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La BCEAO relève à 4 millions de FCFA le plafond des comptes de monnaie électronique

La BCEAO relève de 2 à 4 millions de FCFA le plafond des avoirs en monnaie électronique et de 10 à 15 millions le rechargement mensuel, à compter du 2 novembre, selon SeneNews. Le Dr Seydou Bocoum alerte sur les risques de fraude, de perte de traçabilité fiscale et de pression concurrentielle sur les banques.

4 min de lectureMis à jour il y a 3 h
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Dans cet article
  1. Une instruction signée le 8 octobre par le gouverneur
  2. Un risque accru de fraude et d'usurpation d'identité
  3. Une traçabilité fiscale menacée

Une instruction signée le 8 octobre par le gouverneur

À compter du 2 novembre, un client pourra détenir jusqu'à 4 millions de FCFA en monnaie électronique auprès d'un même établissement émetteur, selon SeneNews. Le plafond des avoirs passe ainsi de 2 à 4 millions de FCFA, tandis que le rechargement mensuel est porté de 10 à 15 millions de FCFA. Cette mesure figure dans l'instruction n° 020, signée le 8 octobre 2026 par le gouverneur Jean-Claude Kassi-Brou.

La BCEAO précise que ces plafonds peuvent être franchis, mais uniquement après autorisation préalable de la Banque. Pour les utilisateurs de mobile money, l'évolution ouvre la voie à des transactions de montants plus élevés, dans une région où les services bancaires classiques restent peu accessibles à une partie de la population et des entreprises.

Un risque accru de fraude et d'usurpation d'identité

Le Dr Seydou Bocoum, docteur en économie numérique, voit dans cette décision une réponse à l'évolution des usages financiers en Afrique de l'Ouest. Il souligne que le mobile money s'est imposé pour les transferts, les paiements et les transactions commerciales, et que le relèvement des plafonds peut favoriser l'inclusion financière, le commerce numérique et la formalisation d'activités.

Il avertit toutefois que la hausse des montants en circulation accentue les conséquences possibles d'une fraude, d'une usurpation d'identité, d'une escroquerie ou d'un détournement. « Plus les montants pouvant transiter par les portefeuilles électroniques augmentent, plus les conséquences potentielles d'une fraude, d'une usurpation d'identité, d'une escroquerie ou d'un détournement peuvent être importantes », déclare-t-il.

La concurrence avec les banques en question

Selon le spécialiste, les opérateurs de monnaie électronique peuvent capter une part croissante des paiements et de la relation client, historiquement détenues par les banques. Il estime que 4 millions de FCFA correspondent déjà à la somme mensuelle d'une bonne partie des cadres urbains de l'UEMOA, et qu'un versement de salaire directement sur un wallet ferait perdre à la banque le client, la donnée et la relation commerciale.

Il rappelle que la Banque mondiale prévenait dès 2023 que le plafond de 2 millions limitait déjà la pression concurrentielle des émetteurs de monnaie électronique sur les banques. « Le plafond double, la surveillance reste à zéro. L'inclusion financière ne doit pas se faire au détriment de la sécurité financière », prévient-il.

Une traçabilité fiscale menacée

Le Dr Bocoum pointe aussi l'absence de trace exploitable par le fisc dans les transferts de wallet à wallet. L'argent circule de téléphone à téléphone sans passer par un compte bancaire identifiable, sans relevé ni fichier de recoupement, alors que la collecte de la TVA et de l'impôt sur le revenu repose largement, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Bénin et au Burkina Faso, sur les informations transmises par les banques.

« L'État ne sait plus où est l'argent, combien il y en a ni entre les mains de qui », résume-t-il. Il évoque une « cécité structurelle » plutôt qu'une fraude organisée, et estime qu'une supervision obligatoire aurait pu compenser en partie cette perte de visibilité.

Trois priorités de contrôle

L'instruction n° 020 prévoit que les émetteurs conservent au moins 65 % des actifs de contrepartie de la monnaie électronique sous forme de dépôts à vue. Cette exigence soutient la disponibilité des fonds et la liquidité, mais ne suffit pas, selon le spécialiste, à prévenir les arnaques, détecter le blanchiment ou assurer la traçabilité fiscale de chaque opération.

Il préconise trois axes : renforcer la surveillance des transactions avec des outils capables d'identifier les comportements inhabituels et les réseaux de comptes suspects ; améliorer la coopération entre la BCEAO, les cellules de renseignement financier, les autorités de contrôle et les administrations compétentes ; imposer aux prestataires des exigences vérifiables en cybersécurité, gestion des incidents, information des clients et traitement des réclamations. Il appelle également à évaluer la capacité réelle de la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI) de la BCEAO à porter cette architecture.

« La réussite de la finance numérique en UEMOA dépendra non seulement du volume des transactions, mais aussi de la capacité des institutions à sécuriser les paiements, à détecter les abus et à préserver la confiance des utilisateurs », conclut-il.

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