Nomba ouvre RDC–Zambie sur une route de 1,6 milliard
La fintech nigériane relie la RDC à la Zambie pour des paiements instantanés, sur une route commerciale de 1,6 milliard de dollars. Derrière l'annonce, un vide documenté : ni le prix du corridor, ni la concurrence ne sont publics.

Dans cet article
Le fait
Le 23 octobre 2026, Nomba a annoncé l'extension de son corridor de paiement congolais vers la Zambie. Concrètement : une entreprise installée en RDC peut désormais payer son fournisseur zambien en francs congolais (CDF) ou en dollars, et les fonds arrivent sur un compte bancaire ou un portefeuille mobile en Zambie. La plateforme, fondée en 2016 par Yinka Adewale et Pelumi Aboluwarin sous le nom de Kudi, traite plus de 480 millions de dollars par mois sur l'ensemble de ses opérations — RDC et activité canadienne comprises, pas le seul corridor. Elle a levé 30 millions de dollars en pré-série B en 2023 et a obtenu, le mois précédent, une facilité de dette de 3 millions de dollars pour porter ce volume à 1 milliard de dollars par mois, en commençant par la RDC.
Le chiffre qui donne le cadre : les exportations de marchandises zambiennes vers la RDC ont atteint 1,6 milliard de dollars en 2025, en hausse d'environ un tiers sur un an, selon la Banque de Zambie. Voilà une route commerciale qui grossit vite. Et sur cette route, les entreprises agricoles, de détail et de gros butent encore, indique Nomba, sur des paiements transfrontaliers lents, des trésoreries immobilisées et des pénuries de devises.
La thèse
Le produit que vend Nomba n'est pas un tuyau de paiement de plus : c'est la mise en service d'une pénurie. L'entreprise ne supprime ni le manque de devises ni la lenteur des règlements ; elle les prend en charge, contre rémunération, sur un corridor que ni la Zambie ni la RDC n'ont construit ensemble.
Le mécanisme, et ce qu'il cache
Reprenons la chaîne telle que la documentation la décrit. D'un côté, un importateur congolais qui achète zambien. De l'autre, un fournisseur zambien qui veut être payé. Entre les deux, Nomba s'appuie sur des partenaires locaux agréés — la source ne nomme ni les partenaires, ni leurs licences, ni le rôle exact de la licence canadienne de service monétaire de Nomba. Les entreprises sur sa plateforme collectent et paient en dollars et en francs congolais en RDC ; les fonds arrivent en Zambie sur compte ou portefeuille mobile.
Ce que la documentation ne dit pas est plus intéressant que ce qu'elle dit. Elle ne donne ni le taux appliqué à la conversion CDF-dollar, ni la commission prélevée sur le corridor, ni la marge de Nomba. Elle ne dit pas non plus si d'autres acteurs opèrent sur la même route. On sait seulement que Nomba vise, à terme, une gamme plus large : dépôts, change et crédit. Le paiement est donc la porte d'entrée d'une relation bancaire, pas la fin du produit.
C'est là que le mécanisme devient politique. Une entreprise qui n'a pas d'alternative rapide accepte le prix qu'on lui propose. Tant que le corridor reste mal desservi, ce prix n'a pas de plafond public. Nomba ne dit pas qu'il est seul. Il ne dit pas non plus qu'il y en a d'autres.
Ce que l'État fait, et ce qu'il ne fait pas
La série « L'État dans le jeu » pose toujours la même question : quelle règle publique a rendu l'opération possible ? Ici, la réponse est en creux, et la documentation la soutient par un seul fait : Nomba opère avec des partenaires locaux agréés, pas en vertu d'une licence régionale nouvelle. Aucun document fourni ne décrit un système de paiement commun entre la RDC et la Zambie, ni un règlement intégré entre les deux banques centrales. Le corridor privé comble un espace que les infrastructures publiques ne couvrent pas — et le facture.
On peut y voir une success story de la débrouille. On peut aussi y voir un symptôme : quand l'État ne construit pas le rail, le privé le pose, et fixe le péage. Le risque, à terme, est que le coût du change pour les entreprises de la route RDC–Zambie reste structurellement élevé, faute de concurrence publique — et faute de transparence sur les frais.
Le précédent nigérian, prudemment
Nomba vient du Nigeria, pays de 237,5 millions d'habitants, avec un PIB de 290,8 milliards de dollars et une inflation de 23 % en 2025, selon la Banque mondiale. Ce cadrage dit une chose : le marché domestique est vaste mais sous pression monétaire, et une fintech qui veut croître doit sortir. Il ne dit pas, en revanche, que le contrôle des changes nigérian a façonné le modèle de Nomba — la documentation ne l'établit pas. On retiendra seulement que la licence canadienne de service monétaire donne à l'entreprise un point d'ancrage hors zone franc congolais, sans qu'on sache quel rôle elle joue dans le corridor.
Le déplacement
La question n'est pas de savoir si Nomba atteindra 1 milliard de dollars par mois. La question est de savoir ce que le corridor coûtera aux entreprises qui l'empruntent. Si le paiement instantané devient la norme, elles gagneront en trésorerie. Mais si le change reste opaque et sans concurrent identifié, elles auront troqué une lenteur contre une commission — et personne, dans la documentation fournie, ne dit combien elles paieront.
Une chose est sûre : la route commerciale RDC–Zambie existe déjà, avec ses camions, ses entrepôts et ses agriculteurs. La finance, elle, arrive après. Nomba pose les rails. Reste à savoir qui paiera le péage, et si un régulateur finira par le fixer.