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Salaires dans le capital-risque africain : l'écart qui freine les fonds

Une étude de Dream VC et A&A Collective, publiée en février 2025, chiffre pour la première fois les rémunérations des professionnels de l'investissement sur le continent. L'écart salarial avec les marchés internationaux et la faible diffusion du carried interest compliquent la rétention des équipes.

4 min de lectureMis à jour il y a 40 minutes
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Dans cet article
  1. Un écart salarial documenté par 209 répondants
  2. Des rémunérations inférieures à celles des marchés internationaux
  3. Le carried interest reste concentré en haut de la hiérarchie
  4. Une main-d'œuvre jeune, des parcours encore à structurer
  5. Au-delà du salaire, la question de la rétention

Un écart salarial documenté par 209 répondants

Le débat sur le capital-risque africain porte souvent sur les tours de table, les valorisations et les sorties. Les analystes qui évaluent les dossiers, les associés qui négocient les opérations et les gérants de fonds qui portent la performance restent, eux, peu étudiés. C'est ce vide que comble l'African Investment Salaries Report, publié en février 2025 et élaboré par Dream VC et A&A Collective, selon African Business.

L'étude s'appuie sur 209 réponses collectées dans 28 pays africains. Elle couvre les salaires, les bonus, le carried interest et les parcours de carrière dans le capital-risque, le private equity et les métiers d'investissement associés.

Des rémunérations inférieures à celles des marchés internationaux

L'écart le plus visible concerne la comparaison avec les professionnels exerçant hors du continent. Un analyste basé en Afrique perçoit environ 21 000 $ par an, contre 28 000 $ ailleurs. Au niveau associé, l'écart se creuse : 26 000 $ contre 38 000 $. Pour les gérants d'investissement et les principals, la différence atteint environ 70 000 $ en Afrique contre 110 000 $ à l'international.

Ces montants renvoient à une contrainte structurelle : la taille des véhicules. D'après le rapport, l'actif sous gestion médian s'établit à environ 50 M$ pour les fonds de capital-risque, contre 87,5 M$ pour ceux de private equity. Un fonds de 25 M$ percevant 2 % de frais de gestion annuels dispose ainsi d'environ 500 000 $ par an pour couvrir les salaires, les charges d'exploitation, les frais juridiques et les autres coûts. Dans ce cadre, recruter des profils expérimentés face à des fonds internationaux plus dotés devient difficile.

Le carried interest reste concentré en haut de la hiérarchie

La rémunération ne se limite pas au salaire. Dans ces métiers, le carried interest, ou carry, constitue une part importante de la rémunération de long terme : il permet aux professionnels éligibles de participer aux profits des investissements réussis et crée un mécanisme de fidélisation.

Le rapport constate toutefois que le carry demeure largement réservé aux profils seniors. Les analystes et les associés n'en bénéficient souvent pas, tandis que les principals, les gérants de portefeuille et les directeurs y accèdent plus fréquemment. Même aux échelons élevés, les attributions restent inégales, beaucoup de professionnels recevant peu ou pas de carried interest. Pour les gérants de fonds africains émergents, des structures plus transparentes et plus inclusives pourraient faciliter l'attraction des talents sans peser excessivement sur les budgets opérationnels immédiats.

Une main-d'œuvre jeune, des parcours encore à structurer

Le profil des répondants éclaire aussi la maturité du secteur. Plus de 70 % des participants ont entre 25 et 34 ans. Environ 40 % détiennent un master et 39 % ont suivi une formation internationale. Les femmes représentent près de 43 % des répondants, mais leur part diminue aux postes d'investissement les plus élevés.

L'industrie a donc su attirer des professionnels diplômés et ambitieux, sans encore construire des trajectoires de carrière claires ni un vivier de dirigeants diversifié. La rémunération n'est qu'un volet : le développement professionnel, le mentorat et la participation aux décisions d'investissement comptent autant.

Au-delà du salaire, la question de la rétention

Pendant des années, le renforcement du capital-risque africain s'est pensé en termes de mobilisation de capitaux, d'investisseurs institutionnels et de soutien aux gérants émergents. Ces priorités restent valables, mais les fonds ont aussi besoin d'équipes capables de sourcer les opportunités, de conduire les due diligences, d'accompagner les participations et d'évoluer sur des marchés complexes.

Le rapport de 2025 fournit des repères utiles, avec une réserve : son échantillon, relativement restreint et constitué en réseau, ne peut être considéré comme représentatif de l'ensemble des sociétés d'investissement africaines. Dream VC et A&A Collective ont lancé une nouvelle enquête sur les rémunérations en 2026 pour élargir les données aux métiers d'investissement et de support aux fonds.

Cette transparence accrue doit permettre aux professionnels de négocier plus équitablement, aux gérants de concevoir des packages compétitifs et aux investisseurs de mieux saisir les réalités opérationnelles des fonds africains. L'enjeu dépasse la convergence des salaires avec les marchés internationaux : il s'agit de bâtir une industrie où les talents peuvent mener une carrière durable sans estimer que leurs meilleures perspectives se trouvent nécessairement ailleurs.

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