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Timon : la fintech nigériane qui équipe les voyageurs africains

Fondée par Oluwatomi Ayorinde et Chizaram Ucheaga, la fintech nigériane Timon a traité plus de 47 M$ de transactions et dépassé 100 000 utilisateurs dans 16 marchés africains. Ses fondateurs, installés à Nairobi, ont aussi vu les visas freiner leur propre expansion.

4 min de lectureMis à jour il y a 1 h
De gauche à droite : Chizaram Ucheaga et Oluwatomi Ayorinde, cofondateurs de Timon. Illustration de Wunmi Eunice pour TechCabal.
Dans cet article
  1. Une carte multi-devises née des galères du passeport nigérian
  2. Des cartes bancaires nigérianes peu fiables à l'étranger
  3. Alliance finance Timon, mais un seul fondateur peut se déplacer
  4. De Lagos à Nairobi, une décision mûrie

Une carte multi-devises née des galères du passeport nigérian

Timon, la fintech fondée par Oluwatomi Ayorinde et Chizaram Ucheaga, a été lancée en septembre 2024 pour répondre à un problème que ses deux créateurs connaissaient bien : payer à l'étranger avec un passeport nigérian. Selon TechCabal, l'entreprise a traité plus de 47 M$ de transactions et franchi la barre des 100 000 utilisateurs dans 16 marchés africains au deuxième trimestre 2026.

Le modèle repose sur une connexion directe à Visa, le réseau de paiement et d'émission de cartes, plutôt que sur l'infrastructure bancaire classique. Cette intégration a demandé plus de quinze mois de travail avec Visa et une banque, précise Ucheaga. Timon tire ses revenus des frais de transaction et de service, ainsi que d'accords de partage de revenus avec ses partenaires.

Des cartes bancaires nigérianes peu fiables à l'étranger

L'idée de Timon remonte à un voyage au Royaume-Uni. Dans un bureau de change londonien, Ayorinde voit un homme âgé recevoir une carte de voyage et demande pourquoi il ne peut pas utiliser sa carte bancaire habituelle. L'employé explique que cette carte permet de détenir plusieurs devises et d'échanger de l'argent avant le départ, en évitant les frais de conversion répétés.

Les deux fondateurs avaient eux-mêmes accumulé les mauvaises expériences. En 2013, Ucheaga se rend au Kenya avec du liquide et dépend de son hôte pour ses dépenses. Sa carte en dollars de GTBank fonctionne de façon irrégulière lors de voyages ultérieurs au Royaume-Uni et aux États-Unis. En 2018, en France, la carte échoue un jour entier et il doit confier du liquide à un autre voyageur qui règle avec une carte fintech étrangère.

« C'est un peu comme s'ils pouvaient voir dans l'avenir », dit Ucheaga à propos des investisseurs américains.

Alliance finance Timon, mais un seul fondateur peut se déplacer

En juillet 2026, Timon a obtenu un investissement non divulgué d'Alliance, un accélérateur crypto basé aux États-Unis. Les fondateurs avaient candidaté deux fois sans succès et envisageaient d'abandonner leur troisième tentative lorsqu'un fondateur d'Alliance les a personnellement encouragés à réessayer. Ils ont été acceptés quelques heures après l'entretien, et Alliance a versé les fonds en deux semaines après sa due diligence.

La suite a rappelé un obstacle déjà connu. Ucheaga n'a pas pu se rendre aux sessions en présentiel d'Alliance aux États-Unis, son visa B2 ayant expiré des années plus tôt. « Je n'ai pas pu faire le voyage parce que mon propre visa B2 avait expiré il y a des années », explique-t-il. Il a suivi certaines sessions en ligne et dit avoir tiré profit des échanges avec des fondateurs déjà financés par Alliance.

Ayorinde, lui, avait renouvelé son visa américain sans projet de voyage immédiat, une précaution qui lui a permis de partir. L'épisode n'est pas isolé : selon l'Africa Visa Openness Index 2025 de la Banque africaine de développement, les voyageurs africains avaient encore besoin d'un visa à l'avance pour 51,1 % des combinaisons de trajets possibles sur le continent, contre 47,1 % en 2024.

De Lagos à Nairobi, une décision mûrie

Avant Timon, Ayorinde avait fondé Mobile Forms, invité à un entretien pour Y Combinator en 2016. Le retard de traitement des visas à l'ambassade américaine de Lagos avait failli compromettre le déplacement ; l'investisseur Kola Aina, de Ventures Platform, était intervenu pour accélérer les entretiens, et les visas étaient arrivés quelques jours avant l'échéance. Mobile Forms n'avait pas été retenu cette année-là.

Pour installer Timon, Ayorinde a d'abord visé l'Afrique du Sud, où il avait obtenu un permis de travail, et le Royaume-Uni, où sa demande de Global Talent Visa a été rejetée. Le Kenya l'a convaincu, notamment après la vente de PayForce (ex-CrowdForce) à FairMoney en 2023, qui lui a laissé des économies. Ucheaga, de son côté, a été séduit par la qualité de vie et l'écosystème tech kényan. Les deux hommes ont obtenu des permis de travail avec l'aide d'un avocat en immigration, après avoir envisagé le permis de nomade numérique.

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