Djezzy obtient d'Alger la première autorisation PSP du pays
Le Conseil monétaire et bancaire algérien a validé la constitution de Djezzy Payment Services, première entité non bancaire autorisée à opérer dans les paiements, selon Launch Base Africa. La filiale du deuxième opérateur mobile algérien dispose de douze mois pour se doter d'une structure opérationnelle avant de solliciter son agrément définitif.

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Une première autorisation pour un prestataire non bancaire
Le Conseil monétaire et bancaire, présidé par le gouverneur de la Banque d'Algérie, a approuvé la création de Djezzy Payment Services en tant que prestataire de services de paiement (PSP), rapporte Launch Base Africa. Il s'agit de la première autorisation accordée à un acteur non bancaire dans le pays.
La nouvelle entité est une filiale dédiée d'Optimum Telecom Algeria (Djezzy), deuxième opérateur mobile du pays. Depuis le rachat de la participation de Veon par le Fonds national d'investissement (FNI) en 2022, l'opérateur est détenu à 100 % par l'État.
Cette décision constitue la première mise en œuvre de la réglementation n° 25-02, elle-même adossée à la loi 23-09 sur le droit monétaire et bancaire. Ce cadre vise à diversifier les instruments de paiement, à faire rentrer les capitaux informels dans le circuit bancaire et à élargir l'accès aux services financiers dans un pays encore très dépendant du cash.
Douze mois pour bâtir la structure avant l'agrément
L'autorisation délivrée à Djezzy Payment Services est une autorisation de constitution. La Banque d'Algérie laisse à l'entreprise jusqu'à douze mois à compter de la notification pour mettre en place son organisation opérationnelle, son infrastructure technique et sa gouvernance des risques, avant de déposer une demande d'agrément définitif.
Une fois l'agrément obtenu, la société pourra émettre des portefeuilles numériques, traiter des transactions électroniques et exploiter des réseaux financiers d'agents, sans pour autant exercer comme une banque commerciale de plein exercice.
Pour les analystes du secteur, le choix de confier le premier permis de constitution à un opérateur mobile contrôlé par l'État s'inscrit dans la démarche progressive d'Alger en matière de réforme financière. Forts d'une base d'abonnés établie et d'une couverture nationale, les filiales télécoms disposent des capitaux et des infrastructures nécessaires pour répondre aux nouvelles exigences de conformité.
Ce qu'impose l'instruction n° 06-2025
La délivrance de cette autorisation fait suite à la publication par la banque centrale de l'instruction n° 06-2025, qui fixe les normes techniques et opérationnelles applicables aux intermédiaires financiers non bancaires. Le texte pose plusieurs obligations.
Vérification des clients par paliers
Les portefeuilles numériques sont répartis en trois niveaux de solde : le niveau 1, jusqu'à 100 000 DZD (environ 740 $), exige une vérification d'identité numérique de base et vise l'inclusion des personnes non bancarisées ; le niveau 2, jusqu'à 500 000 DZD (environ 3 700 $), requiert des documents d'identité formels et une preuve de revenus ; le niveau 3, jusqu'à 1 000 000 DZD (environ 7 400 $), impose la remise de documents complétée par une vérification vidéo à distance.
Cantonnement des fonds et responsabilité des agents
En vertu de l'article 9, les PSP doivent loger l'ensemble des fonds clients dans des comptes de cantonnement ouverts auprès de banques commerciales. Ces actifs doivent rester strictement isolés des fonds d'exploitation, avec un rapprochement des soldes par rapport au total des engagements clients dès le jour ouvré suivant.
Les PSP peuvent par ailleurs s'appuyer sur des commerçants locaux, des points postaux et des enseignes de détail comme points physiques d'entrée et de sortie d'espèces. L'article 17 fait toutefois porter au PSP la responsabilité juridique et réglementaire entière de la conformité, de la formation et des protocoles antiblanchiment de son réseau d'agents.
Opérations en dinars et intégration aux systèmes nationaux
Toutes les transactions, les règlements et les valeurs stockées doivent être libellés exclusivement en dinars algériens (DZD) et exécutés sur le territoire national. Les plateformes des PSP doivent se connecter directement aux systèmes nationaux de compensation et de règlement pilotés par la banque centrale.
Un cadre qui ouvre la porte aux startups
Le secteur bancaire algérien a longtemps été dominé par de grandes banques commerciales publiques, avec une pénétration faible de la carte bancaire et une économie informelle importante. À l'inverse, la couverture mobile s'étend à plus de 95 % de la population, ce qui offre un canal alternatif pour les services transactionnels.
Si l'entrée d'un opérateur public fixe le point de départ, les normes claires posées par l'instruction n° 06-2025 donnent aux startups technologiques indépendantes et aux investisseurs étrangers un cadre prévisible pour se positionner.
Le principal défi opérationnel des nouveaux PSP consistera à convertir un commerce de détail très dépendant des espèces à l'usage du portefeuille numérique, tout en respectant des plafonds journaliers stricts et des exigences d'authentification multifacteur. La capacité des jeunes pousses indépendantes à lever les capitaux nécessaires pour satisfaire les exigences de cantonnement et de conformité de la banque centrale reste une question ouverte pour l'évolution du marché.


