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Grey lance Paycheck et veut bancariser les salariés en devises

La fintech Grey, soutenue par Y Combinator, a dévoilé Paycheck, un compte salaire destiné aux professionnels rémunérés en devises étrangères. L'entreprise revendique près de 5 Md$ de volumes de paiement cumulés et veut désormais loger l'épargne et le crédit de ses utilisateurs.

4 min de lectureMis à jour il y a 4 minutes
Idorenyin Obong, CEO, et Joseph Femi Aghedo, COO, cofondateurs de Grey
Dans cet article
  1. Un compte salaire pour capter la devise à la source
  2. Le crédit, angle mort des travailleurs à distance
  3. Épargne, cartes et avantages pour retenir les fonds
  4. Grey Business, moteur de la croissance

Un compte salaire pour capter la devise à la source

Grey a présenté Paycheck lors de la conférence Moonshot 2026 organisée par TechCabal, selon Technext. Le produit s'adresse aux professionnels qui perçoivent leur rémunération en dollars, en livres sterling ou en euros. Il prévoit le tri automatique des salaires, la gratuité des versements entrants, des tirages de récompenses mensuels et un support prioritaire.

Selon Idorenyin Obong, cofondateur et directeur général de Grey, l'ambition est de sortir du rôle de simple canal de change. La plateforme revendique près de 5 Md$ de volumes de paiement cumulés, plus de 40 millions de transactions et 3 millions d'utilisateurs répartis dans 70 pays.

« Quand nous avons lancé Grey, c'était un pur produit de change », a-t-il déclaré à Technext. « Nous l'avons ensuite fait évoluer vers ce qu'il est aujourd'hui, et nous avons été très attentifs à ne pas être un simple point de passage. »

Le crédit, angle mort des travailleurs à distance

Le raisonnement tient à un paradoxe bancaire. Ces salariés gagnent souvent plusieurs fois le salaire local en devise forte, mais les bureaux de crédit classiques ne savent pas lire des revenus versés via des rails étrangers. Résultat : l'accès à un prêt immobilier ou même à un découvert reste difficile.

« Le problème que nous constatons, c'est que les personnes qui reçoivent leur salaire via notre produit n'ont souvent pas accès au crédit », explique Idorenyin Obong. « Pourquoi ? Parce que les bureaux de crédit standards n'évaluent quasiment jamais des devises étrangères arrivant via une autre banque. »

Grey s'appuie sur les données accumulées depuis six ans pour évaluer la régularité des encaissements. La fréquence des versements sert de signal : un revenu mensuel stable ouvre droit à des montants plus élevés qu'un flux irrégulier de freelance.

Pas de risque porté au bilan

Pour cette phase, la fintech ne prête pas sur ses propres fonds. Elle s'appuie sur des partenaires prêteurs, qui conservent le risque de crédit. « Nous ne mettons aucun risque à notre bilan en proposant ce produit, et c'est pourquoi nous travaillons avec des partenaires de prêt très crédibles », précise le dirigeant.

Ce montage évite d'immobiliser de la liquidité et de courir après des licences bancaires pays par pays. Les fonctionnalités de crédit et de rendement seront déployées par vagues, marché par marché, avec des acteurs locaux agréés.

Épargne, cartes et avantages pour retenir les fonds

Paycheck inclut un taux d'intérêt de 3 % sur l'épargne pour les titulaires du compte, contre 2 % pour les autres utilisateurs. S'y ajoutent 1 % de remise en points sur les dépenses par carte, des forfaits de données eSIM pour les voyageurs, des accès à des espaces de coworking, des options d'investissement en crypto dans certaines juridictions et, à venir, des cartes physiques en plastique et en métal libellées en dollars.

Ces briques s'articulent avec Pouch, lancé quelques semaines plus tôt, qui permet de cloisonner son épargne par objectif. « Nous ne pensons pas qu'une seule chose suffise ; nous construisons un écosystème complet », argue Idorenyin Obong.

Sur la logistique des cartes physiques, l'entreprise assume plusieurs partenaires bancaires et plusieurs émetteurs pour éviter de laisser ses clients sans solution en cas de rupture. Le coût d'expédition reste à la charge de l'utilisateur, avec un engagement de tarifs abordables.

Grey Business, moteur de la croissance

L'activité B2B lancée début 2026 a traité 61,4 M$ sur ses quatre premiers mois et dépasse désormais 100 M$ de volumes cumulés. Cette montée en charge porte la croissance totale des volumes de la société à 170 %-175 % sur un an.

Le segment est tiré par les startups financées qui doivent convertir un capital offshore en dépenses courantes en monnaie locale, ainsi que par les PME commerçantes qui utilisent les nouveaux rails de paiement en yuan chinois (RMB). « Grey Business aurait dû arriver bien plus tôt pour notre entreprise », reconnaît le dirigeant.

Rapprocher les paiements de masse de Grey Business, disponibles dans plus de 170 pays, et les comptes salaire de Paycheck dessine une boucle fermée entre employeurs et salariés. Interrogé sur ce point, Idorenyin Obong répond sans détour : « C'est l'objectif. »

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