Le KIFC veut structurer la finance carbone africaine depuis Kigali
Le Kigali International Financial Centre (KIFC) veut positionner le Rwanda comme plateforme de structuration de la finance durable africaine, selon Financial Afrik. Sa directrice générale, Hortense Mudenge, détaille les instruments et incitations prévus pour retenir les capitaux climatiques sur le continent.

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Une agence de promotion pour retenir les véhicules d'investissement au Rwanda
Le Kigali International Financial Centre (KIFC) se présente comme une agence de promotion des investissements chargée de développer l'écosystème financier rwandais. Sa directrice générale, Hortense Mudenge, rappelle que le pays disposait déjà d'un secteur de services financiers structuré, auquel le centre financier international ajoute une brique destinée aux investisseurs visant l'Afrique, selon Financial Afrik.
« Habituellement, les investisseurs qui s'intéressent au continent structurent leurs véhicules ou leurs entités dans des juridictions telles que l'île Maurice, ou entièrement hors d'Afrique. Grâce au KIFC, ils peuvent désormais le faire directement au Rwanda et depuis le Rwanda », explique-t-elle.
Cette démarche s'inscrit dans la Vision 2050 du Rwanda, qui vise une économie à haut revenu, fondée sur la connaissance et résiliente au climat, avec des objectifs précis inscrits dans la stratégie nationale de transformation.
La feuille de route finance durable entre revue à mi-parcours et exécution
Lancée en 2022, la feuille de route pour la finance durable fait l'objet d'une revue à mi-parcours qui couvre les cinq prochaines années, jusqu'en 2032. Les deux à quatre dernières années ont servi à poser les politiques, les cadres et les réglementations. L'enjeu porte désormais sur l'approfondissement de l'écosystème, la mobilisation de capital et les investissements à impact alignés sur les critères ESG.
Interrogée sur la fragmentation réglementaire et la sous-évaluation des crédits carbone africains sur le marché volontaire, Hortense Mudenge distingue deux niveaux. Elle souligne d'abord la complexité des marchés du carbone : reporting, suivi et vérification, exigences réglementaires et compréhension limitée des acteurs. « Il ne s'agit plus seulement d'harmoniser la réglementation : il s'agit de passer à l'exécution », affirme-t-elle.
Elle situe ensuite le rôle du centre financier : un agent du changement et un coordinateur d'écosystème, les ministères et régulateurs restant les garants des politiques. Au Rwanda, un cadre pour le marché du carbone a été établi, une feuille de route existe et un registre est en cours de développement.
Des instruments dédiés aux porteurs de projets et aux investisseurs
L'intervention du KIFC porte sur la structuration, c'est-à-dire les instruments. Le potentiel est jugé important pour la finance mixte comme pour la création de véhicules à usage spécifique, que les investisseurs peuvent mobiliser pour lever des capitaux adossés aux crédits carbone. Le centre financier travaille avec les décideurs politiques et les régulateurs pour clarifier le cadre, inciter les acteurs et renforcer les compétences de l'écosystème.
Sur la sécurisation des transferts d'actifs carbone et le rapatriement des capitaux, la directrice générale rappelle que le KIFC dispose d'un cadre assorti d'incitations pour structurer ces opérations depuis le Rwanda. Elle précise que le pays n'impose aucune restriction en matière de propriété, de rapatriement des bénéfices ou de devises, ce qui limite les contraintes de contrôle des changes pour les investisseurs.
Normes ESG : l'Afrique dans les alliances internationales
Membre du conseil d'administration de la World Alliance of International Financial Centers (WAIFC), Hortense Mudenge insiste sur le partage de connaissances entre places financières. Elle y voit une plateforme d'échange permettant de reproduire localement les pratiques des centres plus avancés et de s'inspirer de l'expertise des économies développées en matière de normes internationales, de lignes directrices et de reporting de divulgation.
Le KIFC participe également au réseau Financial Centres for Sustainability (FC4S), centré sur l'agenda ESG. L'accent y est désormais mis sur le capital et l'exécution : après la mise en place des cadres et des politiques, la question est de traduire ces dispositifs en capitaux effectivement mobilisés. Elle cite à ce titre le Fonds vert du Rwanda, qui met en place un véhicule destiné à soutenir l'investissement dans des projets verts et des initiatives de durabilité.


