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Togo : 4 435 milliards de mobile money, et 59 % de cash

Le Togo a enregistré 4 435,3 milliards de FCFA de transactions mobile money en 2025, en hausse de 7,9 %. Mais 59,2 % de cette valeur circule entre dépôts et retraits en espèces : le wallet togolais tourne sur lui-même plus qu'il ne relie à la banque.

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Crédit image : Photo : Raymond Sam — CC0 1.0 (Openverse)
Dans cet article
  1. Le chiffre qui impressionne, et celui qui le dégonfle
  2. La thèse : un système qui tourne sur lui-même
  3. Ce que la BCEAO ne mesure pas
  4. Le paradoxe togolais : 54 % de comptes actifs, 2 % de la valeur régionale
  5. Le déplacement : ce que le tableau de bord choisit de compter

Le chiffre qui impressionne, et celui qui le dégonfle

4 435,3 milliards de FCFA. C'est la valeur des transactions mobile money enregistrées au Togo en 2025, d'après le tableau de bord de l'inclusion financière de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). En hausse d'environ 7,9 % sur un an.

Sauf que ce chiffre ne mesure pas ce que vous croyez. La BCEAO le précise elle-même : il s'agit de la valeur cumulée des opérations, pas de l'argent en circulation. Les mêmes fonds peuvent être déposés, transférés, retirés, et chaque geste compte à nouveau. Un billet qui fait trois allers-retours dans la journée produit trois fois sa valeur en « transactions ». Le tableau de bord compte des flux, pas des stocks.

Et le détail de ces flux est plus révélateur que leur somme. Dépôts en espèces : 1 332,6 milliards de FCFA sur 98,1 millions d'opérations. Retraits en espèces : 1 292,3 milliards sur 81,6 millions d'opérations. Ensemble, 59,2 % de la valeur totale des transactions de monnaie électronique au Togo en 2025, selon la BCEAO. Autrement dit, près de six francs sur dix qui passent par un wallet togolais le font sous forme de cash qui entre ou qui sort.

La thèse : un système qui tourne sur lui-même

Le mobile money togolais est massivement un circuit cash-to-cash. L'argent entre en liquide, ressort en liquide, et chaque étape est comptée comme une transaction réussie.

Le mécanisme n'est pas une hypothèse, c'est une règle de comptage. La BCEAO agrège la valeur de chaque opération, sans dédoublonner les fonds. Un dépôt, un transfert, un retrait sur les mêmes billets produisent trois lignes dans le tableau de bord. Le volume affiché mesure l'intensité de la circulation, pas la quantité d'épargne mobilisée ni le crédit déclenché.

C'est là que le taux d'activité des comptes devient intéressant. Le Togo affiche 54,48 % de comptes actifs — près de 5,69 millions sur 10,45 millions de comptes enregistrés — contre une moyenne régionale de 32,56 %. Deuxième de l'UEMOA derrière la Guinée-Bissau (60,67 %) et devant le Burkina Faso (50,36 %). La BCEAO définit un compte actif comme un wallet ayant enregistré au moins une transaction dans les 90 derniers jours. Une seule opération suffit.

Vous voyez la limite. Le taux d'activité togolais dit qu'il y a peu de comptes dormants au sens de cette définition. Il ne dit pas à quoi ces comptes servent, ni avec quelle intensité. La BCEAO elle-même précise que le nombre de comptes actifs ne donne pas le nombre d'utilisateurs individuels, puisqu'une même personne peut détenir plusieurs wallets. Le chiffre est un indicateur d'usage minimal, pas une mesure de bancarisation.

Ce que la BCEAO ne mesure pas

La documentation officielle est honnête sur ses limites, et il faut le souligner. Elle ne dit rien sur la fréquence des transactions par compte actif, ni sur les montants moyens par opération. Un compte activé une fois tous les trois mois est compté exactement comme un compte utilisé quotidiennement.

Aucun document ne dit combien touchent les agents de mobile money au Togo, ni quelle part des 4 435,3 milliards de FCFA reste dans le pays sous forme de commissions, ni quelle part sort vers les maisons mères des opérateurs. Aucun document ne dit non plus quelle proportion des dépôts est placée auprès des banques commerciales et transformée en crédit. C'est pourtant la seule question qui compte si l'on veut savoir si le mobile money finance l'économie togolaise ou s'il se contente de la faire circuler.

Un chiffre, en revanche, est documenté : les transferts entre comptes bancaires et wallets atteignent 207,1 milliards de FCFA sur 2,32 millions d'opérations. Rapporté aux 4 435,3 milliards de FCFA de transactions totales, cela fait 4,7 % de la valeur. Le pont avec la banque existe, mais il est étroit. Pour situer l'ordre de grandeur : le crédit intérieur au secteur privé représente 23 % du PIB togolais (Banque mondiale, 2025).

Le paradoxe togolais : 54 % de comptes actifs, 2 % de la valeur régionale

Il y a un écart qui devrait intriguer. Le Togo concentre 6,14 % des comptes actifs de l'UEMOA, mais seulement 2,02 % de la valeur totale des transactions et 2,5 % du nombre d'opérations. Ses comptes sont plus souvent actifs que la moyenne régionale, mais ils charrient des montants plus faibles. La Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso captent ensemble près de 80 % de la valeur totale de l'Union.

Ce que les chiffres disent, sans qu'il faille broder : le Togo est un petit marché. 8,6 millions d'habitants, un PIB de 11,9 milliards de dollars et un PIB par habitant de 1 384 dollars (Banque mondiale, 2025). Avec 10,45 millions de comptes mobile money enregistrés pour 8,6 millions d'habitants, le pays compte plus de wallets que de personnes — ce qui confirme, s'il en était besoin, l'avertissement de la BCEAO sur les détenteurs multiples. Beaucoup de comptes, beaucoup de petites opérations, peu de valeur unitaire.

Et la croissance du mobile money togolais ralentit relativement. 7,9 % de hausse de la valeur en 2025, contre 39,7 % pour l'ensemble de l'UEMOA sur la même période, qui atteint 219 151 milliards de FCFA et 16,37 milliards d'opérations. Le Togo est loin derrière la moyenne régionale. La documentation ne dit pas pourquoi, et il faut résister à la tentation de l'expliquer : elle ne fournit ni la répartition des opérateurs, ni l'évolution des tarifs, ni la part des transferts internationaux.

Le déplacement : ce que le tableau de bord choisit de compter

La BCEAO mesure la valeur des transactions et le nombre de comptes actifs. Elle ne mesure ni les commissions, ni les dépôts transformés en crédit, ni la part de valeur ajoutée qui reste au Togo. Ce n'est pas un complot : c'est un choix d'indicateurs, et il a une conséquence pratique. Les opérateurs peuvent annoncer des volumes record, les régulateurs peuvent célébrer l'inclusion financière, et la question du financement de l'économie reste sans chiffre public.

La question qui vient ensuite n'a pas de réponse dans les documents, et c'est précisément ce qui la rend intéressante. Si le mobile money togolais est d'abord une tuyauterie à cash, alors la prochaine bataille ne portera pas sur le nombre de comptes ni sur le volume des flux, mais sur ce qu'on exige des opérateurs en contrepartie de ces flux : publication des commissions, part des dépôts placés en banque, obligation de relier le wallet au crédit. Tant que le tableau de bord ne compte que les tours, il continuera de mesurer une circulation. Pas une transformation.

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