VOA Venture Partners mise sur six mois d'immersion avant d'investir
VOA Venture Partners, fonds africain centré sur les infrastructures financières, impose six mois d'immersion opérationnelle avant d'investir. Sa fondatrice Victoria Olayide Adesanya explique cette méthode dans un entretien à TechCabal.

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Un fonds positionné sur les coulisses du paiement
La plupart des investisseurs tranchent après un pitch, quelques rendez-vous et plusieurs semaines de due diligence. Victoria Olayide Adesanya, fondatrice de VOA Venture Partners, exige davantage avant de signer un chèque : elle veut passer six mois à travailler au sein de l'entreprise, selon TechCabal.
Le fonds, centré sur l'Afrique, finance des jeunes pousses qui construisent l'infrastructure financière permettant de faire entrer et sortir de l'argent du continent. Il cible en priorité les fondateurs issus de la diaspora africaine.
Adesanya revendique un positionnement à contre-courant : elle considère que le marché africain est jeune et que l'infrastructure financière, essentiellement interentreprises, reste truffée de brèches. Elle estime que le fintech africain n'est pas saturé, contrairement à une idée répandue.
Deux participations pour illustrer la thèse
Deux sociétés du portefeuille de VOA illustrent ce positionnement. Blockradar permet à des fintechs de proposer des portefeuilles en stablecoins via une API, sans recruter d'ingénieurs blockchain. REasy aide les petites entreprises d'Afrique francophone à payer leurs fournisseurs en Chine et à Dubaï et à gérer le transport.
Avant de fonder le fonds, Adesanya a passé plus de dix ans dans la finance, avec des postes chez Barclays et Credit Suisse et des missions de conseil pour des banques d'investissement comme Morgan Stanley.
VOA Build : six mois sans investissement, contre rémunération
Le programme VOA Build, que le fonds pilote cette année avec une poignée d'entreprises, place VOA aux côtés de la startup comme stratège go-to-market supplémentaire. Aucun investissement n'est réalisé pendant cette période : le seul objectif affiché est la croissance du chiffre d'affaires.
En contrepartie, VOA perçoit une part des revenus qu'elle contribue à générer et une petite participation au capital, acquise progressivement sur la durée de l'accompagnement. Un éventuel investissement du fonds reste une décision distincte.
« Capital is scarce for everyone right now, investors and founders alike », explique Adesanya, qui rappelle que beaucoup d'investisseurs se contentent désormais de tours de suivi et que les jeunes entreprises en pre-seed peinent à lever.
Le programme répond à un contexte de financement difficile. Selon Africa: The Big Deal, le nombre de startups africaines ayant levé entre 100 000 $ et 1 million $ a reculé de 44 % au premier semestre 2026.
Les critères de sélection
VOA Build s'adresse à des entreprises déjà génératrices de revenus, avec de vrais clients payants, et chez lesquelles l'implication du fonds peut apporter une valeur claire. Le fonds privilégie les dossiers qu'il pourrait financer via son véhicule principal.
Adesanya dit aussi rechercher des fondateurs prêts à échanger ouvertement, à partager de l'information et à mettre en œuvre les décisions. Les entreprises retenues peuvent continuer à lever des fonds pendant le programme, ce que le fonds accueille favorablement.
Ce que l'immersion révèle et ce que la due diligence manque
Trois enseignements reviennent de l'expérience. D'abord, l'exécution : un bon produit ou un marché attractif ne garantit pas qu'une équipe avance avec constance. Ensuite, le comportement, que la due diligence traditionnelle éclaire peu : réactivité, suivi des engagements, priorités et prise de décision en disent long sur le fonctionnement réel d'une entreprise.
Enfin, les résultats commerciaux : un pipeline bien rempli ou une liste de partenariats peut impressionner, mais le fonds veut savoir si ces relations se traduisent en revenus, en usage ou en jalons concrets.
Interrogée sur la réticence de certains fondateurs à céder du capital avant tout investissement, Adesanya reconnaît une inquiétude légitime. Elle conseille de peser la dilution en connaissance de cause et rappelle que la participation s'acquiert progressivement, et que les fondateurs ont déjà pu observer la façon de travailler du fonds avant de s'engager.
Les signaux retenus en l'absence de données
Quand les données manquent, Adesanya regarde d'abord la motivation du fondateur et ses décisions passées : pourquoi ce problème, et qu'a-t-il fait des ressources dont il disposait. Elle cherche des preuves de résilience et de jugement, notamment lorsque les choses ont mal tourné.
Elle exige ensuite une traction réelle, c'est-à-dire la preuve que les clients accordent de la valeur au produit. Un projet dont le plan d'acquisition repose entièrement sur une levée de fonds ne la convainc pas.
Elle s'attache enfin à la profondeur de compréhension du client, du marché, du produit et des alternatives existantes. Un fondateur doit pouvoir expliquer pourquoi un client choisirait son produit et sur quels points ses concurrents sont plus forts.


