La BCEAO rend PI-SPI obligatoire et révise ses tarifs
La BCEAO a publié le 2 octobre un communiqué qui rend obligatoire l'usage de PI-SPI, sa plateforme d'interopérabilité des paiements instantanés, à compter du 2 novembre pour les transactions de monnaie électronique dans l'UEMOA. La grille tarifaire est révisée, avec la gratuité des transferts nationaux jusqu'à 8 000 francs CFA par jour et par utilisateur.

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Une obligation légale à partir du 2 novembre
La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a rendu public, le 2 octobre, un communiqué qui modifie le régime de PI-SPI, sa plateforme d'interopérabilité des paiements instantanés couvrant les huit pays de l'UEMOA, selon Financial Afrik. À compter du 2 novembre, le recours à cette plateforme devient obligatoire pour l'ensemble des transactions de monnaie électronique interopérables dans la zone. Ce qui relevait jusqu'ici d'une démarche volontaire, sous incitation réglementaire, prend donc la forme d'une obligation légale.
Le même texte révise la grille tarifaire applicable. À l'envoi, les transferts nationaux d'un montant inférieur ou égal à 8 000 francs CFA par jour, par utilisateur et par participant, deviennent gratuits et sans plafond du nombre d'opérations. Ce seuil couvre 75 % des transactions de monnaie électronique de l'UEMOA. Au-delà, un taux situé entre 0 et 0,8 % peut être appliqué. La réception demeure gratuite et sans limite. Les transferts transfrontaliers seront soumis aux mêmes conditions, mais uniquement à partir du 1er juin 2027.
Un objectif de nouveaux usages affiché pour la première fois
Au-delà de la tarification, le communiqué énumère les objectifs que la BCEAO assigne à cette réforme. Le troisième d'entre eux consiste à « améliorer la qualité et la disponibilité des services et favoriser l'émergence de nouveaux usages ». Il s'agit, selon l'auteur de l'analyse, de la première fois que l'institution formule cet objectif aussi explicitement dans une communication officielle consacrée à PI-SPI. Deux lectures sont possibles : une séquence planifiée dès l'origine, la connexion précédant l'incitation à construire, ou un ajustement de trajectoire face à une adoption plus lente que prévu du côté des produits. Le communiqué ne tranche pas, mais l'objectif figure désormais noir sur blanc.
Le parallèle est établi avec les infrastructures publiques numériques les plus abouties ailleurs — UPI en Inde, Pix au Brésil, l'écosystème du mobile money au Kenya — qui ont fini par générer une valeur que leurs propres concepteurs n'avaient pas anticipée, sous la forme de produits bâtis par des tiers au-dessus du rail de paiement.
175 institutions autorisées, mais peu de produits construits
Lancée le 30 septembre 2025, PI-SPI compte aujourd'hui 175 institutions autorisées à ouvrir ses services au public, contre 104 deux mois plus tôt, et revendique plus de 38 millions de personnes ayant accès à ses services. La Côte d'Ivoire (38) et le Sénégal (43) concentrent l'essentiel de la croissance récente, suivis du Burkina Faso (20) et du Mali (19).
La connexion au réseau ne se confond toutefois pas avec la construction de produits. La dernière liste d'institutions homologuées pour l'« API Business », l'étape permettant de développer des produits programmatiques sur PI-SPI plutôt que d'utiliser la plateforme comme simple canal de paiement, ne comportait que 24 noms à la mi-septembre. Ecobank, seule institution présente dans les huit pays sur cette liste, se distingue de profils homologués presque tous concentrés en Côte d'Ivoire et au Sénégal.
L'économie du système en question
L'explication tient largement à l'économie du dispositif. La BCEAO présente PI-SPI comme une plateforme ouverte à quatre publics : les particuliers, les entreprises, les institutions financières et l'État. Or le segment qui concentre l'essentiel de la gratuité, les transferts nationaux de particulier à particulier, est précisément celui qui rapportait le plus aux opérateurs de mobile money et aux banques. Les commissions de transfert et les frais de retrait ont longtemps pesé significativement dans leurs revenus. Rendre ce segment gratuit, puis obligatoire, prive la connexion de toute rentabilité directe : se connecter à PI-SPI relève désormais d'un coût de mise en conformité, et non d'un investissement amorti par lui-même.
Le seul segment dont la tarification reste, pour l'instant, entre les mains de chaque institution est le transfert transfrontalier à l'envoi. C'est un avantage commercial réel pour un acteur à couverture régionale, mais cette fenêtre se refermera le 1er juin 2027, lorsque les conditions du marché national s'appliqueront aux transferts entre pays de l'UEMOA.
Construire un produit au-dessus de PI-SPI suppose donc de trouver une source de revenu en dehors de la transaction de base : crédit, micro-assurance, épargne programmée, outils de trésorerie et de réconciliation destinés aux entreprises. Il s'agit d'un changement de modèle pour les institutions connectées, et non d'un ajustement marginal.
Le risque de verrouillage évité, celui de l'incitation intact
PI-SPI a déjà composé avec un risque structurel connu. Dès sa conception, la BCEAO a écarté l'idée de confier l'infrastructure centrale à un opérateur privé unique, un choix qui évite l'écueil rencontré par d'autres grands projets d'infrastructure numérique sur le continent. En Côte d'Ivoire, un partenariat public-privé entre l'agence nationale d'identité numérique et la société belge Semlex s'est traduit par un contrat facturé 5 000 francs CFA par carte au citoyen, pour un total estimé à 460 milliards de francs CFA sur dix ans. En République démocratique du Congo, un projet comparable a vu son coût passer de 400 millions à 1,2 milliard de dollars avant son annulation en 2024, entre soupçons de surfacturation et de corruption. La Banque mondiale a publié en avril dernier un guide de passation de marchés traitant ce type de verrouillage technologique comme un risque stratégique transversal pour les infrastructures publiques numériques. PI-SPI a échappé à ce piège grâce à un développement interne à la BCEAO ; celui de l'incitation économique demeure entier.
Les paris sur les premiers produits
L'analyse avance plusieurs pronostics. Ecobank, seul acteur homologué API Business dans les huit pays, devrait lancer en premier un produit de trésorerie transfrontalière pour PME plutôt qu'une offre grand public, précisément parce que ce segment conserve une liberté tarifaire, et pour un peu moins de huit mois seulement.
Une asymétrie nette est également attendue entre opérateurs de mobile money selon les marchés : MTN et Orange ne progresseront pas au même rythme partout, leur avance dépendant de la maturité réglementaire atteinte pays par pays, la Côte d'Ivoire et le Sénégal disposant d'une longueur d'avance.
Les premiers produits réellement nouveaux bâtis sur PI-SPI devraient être, selon cette lecture, des outils de paie et de réconciliation pour les PME plutôt que des produits de crédit : le crédit intervient ensuite, une fois les flux de trésorerie des entreprises devenus visibles et prévisibles pour un prêteur. Le potentiel de marché est réel — Visa estimait récemment, dans les colonnes de Forbes Afrique, qu'une interopérabilité complète pourrait générer jusqu'à 12 milliards de dollars de valeur transactionnelle additionnelle chaque année en Afrique de l'Ouest. Cette perspective suppose toutefois que ce socle de visibilité soit constitué et que les institutions trouvent, au-delà du transfert gratuit, une raison économique de construire.
Youssaou Koanda est docteur en sciences économiques et cumule plus d'une dizaine d'années d'expérience au sein du groupe de la Banque mondiale et de diverses institutions des Nations Unies, où il travaille sur des projets d'infrastructures publiques numériques, d'infrastructure de paiement et de services financiers numériques.


