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À Kakamega, la subvention avicole qui n'a pas payé l'aliment

Trente jeunes de Kakamega ont monté une exploitation avicole avec 80 000 shillings d'épargne, puis reçu 2 millions de shillings de l'Union européenne. Leur premier poste de coût reste la provende — et c'est un autre équipement que la subvention a payé.

5 min de lectureMis à jour il y a 2 minutes
Chickens Somali Poultry Farm Mogadishu
Crédit image : Photo : The African Union Mission in Somalia — CC0 1.0 (Openverse)
Dans cet article
  1. Le fait qui ne colle pas
  2. La thèse
  3. Le mécanisme, maillon par maillon
  4. Ce que la monnaie faible veut dire ici
  5. L'État, présent mais pas là où on l'attend
  6. Le déplacement

Le fait qui ne colle pas

En août 2024, trente jeunes de Kakamega, dans l'ouest du Kenya, mettent en commun 80 000 shillings. Ils achètent des poussins, de la provende, et commencent à élever des poulets de chair. Plus tard dans la même année, le groupe Navakholo ASP CBO Hub reçoit une subvention de 2 millions de shillings de l'Union européenne, exécutée via la FAO, le FIDA et le comté de Kakamega.

Aujourd'hui, l'activité génère environ 3,2 millions de shillings de recettes annuelles, selon Sarah Walekhwa, membre du groupe. Le récit est propre, il est repris tel quel dans les programmes de développement, et il a été présenté lors du lancement de la stratégie « Youth in Agribusiness », organisée à Nairobi par le Conseil des gouverneurs et AGRA.

Sauf qu'à la fin de l'entretien, Sarah Walekhwa dit ceci : « L'aliment est notre principal problème, parce que les coûts de production sont très élevés. » Puis elle précise ce qu'elle demande : 5 millions de shillings pour acheter une machine de formulation d'aliment, un brooder et une écloserie.

La thèse

Une subvention de 2 millions a été accordée à une entreprise dont le poste de coût numéro un est l'aliment, et cette subvention n'a pas servi à produire de l'aliment. Voilà ce que révèle le cas Navakholo : dans l'agriculture kényane, l'argent des bailleurs finance volontiers l'actif qui se photographie — le biofertilisant en cours de certification, la gamme élargie — mais pas le fonds de roulement qui détermine si l'élevage tient ou non.

Le mécanisme, maillon par maillon

Reprenons la chaîne. Un poussin arrive. Il faut le nourrir pendant deux à trois mois avant de le vendre. La provende représente, de l'aveu de l'exploitante, « une part significative » des dépenses. Le texte ne donne pas de pourcentage, et aucun document public consulté ne permet de le chiffrer pour ce groupe précis. C'est une donnée manquante, pas un détail : sans elle, on ne peut pas dire combien de points de marge l'aliment mange.

Ce que l'on sait, en revanche, c'est ce que le groupe fait de ses recettes. Sarah Walekhwa indique qu'il reste « peu d'argent pour réinvestir et s'agrandir ». La subvention de 2 millions, elle, est allée à la diversification : légumes biologiques, valorisation, et un biofertilisant à base de fientes de volaille, enrichi de biochar et de lombricompost, actuellement en cours de certification.

Autrement dit : l'argent a élargi la gamme. Rien dans la documentation ne dit qu'il a réduit le coût unitaire du poulet. Or c'est ce coût qui décide si l'entreprise peut vendre à l'école voisine sans perdre d'argent.

Le second maillon est le marché. Le groupe vend aux écoles, hôtels et hôpitaux, mais se plaint d'un « accès limité » et d'un « faible pouvoir de négociation » face aux intermédiaires, qui jouent un rôle majeur. Le comté a apporté du renforcement de capacités ; la FAO, le FIDA et l'Union européenne ont apporté la subvention. Aucun document ne dit qu'un contrat d'achat a accompagné l'un ou l'autre.

Ce que la monnaie faible veut dire ici

L'inflation kényane est modérée — 4,1 % selon la Banque mondiale en 2025 — mais elle porte sur l'indice des prix à la consommation, pas sur le prix de la provende. La source est catégorique sur un point : l'aliment est le premier poste de coût, et c'est lui qui bloque la réinvestissement. Le groupe achète cet intrant sur un marché qu'il ne fixe pas, et vend ses poulets sur un marché de village et d'institutions locales. L'écart entre les deux ne se lit pas dans l'indice national.

C'est là que se loge la « monnaie faible » de notre série, pour une entreprise kényane : pas dans une dévaluation — le shilling n'est pas documenté ici — mais dans le fait qu'une subvention libellée en shillings finance un actif dont le rendement dépend d'un intrant dont le prix, lui, échappe au comté.

L'État, présent mais pas là où on l'attend

L'agriculture pèse 23,2 % du PIB kényan et emploie 45,8 % de l'emploi total, selon la Banque mondiale (2025). C'est le premier employeur du pays. Pourtant, le crédit au secteur privé ne représente que 29,4 % du PIB — et rien dans la documentation ne dit quelle part va à l'agriculture. Un groupe de trente jeunes sans bilan bancaire n'a pas de garantie à offrir ; d'où le recours à la subvention, puis à l'épargne collective, puis à une nouvelle demande de financement de 5 millions de shillings.

Le programme lancé à Nairobi, porté par le Conseil des gouverneurs et AGRA, promet de s'attaquer à ces obstacles. On ne saura qu'à l'usage s'il finance des actifs ou du fonds de roulement. L'histoire de Navakholo donne un indice : la première subvention a payé ce qui se photographie.

Le déplacement

Il y a une ironie à ce que le biofertilisant du groupe — fabriqué à partir de fientes de poulet, destiné aux sols dégradés du comté — soit en cours de certification pendant que la provende qui nourrit les poules reste, elle, le poste qui étouffe l'entreprise. Le groupe vend un amendement de sol aux petits agriculteurs et achète sa nourriture pour volaille sur un marché qu'il ne contrôle pas. Deux produits, deux logiques, une même ferme.

La question que le cas laisse ouverte n'est pas de savoir si ces jeunes réussiront : ils ont une activité qui tourne et un projet de 5 millions de shillings sur la table. C'est de savoir si les bailleurs accepteront un jour de financer un sac d'aliment plutôt qu'une machine à le fabriquer — et si, à Kakamega, quelqu'un a calculé ce que coûte réellement un poulet avant qu'il n'arrive à l'école.

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