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NASENI : le maillon manquant de l'industrialisation africaine

L'Afrique produit moins de 2 % de la manufacture mondiale malgré 20 % des terres et 18 % de la population du globe. Pour Khalil Suleiman Halilu, patron de l'agence nigériane NASENI, le problème n'est pas le manque d'idées mais l'absence des institutions qui les transforment en industries.

4 min de lectureMis à jour il y a 5 h
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Dans cet article
  1. Des idées qui ne trouvent pas de débouché
  2. La chaîne complète, de l'innovation à l'usine
  3. Le rôle limité de l'État et la question des indicateurs

L'Afrique détient un cinquième des terres émergées et abrite 18 % de la population mondiale, mais sa part dans la production manufacturière internationale reste inférieure à 2 %. Cet écart constitue, selon African Business, le fait économique déterminant du continent — et il n'a pratiquement pas bougé malgré des décennies de politiques publiques.

Khalil Suleiman Halilu, vice-président exécutif et directeur général de la National Agency for Science and Engineering Infrastructure (NASENI) au Nigeria, y défend une thèse différente des explications habituelles. Les déficits d'infrastructures, les lacunes de financement et la fragmentation des marchés sont souvent invoqués, rappelle-t-il, alors même que des pays dotés d'infrastructures en progrès échouent à s'industrialiser.

Des idées qui ne trouvent pas de débouché

Le dirigeant décrit une série de situations quotidiennes sur le continent : un chercheur met au point une technologie prometteuse sans disposer du moindre circuit pour la prototyper ; une startup remporte un concours mais ne trouve pas d'infrastructure de fabrication ; une usine sort de terre et reste dépendante de composants importés ; un produit local fonctionne mais se heurte à l'absence de commandes publiques, de distribution ou de capitaux.

« Un concours d'innovation sans parcours d'incubation devient un événement. Une bourse de recherche sans infrastructure de commercialisation se termine par un article », écrit-il. De la même manière, un parc industriel privé de fournisseurs, d'ingénieurs et de débouchés se réduit à de l'immobilier.

Pour NASENI, la force d'une économie industrielle réside dans les connexions entre les acteurs, et non dans l'accumulation d'actifs isolés : instituts de recherche en lien avec les industriels, fabricants qui développent leurs fournisseurs locaux, États qui créent des marchés précoces par des achats publics éclairés.

La chaîne complète, de l'innovation à l'usine

L'agence nigériane décline ce principe en plusieurs dispositifs. InnovateNaija recense des innovateurs dans les 36 États du pays. Le NASENI Innovation Hub assure incubation et prototypage. Le programme de subventions pour la commercialisation de la recherche a orienté 229 millions de nairas vers des travaux ayant une perspective au-delà du laboratoire. NASENI HoldCo apporte une discipline commerciale aux entreprises viables, tandis que le Showroom rend visibles aux acheteurs et aux investisseurs les technologies prêtes à produire.

Côté fabrication, la stratégie consiste à localiser les chaînes de valeur plutôt qu'à importer des produits finis. Un parc industriel solaire de 40 hectares est en développement dans l'État de Nasarawa pour la fabrication — et non l'installation — de panneaux. Le Centre of Excellence produit des composants de précision aux tolérances de l'aérospatiale, une catégorie que les industriels nigérians étaient jusqu'ici contraints d'importer. Une usine de diagnostics certifiée ISO fabrique des kits de test médical historiquement importés par le pays.

Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul une industrie, concède l'auteur. Mais lorsque capacité de production, fabrication de composants, compétences d'ingénierie, formation et marchés commencent à se renforcer mutuellement, un écosystème industriel émerge.

Le rôle limité de l'État et la question des indicateurs

Khalil Suleiman Halilu assigne au gouvernement une mission précise : résoudre les défaillances de coordination que les entreprises ne peuvent traiter seules, investir dans les infrastructures partagées, réduire le risque des industries stratégiques le temps que le capital privé s'y engage, puis se retirer. « Une technologie ne réussit pas parce qu'un gouvernement l'a développée. Elle réussit quand quelqu'un l'achète de façon répétée à un prix qui permet au producteur de survivre », soutient-il.

Il appelle également à des indicateurs plus exigeants. Les protocoles d'accord signés ne valent pas industrialisation : la question est de savoir si des réseaux de fournisseurs locaux apparaissent, si la part des intrants produits sur place progresse et si un écosystème peut survivre à un changement d'administration.

Le dirigeant conclut que le continent dispose des hommes, des idées, des ressources et de marchés de plus en plus solides. Ce qui reste à bâtir, selon lui, ce sont les liens entre recherche et ingénierie, entre ingénierie et production, entre compétences et industrie, entre capitaux et entreprises, entre produits et marchés — un travail de longue haleine, sur des horizons qui dépassent les cycles politiques.

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