CyberAlliance : Larry Yon II veut bâtir le prochain NVIDIA en Afrique
Le président de CyberAlliance, Larry Yon II, plaide pour que la cybersécurité devienne une composante de l'infrastructure numérique africaine et que la diaspora noire américaine investisse davantage sur le continent, selon TechCabal.

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De l'échec sud-africain à la cybersécurité
Larry Yon II, cofondateur et président de CyberAlliance, société américaine de cybersécurité assistée par intelligence artificielle, a d'abord posé le pied en Afrique pour y chercher des opportunités commerciales. Sa première expérience a mal tourné : il avait misé sur un expatrié américain actif sur le continent sans maîtriser les spécificités des marchés locaux, et l'aventure s'est soldée par un échec. Loin de le détourner du continent, cet épisode l'a poussé à parcourir l'Afrique, à rencontrer des fondateurs et à tisser des relations qui ont réorienté sa carrière.
Selon TechCabal, son parcours l'a ensuite conduit chez B&C International, cabinet de conseil en stratégie noir américain, où il a accompagné des entreprises américaines entrant sur les marchés africains et des sociétés africaines s'implantant aux États-Unis. En Afrique du Sud, lors d'un projet d'externalisation de processus métiers au KwaZulu-Natal, il a croisé Winnie Madikizela-Mandela et le roi Goodwill Zwelithini. De la première, il retient un conseil : « Don't forget about the people ». Le second lui a confié que sa capacité à raconter l'Afrique aux États-Unis dépasserait toujours la sienne.
La confiance, fil conducteur du parcours
Yon résume son itinéraire par une idée simple : « Trust has been the common thread throughout my career ». Le commerce, l'investissement transfrontalier et la croissance des entreprises numériques reposent selon lui sur la confiance. À mesure que l'intelligence artificielle s'installe dans l'économie, les enjeux de données, de vie privée, de sécurité et de contrôle de la technologie s'intensifient.
Il considère la cybersécurité non pas comme un volet technique accessoire de la transformation numérique africaine, mais comme une partie de l'infrastructure qui la rend possible. « If cybersecurity doesn't keep pace with AI adoption, Africa risks losing trust that its innovation is safe », prévient-il, évoquant la protection des données des personnes et des entreprises, ainsi que la capacité des pays et des acteurs africains à adopter des technologies mondiales sans renoncer à leur souveraineté.
CyberAlliance travaille avec des startups, des investisseurs et des universités en Afrique du Sud, au Botswana, au Zimbabwe, au Sénégal, en Ouganda, en Tanzanie, au Nigeria et au Maroc. Cette expérience a conforté une conviction : l'Afrique n'est pas un bloc homogène. Chaque pays a son cadre réglementaire, sa culture d'entreprise, sa maturité technologique et son profil de menaces. « Global capability doesn't replace local intelligence », souligne Yon.
SallyAI, une couche de traduction
C'est dans ce contexte qu'intervient SallyAI, présenté par CyberAlliance comme un analyste cyber et une couche de traduction dopés à l'IA, capable de transformer des informations de cybersécurité complexes en renseignements hiérarchisés et exploitables pour les équipes de sécurité, les dirigeants et les conseils d'administration. L'idée a été nourrie par les premiers travaux de l'entreprise au Sénégal, où l'équipe américaine ne parlait pas couramment français. « For technology to be adopted and inform decisions, people have to be able to understand it », note Yon.
Il en tire un principe plus large : la technologie doit pouvoir être utilisée sans que l'utilisateur soit nécessairement technologue. Mais il avertit que les mêmes outils qui abaissent le coût de création d'entreprise et d'accès à l'expertise réduisent aussi le coût des cyberattaques, tout en les rendant plus rapides et plus sophistiquées. La préparation cyber devient donc, selon lui, une composante de la préparation à l'investissement : les financeurs ne se contentent plus de regarder la santé financière et les perspectives de croissance, ils examinent la protection de la technologie, des données et de la propriété intellectuelle. « The mistake is thinking cybersecurity is something you address after you scale. It's part of what determines whether you can scale. »
Mobiliser la diaspora et viser plus grand
À travers Africa Diaspora Invests, initiative à but non lucratif portée par CyberAlliance, Yon aide des entrepreneurs et investisseurs noir américains, ainsi que d'autres amis de l'Afrique, à identifier des opportunités et à nouer des relations sur le continent. « The goal is for economic engagement with Africa to become an expected part of the conversation about Black wealth creation, not an exception to it », explique-t-il. Il pointe des obstacles culturels et informationnels : « Americans don't speak African, and Africans don't speak American ». Johannesburg ne fonctionne pas comme Lagos, Dakar comme Nairobi, et Casablanca a ses propres rythmes commerciaux.
Lors d'une réunion privée en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, Yon a décrit son souhait de voir un vol américain vers l'Afrique rempli de familles et d'hommes d'affaires afro-américains, une image encore lointaine selon lui. Après dix ans d'activité sur le continent, il juge que les marchés mondiaux sous-estiment largement l'innovation africaine. « We have grown comfortable asking whether Africa can produce another tech unicorn. I think that question is far too modest », affirme-t-il. « Why couldn't the next NVIDIA be built on African soil? »
Il reconnaît que des lacunes subsistent en matière d'infrastructures et de puissance de calcul, mais met en avant plusieurs dynamiques convergentes : investissements dans l'IA, développement des infrastructures numériques et des capacités de centres de données, population jeune, marché de consommation en croissance, ressources abondantes et écosystèmes technologiques qui mûrissent. Les contraintes environnementales, estime-t-il, stimulent une ingénierie de haut niveau : « When you build software for environments where power stability, bandwidth cost, purchasing power, and language diversity are daily challenges, you are forced to innovate differently. » Les produits conçus dans ces conditions finiront, selon lui, par s'exporter vers les marchés mondiaux.


