Bloccpay simplifie la paie transfrontalière des talents africains via les stablecoins
La plateforme nigériane Bloccpay combine règlements en stablecoins et bulletins de paie numériques conformes aux exigences bancaires, pour les travailleurs à distance payés par des clients internationaux. Fondée par Jennifer Echenim et Ajoke Asunmonu, elle facture 15 $ par mois et par contractant, selon TechCabal.

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Une plateforme née d'un casse-tête administratif
Recevoir un paiement en cryptomonnaies ne suffit pas lorsque la banque refuse un historique de portefeuille comme justificatif de revenus. Pour les travailleurs africains à distance rémunérés par des clients étrangers, l'enjeu ne s'arrête pas à l'encaissement : il faut aussi produire une trace vérifiable pour obtenir un visa, louer un logement ou satisfaire aux contrôles bancaires.
C'est ce mur qu'a rencontré Jennifer Echenim après son installation aux Émirats arabes unis, alors qu'elle travaillait à distance pour des entreprises internationales. Une plateforme de paiement lui fournissait bien une preuve de revenus, mais avec des délais de traitement et des taux de change peu avantageux ; une bourse de cryptomonnaies réglait les transferts instantanément, mais ses relevés de portefeuille bruts étaient rejetés par les banques commerciales émiriennes. Selon TechCabal, cette impasse l'a poussée à créer Bloccpay avec sa cofondatrice Ajoke Asunmonu.
« Je faisais cette danse compliquée chaque mois — faire transiter l'argent par des amis, convertir des stablecoins et naviguer dans des canaux P2P juste pour accéder à mon salaire », raconte-t-elle.
Un système de paie pensé pour les contractants transfrontaliers
Conçue en 2022, testée en bêta privée en 2023 puis lancée publiquement début 2024, la plateforme s'adresse aux employeurs qui recrutent au-delà des frontières. Les entreprises passent d'abord par des vérifications automatisées KYB et KYC, en fournissant leurs documents d'immatriculation et l'identité de leurs administrateurs. Une fois validées, elles peuvent intégrer des salariés ou des indépendants, réglés par virement bancaire ou portefeuille numérique.
Les employeurs paramètrent des cycles de paie hebdomadaires ou mensuels et alimentent les versements en monnaie fiduciaire ou en cryptomonnaies. L'architecture de Bloccpay est agnostique en matière de blockchain : le travailleur reçoit ses fonds sur le réseau de son choix sans que l'employeur ait à gérer une liquidité multi-chaînes.
Des bulletins de paie opposables aux banques
Le point différenciant se situe sur le terrain de la conformité. La plateforme génère des bulletins de paie détaillés par cycle et des reçus officiels pour les factures. Les contractants peuvent aussi émettre des factures personnalisées, avec contrat en pièce jointe, justificatifs de travail réalisé et calcul de la TVA — de quoi constituer une piste documentaire recevable par les banques traditionnelles.
Un modèle économique fondé sur les frais
Bloccpay prélève 15 $ par mois et par contractant pour le traitement de la paie, auxquels s'ajoutent 1 % sur la facturation et 1 % sur les retraits lorsque les utilisateurs sortent les fonds de l'écosystème. Ce dernier frais vise à inciter les talents à conserver leur capital sur la plateforme.
« Notre vision est de bâtir un hub financier unifié où les travailleurs gèrent et dépensent leurs revenus sans effort, plutôt que de jongler entre plusieurs applications de paiement », explique Jennifer Echenim.
La société se positionne face à des acteurs internationaux de la paie en cryptomonnaies comme Request Finance, Bitwage et Rise Works, en misant sur sa connaissance des corridors bancaires africains et sur sa conception multi-chaînes. « Nous servons aussi bien les utilisateurs natifs de la crypto que les talents non initiés », ajoute la cofondatrice Ajoke Asunmonu.
Des services financiers adossés aux revenus vérifiés
À plus long terme, Bloccpay entend s'appuyer sur les historiques de revenus vérifiés pour proposer des services financiers intégrés : assurance santé, abonnements sportifs, réservation de voyages ou paiement de factures. Pour l'instant, l'équipe se concentre sur l'augmentation des volumes traités et le renforcement de la liquidité de sortie transfrontalière sur les marchés émergents.
Environ 20 000 Nigérians travaillent pour des sociétés d'externalisation locales et internationales, dans un mouvement plus large d'emploi à distance à l'échelle du continent. Une dynamique que l'infrastructure de paie peine encore à accompagner.
« Les systèmes de paie hérités reposaient sur l'hypothèse que employeurs et salariés opèrent dans la même juridiction », souligne Jennifer Echenim. « Les règles bancaires, la conformité fiscale et les cadres documentaires ont tous été conçus autour de ce postulat. Le travail à distance a complètement brisé ces hypothèses. »


