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Tunisie : le Pnud cartographie l'inclusion financière des femmes et des jeunes

Une étude du Pnud menée dans sept gouvernorats tunisiens révèle que la couverture bancaire y représente 12 % du réseau national et que le taux de bancarisation des femmes s'établit à 18 %. Une caravane itinérante doit sillonner ces régions dès octobre 2026 pour rapprocher banques, microfinance et services digitaux des populations.

5 min de lectureMis à jour il y a 1 h
Inclusion financière : soutenir l'autonomisation économique des catégories vulnérables
Dans cet article
  1. Une étude du Pnud dans sept gouvernorats
  2. Des chiffres qui expliquent le recours à l'informel
  3. La microfinance, levier structurant
  4. Une caravane itinérante dès octobre 2026

Une étude du Pnud dans sept gouvernorats

L'inclusion financière des femmes et des jeunes constitue un levier du développement socioéconomique tunisien, rapporte La Presse de Tunisie. Elle ne se limite pas à la détention d'un compte : elle suppose l'accès au crédit, à l'épargne, à l'assurance et aux moyens de paiement. Des obstacles socioculturels, institutionnels et structurels continuent toutefois de freiner l'accès effectif aux services financiers formels.

Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a publié une étude consacrée aux déterminants de cette inclusion dans plusieurs gouvernorats. En croisant l'analyse de l'offre et de la demande, elle examine l'accessibilité, le coût, les connaissances financières, ainsi que la confiance accordée aux institutions. L'étude est menée avec l'Observatoire de l'Inclusion Financière et le ministère de l'Économie et de la Planification, avec un appui financier du Canada.

Les populations concernées sont diverses : ruraux, jeunes, femmes, petites entreprises et travailleurs informels. Pour elles, les contraintes géographiques, sociales ou économiques pèsent sur l'accès aux services. Au-delà de la réduction de la pauvreté, l'inclusion financière soutient l'entrepreneuriat et la stabilité financière du pays, selon l'étude.

Des chiffres qui expliquent le recours à l'informel

L'étude a été conduite dans sept gouvernorats — Kairouan, Gabès, Médenine, Tataouine, Gafsa, Tozeur et Kébili — dans le cadre du projet « Green Economy : Women's Economic Empowerment in Tunisia » (Geweet). Dans ces régions, la couverture bancaire ne représente que 12 % du réseau national, et le taux de bancarisation des femmes s'établit à 18 %. Ces données éclairent la place des pratiques informelles, comme l'épargne à domicile ou les circuits communautaires de solidarité, fondés sur la proximité et la confiance.

Intervenant sur les ondes d'une radio privée, Nadia Gouta, responsable du Programme de croissance inclusive et de développement humain au Pnud, a détaillé ces écarts : seuls 18 % des jeunes interrogés disposent d'un compte bancaire et 70 % n'en ont aucun auprès d'un service financier. « Les sept gouvernorats étudiés, qui couvrent plus de la moitié du territoire tunisien, ne comptent qu'un peu plus de 200 agences bancaires, contre plus de 2.000 à l'échelle nationale », ajoute-t-elle. Par ailleurs, 35 % des étudiants et 23 % des jeunes sans emploi estiment ne pas être concernés par les services financiers.

Du côté des femmes à faibles revenus, 35 % possèdent un compte bancaire et 18 % un compte auprès d'un service financier formel, tandis que 50 % recourent aux bureaux de poste. Elles sont 98 % à privilégier les espèces, la moitié d'entre elles percevant leurs revenus sous cette forme. Le recours à l'assurance reste marginal, à 0,2 % dans les régions étudiées.

Un attachement persistant au liquide

L'étude relève un fort attachement aux espèces chez les jeunes : si 50 % font confiance aux comptes numériques, 98 % privilégient les transactions en liquide, et 66 % des utilisateurs du numérique ne jugent pas nécessaire de se rendre en agence. Autre constat : 81 % des personnes interrogées ignorent l'existence des services d'accompagnement non financier, alors que 48 % des bénéficiaires de ces services recherchent avant tout une formation technique et professionnelle.

Pour Raja Dahman, directrice générale de l'Observatoire de l'inclusion financière, « l'inclusion financière des femmes et des jeunes se mesure par la capacité concrète à ouvrir et utiliser un compte, épargner en sécurité, accéder à un crédit adapté sans que la distance, le coût ou la méfiance ne constituent des barrières insurmontables ». Elle précise que l'étude « est conçue pour outiller les décideurs publics, les acteurs de l'écosystème ainsi que les chercheurs pour le développement de nouvelles stratégies focalisées sur les besoins réels des populations ciblées dans le cadre du programme national d'éducation financière 2023-2027 ».

La microfinance, levier structurant

Le secteur de la microfinance joue un rôle pionnier auprès des femmes, qu'il s'agisse d'artisanat, de petit commerce ou d'initiatives agricoles rurales. Des limites subsistent néanmoins : le coût élevé du crédit et la difficulté, pour les micro-entreprises dirigées par des femmes, de franchir le cap vers des financements plus importants et le statut de PME.

Pour Céline Moyroud, représentante résidente du Pnud en Tunisie, lorsque les populations vulnérables accèdent aux services formels et les utilisent, « leur autonomie économique et leur capacité à saisir des opportunités, à participer activement au développement socioéconomique et à construire leur résilience s'en trouvent renforcées. En ce sens, l'inclusion financière est autant un levier d'égalité que de développement durable ».

Une caravane itinérante dès octobre 2026

L'étude souligne le besoin d'information, d'écoute et d'accompagnement exprimé par les populations. Pour y répondre, le Pnud et l'OIF lanceront une campagne de communication et d'affichage de proximité, doublée d'une caravane itinérante. À partir d'octobre 2026, cette plateforme mobile parcourra les sept gouvernorats cibles pour rencontrer directement femmes et jeunes, en réunissant banques, institutions de microfinance, assurances et services financiers digitaux. Elle proposera un accompagnement personnalisé, des animations pédagogiques et des simulations pratiques.

Ces engagements s'inscrivent dans les priorités du Plan de Développement 2026-2030 de la Tunisie, qui vise l'autonomisation économique des catégories vulnérables, la consolidation des micro et très petites entreprises et un modèle économique territorial plus juste.

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