Z_One Fund : 35 M€ pour 100 pre-seeds, l'Italie parie à contresens
Avec un premier close à 35 millions d'euros, Z_One Fund veut financer jusqu'à 100 startups pre-seed italiennes. Mais l'Italie ne compte que 14 tours de Série B en 2025. Le fonds parie sur l'amont sans garantie sur l'aval.

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Le chiffre qui dérange
En 2025, l'Italie a enregistré environ 53 tours de Série A et seulement 14 tours de Série B. Ce déséquilibre, relevé par Fabio Mondini de Focatiis, founding partner chez Growth Capital, dit tout du problème italien : les startups trouvent de l'argent pour démarrer, beaucoup moins pour passer à l'échelle. Sur le premier semestre 2026, les startups italiennes ont levé 813 millions d'euros en 145 tours — et le même Mondini de Focatiis note que si le ticket moyen progresse, les tours pre-seed et seed, eux, reculent.
C'est dans ce contexte que Z_One Fund, nouveau véhicule pre-seed et seed, vient de clôturer son premier tour à plus de 35 millions d'euros. Il vise 60 millions et prévoit jusqu'à 100 investissements, avec des tickets initiaux allant jusqu'à 250 000 euros et du follow-on pour celles qui atteignent leurs jalons.
La thèse de Z_One est simple : inonder l'amont pour créer un flux de startups capables de franchir l'aval. Mais si l'aval reste bouché, cette stratégie produit surtout un embouteillage.
Qui paie, qui décide
Z_One Fund est géré par Eureka! Venture SGR, société de gestion milanaise régulée par la Banca d'Italia et la Consob. Les investisseurs incluent CDP Venture Capital, Zest, Fondazione Compagnia di San Paolo et plusieurs privés. Zest, l'accélérateur romain dont Luigi Capello a quitté la direction en juillet, est particulièrement impliqué : il a été le premier investisseur privé du fonds avec un engagement de 5 millions d'euros. Zest a aussi acquis 20 % d'Eureka! Venture en octobre 2025 et fournit le programme pre-seed du fonds, avec des conseils exclusifs des sociétés du groupe Zest.
« Le double rôle de LP et d'advisor nous permet de contribuer à la croissance du fonds et d'en améliorer les résultats », déclare Marco Gay, CEO de Zest. La formule est honnête : Zest encaisse comme investisseur et facture comme prestataire. Ce que la documentation ne dit pas, c'est comment ce double rôle est rémunéré — ni si les frais d'accélération sont payés par le fonds ou par les startups.
Le modèle de l'accélérateur-fonds
Z_One s'appuie sur l'expérience de Capello, Giulio Montoli et Giulia Fazzini, qui revendiquent plus de 340 investissements, 25 sorties et plus de 80 millions d'euros sous gestion. Leur portefeuille inclut FitPrime, Robot.com, JetHR, Vikey et 2Hire. Le fonds cible l'IA appliquée aux processus métier, à l'administration publique et aux services aux citoyens, ainsi que l'urbantech : efficacité, résilience, mobilité électrique et connectée, gestion intelligente de l'eau et des déchets, sécurité des espaces publics.
L'idée est de financer très tôt, puis d'accompagner via l'accélérateur Zest. Le fonds démarre en Italie mais compte élargir portefeuille et deal flow à l'Europe.
Le précédent qui inquiète
Ce n'est pas la première fois qu'un acteur italien tente de dynamiser le pre-seed. En novembre 2025, Step Fund a clôturé plus de 30 millions d'euros, avec CDP comme investisseur anchor pour 20 millions. En mars 2025, Vento a lancé son deuxième fonds de 75 millions, avec des tickets initiaux de 150 000 euros et un objectif de 375 investissements. P101 SGR a fusionné avec PranaVentures pour créer Prana101, un fonds de 100 millions destiné au pre-seed et au seed, dont le premier close est attendu fin 2026.
Tous ces fonds se ressemblent : ils misent sur l'amont, financés en grande partie par des fonds publics ou parapublics — CDP, fondations bancaires. Le résultat prévisible, que la documentation permet d'énoncer sans trancher : des tickets de taille comparable, dans des secteurs proches, qui devront tous convaincre les mêmes rares investisseurs de Série A.
Le vrai test : la sortie
La question n'est pas de savoir si Z_One peut lever 60 millions ou faire 100 investissements. La question est de savoir si les startups qu'il financera trouveront preneur en Série A puis en Série B. En 2025, l'Italie ne comptait que 14 tours de Série B. Aucun document ne dit comment ce chiffre absorberait 100 nouvelles startups pre-seed.
CDP affirme que son nouveau fonds d'accélérateur peut investir directement dans les meilleures entreprises lors des tours ultérieurs. C'est une réponse partielle : elle sauve quelques dossiers, pas le marché. La documentation ne fournit aucune donnée sur le nombre de fonds de Série A et B actifs en Italie, ni sur la part des investisseurs étrangers dans les tours tardifs italiens — deux maillons manquants pour évaluer si l'aval peut suivre.
Reste un chiffre que la source formule ainsi : l'investissement venture par habitant en Italie en 2025 était de 127 millions d'euros, troisième plus faible d'Europe. La formulation est invérifiable en l'état — un montant par habitant ne peut pas se chiffrer en millions d'euros pour un pays de 59 millions d'habitants — et aucune méthodologie n'est fournie. On la retient pour ce qu'elle signale : le capital-risque italien reste structurellement sous-dimensionné, classé parmi les derniers d'Europe.
ZOne parie que l'abondance en amont créera la demande en aval. C'est l'inverse de la logique habituelle, où l'on finance l'aval pour tirer l'amont. Le test réel viendra dans cinq ou six ans, quand les 100 premières sociétés chercheront leur Série A. D'ici là, une question demeure, que ni ZOne ni CDP ne tranchent : un accélérateur peut-il être juge et partie — investisseur, prestataire et sélectionneur des mêmes startups — sans que la qualité de la sélection en souffre ?