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SunCulture boucle une titrisation de 10 M$ avec le Mirova Gigaton Fund

SunCulture, fournisseur kényan de systèmes d'irrigation solaire, a bouclé une titrisation de 10 M$ de ses créances, selon Launch Base Africa. L'opération, adossée à un SPV dédié et financée par le Mirova Gigaton Fund, vise à accélérer le recyclage du capital de l'entreprise.

5 min de lectureMis à jour il y a 51 minutes
Samir Ibrahim, CEO de SunCulture
Dans cet article
  1. Une titrisation de 10 M$ pour accélérer le recyclage du capital
  2. 85 000 systèmes vendus depuis 2012
  3. Un précédent pour le financement de l'énergie productive
  4. Mirova et SunCulture, une relation déjà ancienne
  5. Un test pour la finance structurée

Une titrisation de 10 M$ pour accélérer le recyclage du capital

SunCulture, fournisseur kényan de systèmes d'irrigation à l'énergie solaire, a finalisé une titrisation de 10 M$ portant sur les créances adossées à ses actifs solaires productifs, selon Launch Base Africa. L'opération, annoncée jeudi, repose sur un financement senior garanti de 10 M$ accordé par le Mirova Gigaton Fund à un véhicule dédié (SPV) constitué pour acquérir les créances émises par SunCulture Kenya.

La fintech Kaleidofin a assuré le suivi du portefeuille et participé à la structuration via son programme de SPV basé à Maurice, la ki Platform PCC. Le montage doit permettre à SunCulture de récupérer des capitaux autrement immobilisés dans des créances clients à long terme, afin de financer l'expansion de son activité d'irrigation solaire en paiement à l'usage (PAYGo).

85 000 systèmes vendus depuis 2012

Depuis sa création en 2012, l'entreprise indique avoir vendu plus de 85 000 systèmes et pompes d'irrigation solaire à des petits exploitants, dans le cadre d'un modèle « Pay-As-You-Grow » qui associe assurance et garantie à des échéances de remboursement abordables.

« L'accès à l'irrigation au Kenya n'a jamais été limité par la demande des agriculteurs. Il a été limité par l'absence de solutions abordables et déployables à grande échelle », a déclaré Samir Ibrahim, cofondateur et directeur général de SunCulture. « Cette structure répond à ces trois enjeux et nous donne la confiance nécessaire pour développer le financement des clients sur des capitaux à long terme et protégés contre le risque de change. Un recyclage plus rapide du capital signifie que davantage d'agriculteurs irriguent plus tôt. »

Un précédent pour le financement de l'énergie productive

La titrisation constitue une avancée pour le financement de l'énergie productive en Afrique, un segment qui a longtemps eu du mal à attirer des capitaux institutionnels à grande échelle. En regroupant les créances d'actifs solaires d'irrigation distribués dans un véhicule structuré, l'opération cherche à prouver que ces actifs peuvent être financés par les marchés de capitaux, plutôt que par le seul crédit bilanciel ou les subventions.

Rim Azirar, directrice adjointe de la transition énergétique des marchés émergents chez Mirova, estime que l'opération « ouvre une nouvelle voie » pour le secteur. « Au-delà de soutenir la croissance de SunCulture, nous pensons que cette transaction peut fournir un modèle reproductible à d'autres entreprises et aider à libérer de nouvelles sources de capital long terme pour l'énergie productive et les solutions climatiques sur le continent », a-t-elle ajouté.

Le rôle de Kaleidofin dans la structuration

L'opération répond à un obstacle récurrent du financement d'actifs sur les marchés émergents : la croissance est souvent bridée par le manque de fonds de roulement. Le modèle de SunCulture, qui accorde du crédit à des agriculteurs souvent exclus du financement traditionnel, immobilise de la trésorerie dans des créances de long terme, ce qui ralentit les achats de stock et l'élargissement de la clientèle.

La nouvelle structure vise à desserrer cette contrainte. En cédant les créances à un SPV financé par le Mirova Gigaton Fund, SunCulture peut accélérer le recyclage de son capital tout en sortant certains risques de son bilan. Kaleidofin assure le suivi des risques, le reporting de performance et le contrôle du respect des covenants via sa plateforme analytique, et a utilisé son modèle de décision de crédit « ki score », bâti sur plus de 30 millions de points de données, pour sélectionner les créances et modéliser les flux de trésorerie.

« Cela démontre comment la finance structurée peut canaliser des capitaux institutionnels vers des segments mal desservis de l'économie », a déclaré Sucharita Mukherjee, cofondatrice et directrice générale de Kaleidofin. Elle ajoute que cette structuration sur mesure pour un portefeuille de créances d'irrigation solaire distribuée « contribue à un écosystème de financement plus scalable pour les actifs climatiques productifs en Afrique de l'Est, et soutient le passage de transactions ponctuelles à des cadres de financement répétables et investissables ».

Mirova et SunCulture, une relation déjà ancienne

La titrisation s'appuie sur une relation existante entre Mirova et SunCulture. Mirova, qui a racheté en 2022 le prêteur spécialisé dans les énergies propres SunFunder, avait déjà soutenu l'entreprise via une facilité de dette syndiquée de 12 M$ pilotée par Mirova SunFunder et financée par son Solar Energy Transformation Fund et sa stratégie Gigaton. Annoncée en 2023, cette facilité visait à financer le stock et les créances de la filiale kényane de SunCulture.

Plus récemment, en septembre 2025, SunCulture s'est associé à la plateforme fintech Bridgin sur une structure de financement de créances de 15 M$ destinée à libérer du capital en monnaie locale pour l'agriculture climato-intelligente. Cette structure reposait également sur un SPV isolé et hors bilan, afin de toucher davantage de clients tout en réduisant le risque porté par le bilan. SunCulture a aussi obtenu 5 M$ de capital de croissance auprès du Water & Climate Resilience Fund de WaterEquity, ainsi qu'une ligne de crédit supplémentaire de 11 M$ pour son expansion en Afrique subsaharienne.

Le Mirova Gigaton Fund, qui a fourni le financement senior garanti, est structuré en SICAV RAIF domiciliée au Luxembourg et fermée aux nouvelles souscriptions. Le fonds est exposé à plusieurs risques, notamment de crédit, de liquidité, de change et de marchés émergents, selon ses documents réglementaires.

Un test pour la finance structurée

L'opération intervient alors que l'adaptation climatique et la résilience agricole deviennent des priorités de plus en plus pressantes en Afrique. Les petits exploitants, qui constituent la majorité des producteurs agricoles du continent, restent très vulnérables aux pluies irrégulières. L'irrigation solaire permet de réduire cette vulnérabilité tout en améliorant les rendements et les revenus des ménages, mais l'accès à un financement abordable de ces systèmes demeure limité.

Le modèle PAYGo de SunCulture, qu'elle présente comme « Pay-As-You-Grow », permet aux agriculteurs de payer leur équipement de façon échelonnée. L'entreprise affirme que ses systèmes peuvent augmenter les rendements jusqu'à 300 % et réduire la consommation d'eau de 80 % grâce à une irrigation goutte à goutte efficace. Selon WaterEquity, plus de 90 % de ses clients utilisent les pompes non seulement pour l'agriculture, mais aussi pour boire, cuisiner et se laver.

Reste que la dépendance au crédit client contraint la croissance de SunCulture, limitée par sa capacité à financer ses créances. La titrisation constitue un test : si elle réussit, elle pourrait inciter d'autres entreprises africaines de l'énergie productive à recourir à des montages similaires, et approfondir le vivier de capitaux institutionnels disponibles pour les actifs d'énergie renouvelable distribuée.

L'opération de SunCulture intervient alors que le secteur du solaire hors réseau se rapproche des marchés de capitaux publics. En juin de cette année, African Frontier Capital, partenaire de titrisation de d.light, a émis une obligation verte de 50 M$ cotée sur le marché international de la London Stock Exchange — une première pour le secteur, qui accède ainsi aux marchés obligataires publics via une structure de titrisation de créances PAYGo. La transaction de SunCulture, plus petite et placée en privé auprès du Mirova Gigaton Fund plutôt que via une obligation publique, repose sur la même logique : des créances d'actifs solaires distribués peuvent être packagées dans une structure investissable.

« Alors que l'adaptation climatique et la résilience agricole deviennent des priorités de plus en plus urgentes en Afrique, des structures de financement innovantes comme celle-ci peuvent jouer un rôle important pour développer l'accès aux technologies d'énergie renouvelable productive, tout en favorisant le développement de marchés de capitaux plus profonds et plus inclusifs », ont déclaré les partenaires dans un communiqué commun.

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