le déséquilibre structurel persiste. Dans un entretien accordé en juillet à La Presse de Tunisie, la directrice générale de la CDC, Nejia Gharbi, a indiqué que la CDC avait financé dix fonds d'investissement dédiés aux startups dans le cadre d'ANAVA, et que 70 startups tunisiennes avaient bénéficié d'un financement via le fonds de fonds et les différents fonds d'investissement créés dans son cadre. Elle a précisé que plusieurs sociétés de gestion et fonds d'investissement ont été créés par des professionnels de la diaspora tunisienne, avec un accent particulier sur des secteurs comme l'intelligence artificielle et les technologies avancées.
« Il y a du financement, il y a du potentiel ; le défi consiste désormais à accélérer », a déclaré Nejia Gharbi.
Les prochains mois diront si l'orientation régionale du roadshow se traduit par un déplacement mesurable des flux de capitaux vers les startups tunisiennes, ou si l'attraction centrifuge de Tunis s'avère plus forte que l'intention politique de décentraliser.


