Qui contrôle l'infrastructure du marché crypto africain, selon Technext
Le marché crypto africain pèse 205 Md$, mais l'infrastructure qui le sous-tend reste largement hors du continent. Selon Technext, l'Afrique ne compte que 28 nœuds Ethereum sur environ 8 000 dans le monde, alors que les émetteurs de stablecoins et les fournisseurs de nœuds sont basés à l'étranger.

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Un marché de 205 Md$ aux fondations opaques
Le Nigeria a enregistré environ 59 Md$ d'entrées d'actifs cryptographiques entre juillet 2023 et juin 2024, d'après les dernières données du Fonds monétaire international. Ce pays concentre à lui seul près de 60 % des flux de stablecoins en Afrique subsaharienne depuis 2019, précise un rapport du FMI daté du 16 juin, qui relie cette demande à la chute du naira, à une inflation élevée et à un accès limité aux devises en 2023 et 2024.
Derrière ces volumes, l'architecture technique reste difficile à cartographier. Le traqueur public de nœuds Ethereum, Ethernodes, recense environ 28 nœuds sur l'ensemble du continent africain, pour près de 8 000 dans le monde, selon Technext. Les nœuds sont les ordinateurs qui font tourner une blockchain comme Ethereum.
Ce qui se cache derrière un transfert en USDT
Un stablecoin tel que l'USDT de Tether ou l'USDC de Circle est un jeton indexé sur le dollar. Un envoi depuis un téléphone à Lagos ou Nairobi mobilise plusieurs couches : la blockchain, le nœud qui relie le portefeuille au réseau, les serveurs cloud hébergeant l'application et l'entreprise émettrice du jeton.
La plupart des applications ne gèrent pas leurs propres nœuds. La documentation d'Ethereum indique que les développeurs louent souvent un accès auprès de prestataires comme Alchemy, Infura, QuickNode ou Blockdaemon, ce qui centralise une partie du produit. Elle précise aussi que changer de fournisseur se limite généralement à une ligne de code. Technext n'a pas trouvé d'information publique sur les prestataires utilisés par les entreprises crypto africaines.
28 nœuds Ethereum sur le continent
Sur la couche d'exécution, Ethernodes liste environ 28 nœuds en Afrique, soit près de 0,3 % du total mondial. L'Afrique du Sud arrive en tête avec 13 nœuds, suivie de l'île Maurice avec neuf. Le Nigeria en compte quatre, tous à Lagos, et un seul était entièrement synchronisé avec le réseau au 9 octobre. Le Mali et l'Algérie en ont un chacun. Le Kenya, l'Égypte et le Ghana n'apparaissent pas.
À titre de comparaison, les États-Unis totalisent 2 398 nœuds et l'Allemagne 1 109. Sur la couche de consensus, dont les nœuds valident l'ajout des blocs, seuls l'Afrique du Sud (30) et Maurice (11) figurent, sur environ 5 800. Le traqueur peut manquer des nœuds, et l'hébergement cloud peut masquer leur localisation réelle : ces chiffres indiquent où les nœuds semblent tourner, pas qui contrôle le réseau.
Les émetteurs de stablecoins restent à l'étranger
Le FMI estime que l'usage massif de stablecoins en dollars peut s'apparenter à une dollarisation numérique. Il avertit que ce phénomène pourrait affaiblir la transmission de la politique monétaire locale en réduisant la demande de naira.
Tether avance ses pions dans la distribution africaine. L'émetteur a investi dans Kotani Pay, une société kényane qui connecte les utilisateurs de crypto aux canaux de paiement locaux. Il a aussi annoncé des projets avec Shiga, une fintech basée à Abou Dhabi, pour des produits en auto-conservation en Afrique et dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, bâtis sur son Wallet Development Kit open source. Selon crypto.news, Tether n'a pas nommé de banque ni de fintech ayant accepté de déployer Pulse, son produit institutionnel.
Les entreprises africaines sur la dernière marche
Un stablecoin n'est utile que s'il peut être échangé contre de la monnaie locale. L'on-ramp convertit l'argent local en stablecoins, l'off-ramp fait l'inverse. Ce maillon est majoritairement assuré par des acteurs africains.
Onafriq exploite un réseau de paiement reliant banques, opérateurs de mobile money et commerçants dans plus de 40 marchés africains. Circle indique qu'Onafriq règle désormais ses transactions en USDC via ce réseau, dans le cadre d'une relation commerciale entre les deux entreprises. Kotani Pay, Yellow Card et Quidax exercent des activités similaires. Aucune de ces sociétés n'exploite Ethereum ni n'émet d'USDT ou d'USDC.
70 % des data centers sous contrôle africain
Une cartographie réalisée en juin 2026 par le cabinet britannique Data Landscapers a retracé les propriétaires finaux de 306 data centers dans 46 pays d'Afrique subsaharienne. Elle classe 213 d'entre eux, soit 70 %, comme contrôlés par des acteurs africains. Les opérateurs sous contrôle américain en gèrent 39, soit 13 %, principalement en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya.
Les hyperscalers, les grands fournisseurs cloud mondiaux, sont présents dans 112 des 213 installations africaines, soit 53 %. Les auteurs présentent ce travail comme une analyse en cours, compilée avec des outils d'IA et leur propre classification ; une version d'avril aboutissait à la conclusion inverse. Au Nigeria, 21 des 25 data centers du pays se trouvent à Lagos, selon Intelpoint, le pôle de recherche de Techpoint Africa, en février 2026.
La question du changement de fournisseur
Les auteurs de l'étude rappellent que le propriétaire d'un bâtiment n'est pas le seul à disposer d'influence : locataires, prêteurs et fournisseurs d'équipements en ont aussi. La documentation d'Ethereum indique qu'un prestataire de nœuds peut être remplacé en une ligne de code. Reste à savoir si les entreprises africaines peuvent changer aussi facilement de contrat cloud et de liquidité en stablecoins : ce point n'est pas encore documenté.


