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Canal+ : 37,5 % de croissance, et un DStv qui décroche en Afrique du Sud

Canal+ publie 6,4 milliards d'euros de revenus sur neuf mois, en hausse de 37,5 % grâce à MultiChoice. Mais à périmètre comparable, le groupe recule de 0,3 % et MultiChoice de 3,0 % hors change. La croissance est achetée ; le décrochage, lui, est sud-africain.

5 min de lectureMis à jour il y a 1 j
Business Working
Crédit image : Photo : Startup Stock Photos — CC0 1.0 (Openverse)
Dans cet article
  1. Le chiffre que le communiqué met en avant, et celui qu'il faut lire ensuite
  2. MultiChoice ne perd pas des abonnés à cause de Netflix : il les perd en rand
  3. La nouvelle grille tarifaire ne peut pas créer du pouvoir d'achat
  4. L'État sud-africain n'a pas eu à bouger pour que le marché change
  5. Ce que le prix d'achat dit de la suite

Le chiffre que le communiqué met en avant, et celui qu'il faut lire ensuite

Le 22 octobre 2026, Canal+ publie son chiffre d'affaires pour les neuf mois clos le 30 septembre : 6,4 milliards d'euros, en hausse de 37,5 % sur un an. Le groupe revendique 40 millions d'abonnés dans plus de 70 pays, quatre fois plus qu'il y a dix ans. La croissance est spectaculaire. Elle est surtout achetée.

Car le même communiqué, un peu plus loin, indique que hors MultiChoice les ventes s'élèvent à 4,6 milliards d'euros, en croissance de 1,3 % à données retraitées et de 0,8 % à périmètre et taux de change constants. Et surtout : à périmètre comparable, en incluant neuf mois de contribution de MultiChoice, le chiffre d'affaires du groupe recule de 0,3 %. La croissance de 37,5 % n'est pas une performance commerciale. C'est une ligne de consolidation.

MultiChoice ne perd pas des abonnés à cause de Netflix : il les perd en rand

Le maillon central de l'affaire est sud-africain. MultiChoice a bien enregistré une hausse de 0,4 % de son chiffre d'affaires sur une base retraitée, mais ce chiffre est porté par des mouvements de change favorables. Hors ces effets, la baisse est de 3,0 % à périmètre comparable. La cause est identifiée par le groupe : la faiblesse des revenus d'abonnement en Afrique du Sud, où la pression économique pèse sur les dépenses des ménages. Les marchés anglophones du reste du continent compensent en partie, pas assez pour repasser en croissance.

Le contexte macroéconomique sud-africain éclaire ce chiffre. La Banque mondiale estime la croissance du PIB à 1,1 % en 2025, pour un PIB par habitant de 6 598 dollars. Une économie qui croît à ce rythme ne crée pas de revenu disponible supplémentaire dans les foyers : l'abonnement télévision reste arbitré dans un budget contraint. Ce n'est pas un débat sur la qualité des contenus. C'est un débat sur ce qui reste à dépenser à la fin du mois.

Depuis 2021, DStv perd des abonnés de façon continue. Sur l'exercice 2025 de MultiChoice, la plateforme a perdu environ 589 000 abonnés, soit une baisse de 8 % de sa base. Ce chiffre est antérieur à la prise de contrôle effective et n'est donc pas imputable à Canal+. Il décrit une tendance de fond que l'acquéreur hérite.

La nouvelle grille tarifaire ne peut pas créer du pouvoir d'achat

La réponse de Canal+ tient en une initiative : le lancement en septembre 2026, en Afrique du Sud, d'une structure d'abonnement simplifiée, présentée comme offrant plus de contenus, plus de flexibilité et un meilleur rapport qualité-prix, sans augmentation de prix. Maxime Saada, président du directoire, parle d'une « bonne progression du plan de redressement de MultiChoice ».

Prenez la mesure de ce que cela signifie. Une grille qui donne plus sans coûter plus cher ne rend pas un rand de pouvoir d'achat au foyer qui a résilié. Elle rend l'offre lisible : moins de paliers, moins d'options, moins de décisions à prendre pour un consommateur qui compte. C'est une réponse à un problème de friction commerciale. Ce n'est pas une réponse à un problème de revenu disponible.

Aucun document fourni ne permet de dire combien d'abonnés la nouvelle grille a ramenés, ni quel impact elle a eu sur le revenu moyen par abonné. C'est précisément le chiffre qui manque, et c'est celui qui compterait.

L'État sud-africain n'a pas eu à bouger pour que le marché change

L'angle de cette série est d'ordinaire celui d'une décision publique qui redessine un marché : une licence, une taxe, une interdiction. Ici, les documents disponibles n'en mentionnent aucune côté sud-africain. L'opération a été autorisée, l'introduction secondaire à la Bourse de Johannesburg a eu lieu le 3 juin 2026 — Canal+ devenant la première entreprise française cotée en Afrique du Sud — et le marché a continué de faire ce qu'il faisait : il a décroché. Le cadre réglementaire n'est pas le déclencheur du basculement. Il en est le révélateur, ou plutôt le témoin silencieux.

La décision publique qui pèse réellement sur le dossier est ailleurs, et elle est française. Canal+ réaffirme son opposition au projet du gouvernement français d'augmenter la TVA sur les abonnements à la télévision payante. Le groupe indique avoir « progressé dans son opposition à cette proposition, même si son issue demeure incertaine ». Autrement dit : pendant que le groupe explique que sa croissance africaine compense l'Europe, une hausse d'impôt dans son marché domestique menace la rentabilité de l'ensemble. Aucun document ne chiffre cet impact, mais le risque fiscal est européen quand le risque commercial est sud-africain.

Ce que le prix d'achat dit de la suite

Canal+ a acquis MultiChoice pour environ 55 milliards de rands en septembre 2025. Le groupe confirme ses objectifs de synergies pour 2026 et ses prévisions pour l'exercice, sans en chiffrer publiquement le montant ni le contenu. C'est là que le redressement se jouera à court terme : sur des coûts mutualisés, pas sur la reconquête des foyers sud-africains.

La question ouverte est simple, et elle n'a pas de réponse dans les documents disponibles : à quel moment une entreprise de télévision payante cesse-t-elle de considérer la perte d'abonnés comme un cycle conjoncturel pour l'accepter comme une nouvelle taille de marché ? DStv a perdu 8 % de sa base sur l'exercice 2025. Si le revenu disponible ne se rétablit pas, la simplification tarifaire fidélisera ceux qui restent sans faire revenir ceux qui sont partis. Le plan de redressement réussira peut-être sur les coûts. La question est de savoir combien de temps un opérateur peut vivre de ses coûts quand son volume s'érode.

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