Dataleum : Bode Roberts transforme 48 refus en plateforme edtech
Après 297 candidatures et 48 entretiens sans aboutir, Bode Roberts a cofondé Dataleum, une plateforme edtech nigériane qui forme les professionnels aux compétences numériques. L'entreprise s'est étendue au Royaume-Uni en 2023 et a remporté plusieurs distinctions, selon TechCabal.

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Trois ans de refus avant de bâtir sa propre structure
Bode Roberts a enchaîné 297 candidatures et 48 entretiens sans décrocher d'emploi pendant trois ans. Cette expérience l'a conduit à changer de question : plutôt que de chercher sa place sur le marché du travail, il a entrepris de faciliter celle des autres. Il est aujourd'hui cofondateur de Dataleum, une plateforme edtech nigériane, selon TechCabal.
« C'était un cycle d'espoir suivi du lourd silence du refus », confie-t-il. Il évoque des « moments de confusion sincère et de larmes », ajoutant que « le poids de ne pas avoir de travail a fini par ressembler à un jugement sur ma valeur ». De cette épreuve, il tire une conviction : « Je suis en réalité reconnaissant pour ces 48 refus. Ils ont été le carburant dont j'avais besoin pour construire ma propre table. »
De l'enfance nigériane à la création de Dataleum
La compréhension des inégalités d'accès à l'éducation remonte à son enfance. Sa mère enseignait dans le système public tandis qu'il fréquentait une école privée. Il l'accompagnait parfois et voyait des salles prévues pour quelques dizaines d'élèves en accueillir plus de 300, certains assis au sol et en difficulté avec les bases de la lecture. « Le talent est universel, mais l'opportunité ne l'est pas », résume-t-il.
Il dit avoir été attiré très tôt par les chiffres et être devenu le meilleur élève en mathématiques de son école primaire, ce qui lui a valu en 2002 le prix Milo Nestlé. En 2009, il entame des études d'ingénierie informatique à Covenant University, dans l'État d'Ogun, au sud-ouest du Nigeria. Pendant ses années universitaires, il lance une quinzaine d'entreprises pour apprendre le fonctionnement du marché nigérian. « Ce n'étaient pas de simples jobs d'appoint ; c'était ma véritable salle de classe », dit-il.
Diplômé en 2014, il poursuit un master en gestion de la production et des opérations, puis passe par Lagos Business School. Il rejoint ensuite le secteur bancaire, où il constate la difficulté d'accéder à des formations abordables pour monter en compétences. Il en discute avec sa future cofondatrice, Titilola Bello. Tous deux en concluent que si des professionnels en poste rencontrent ce problème, les jeunes sans emploi sont encore plus exposés. Cette conversation marque le point de départ de Dataleum.
Un test du besoin avant le lancement
Avant de structurer l'activité, les deux associés ont mené une étude de faisabilité auprès de 20 personnes, dont 15 ont confirmé l'intérêt pour une formation numérique accessible et abordable. Leur première campagne marketing a suscité l'intérêt de 27 personnes. Une organisation a ensuite payé d'avance pour dix places de formation, générant le premier revenu de Dataleum. « Ce revenu initial nous a permis de construire progressivement », explique Roberts.
L'entreprise a ensuite travaillé avec le Lagos State Employment Trust Fund, Access Bank, les Nations unies, Coca-Cola et Flutterwave. Roberts a quitté son poste en banque pour diriger Dataleum à plein temps, une décision suivie de mois « extrêmement difficiles ». Sept mois après le lancement, alors que la société opérait encore depuis un centre de formation physique, la pandémie de COVID-19 a perturbé les activités en mars 2020. Dataleum a alors organisé un hackathon virtuel de données, le « Datathon », réunissant en ligne des analystes de données de différentes localités. « Malgré l'arrêt mondial, nous avons vu des analystes de données de partout se connecter pour concourir », se souvient-il.
Expansion britannique et distinctions
Dataleum s'est implanté au Royaume-Uni en 2023 et a obtenu le statut de centre d'apprentissage enregistré auprès du UK Register of Learning Providers en deux mois. Cette expansion a révélé un autre enjeu : de nombreux anciens élèves nigérians installés au Royaume-Uni peinaient à naviguer sur le marché du travail britannique, en particulier les personnes issues de groupes sous-représentés et les personnes racisées. « Le Nigeria est pour nous un marché familier et à fort volume, le Royaume-Uni est un marché aux exigences élevées et aux besoins communautaires spécifiques », analyse Roberts. L'entreprise a renforcé ses actions de communauté et d'accompagnement.
Trois ans après son lancement, Dataleum a été distinguée Startup de l'année de l'État de Lagos. En 2023, elle a également reçu le prix de la meilleure startup edtech d'Afrique aux Global Startup Awards. « Se tenir sur scène avec des innovateurs du monde entier et entendre Dataleum nommée meilleure du continent a été un témoignage profond de notre impact », déclare Roberts.
Une vision de long terme centrée sur les talents
Roberts décrit son passage d'un rôle d'opérateur à celui qu'il appelle « Legacy Builder ». « Mon objectif n'est plus seulement de gérer les opérations, mais d'architecturer un environnement où d'autres leaders peuvent émerger », dit-il. Il qualifie les talents africains d'« actif africain » largement inexploité : « Je crois que le talent africain est le moteur inexploité dont le monde a besoin pour résoudre ses problèmes les plus complexes. »
Sa participation au programme Young Africa Innovates du PNUD en 2025 l'a mis en contact avec des entrepreneurs souvent exclus des opportunités, notamment des personnes en situation de handicap et des fondateurs de communautés mal desservies. À plus long terme, il souhaite faire de Dataleum un écosystème durable de talents africains, capable de faire passer le continent de la consommation à l'exportation d'innovation. Il prépare par ailleurs un doctorat à Covenant University sur l'impact de l'intelligence artificielle sur l'efficacité opérationnelle des banques d'importance systémique.


