Dix entrepreneurs qui structurent l'économie numérique de la musique africaine
Des maisons de disques aux plateformes de distribution, d'analyse et de gestion des royalties, une génération d'entrepreneurs construit les infrastructures commerciales de la musique africaine. Tour d'horizon de dix profils qui accompagnent les artistes indépendants, selon Technext.

Dans cet article
Afrobeats, Amapiano et d'autres sons du continent ont conquis des audiences bien au-delà de l'Afrique, portés par Spotify, Apple Music ou Boomplay. Derrière les artistes qui cumulent les écoutes, un réseau d'entrepreneurs monte les structures qui rendent cette expansion possible : maisons de disques, distributeurs numériques, services de streaming, outils d'analyse et plateformes de gestion des droits, selon Technext.
Leur point commun : s'adresser en priorité aux musiciens indépendants, longtemps dépendants des labels traditionnels et des réseaux établis. Certains lancent des carrières internationales, d'autres fournissent la technologie qui permet de toucher un public, de comprendre son audience et de monétiser son travail.
Distribution et labels : la première brique
Don Jazzy a fondé Mavin Records en 2012, après la dissolution de Mo' Hits Records, le label nigérian qu'il avait cofondé avec D'banj. Mavin couvre la découverte de talents, le développement d'artistes, la production, le marketing numérique et la distribution internationale, avec à son actif des noms comme Rema, Ayra Starr, Korede Bello, Reekado Banks et Johnny Drille. Kupanda Capital y a investi en 2019, puis Universal Music Group a annoncé une prise de participation majoritaire en 2024, dans le but de renforcer la distribution mondiale et le développement d'artistes.
Michael Ugwu a créé Freeme Digital en 2013, à une époque où les musiciens nigérians disposaient de peu de voies directes vers les plateformes internationales. Il avait auparavant dirigé iROKING, une plateforme de divertissement numérique nigériane, et occupé le poste de premier directeur général de Sony Music West Africa. Freeme s'est étendu à la distribution, l'édition, les services de label, la production de contenus et le développement d'artistes. Sa plateforme KORA, développée avec Revelator, permet aux artistes et labels africains de gérer sorties numériques, informations de catalogue, royalties et paiements.
Damilola « Dapper » Akinwunmi a lancé Dapper Music and Entertainment en 2018, d'abord centré sur la distribution et les services aux artistes. L'activité est devenue le Dapper Group, présent dans la musique enregistrée, l'édition, le spectacle vivant et le cinéma. Via Dvpper Digital, le groupe accompagne la distribution vers les plateformes et la gestion des sorties. Il indique avoir distribué plus de 2 000 titres et dépassé le milliard d'écoutes sur Audiomack.
Des outils pour gérer une carrière
Ayoola Oni dirige Melior, une plateforme nigériane de music tech qui veut simplifier la gestion d'un musicien indépendant. Il avait cofondé Ejoya Music en 2018, et son expérience de la distribution lui avait montré le poids des e-mails, tableurs et traitements manuels. Melior réunit distribution, analyse des écoutes, suivi des revenus et gestion des collaborateurs dans un même environnement, avec des services destinés à permettre à certains artistes d'accéder à un financement adossé à leurs revenus musicaux.
Ayomide Oriowo et Similoluwa Adegoke ont créé TurnTable Charts en 2020, alors que la mesure de la popularité d'un titre sur plusieurs plateformes devenait un casse-tête au Nigeria. La société agrège et analyse des données de consommation pour classer titres, albums et artistes, en intégrant le streaming et la diffusion radio, ce qui donne une vision plus large que les chiffres d'un seul service. TurnTable a élargi ses sources aux principales plateformes numériques.
Omobosola Karimat Alaka est cofondatrice de Hafrikplay, plateforme nigériane de streaming et d'outils pour créateurs lancée en 2021 avec Oluwamayowa Fapohunda, Destiny Ezenwata et Abolaji Alaka. Le service associe écoute et fonctions destinées aux artistes : distribution, analyse, monétisation. En 2025, l'entreprise a déclaré plus de 15 000 artistes et 100 000 utilisateurs actifs.
Streaming, production et marchés secondaires
Martin Møller Nielsen dirige Mdundo, service kényan de streaming et de téléchargement pensé pour les réalités du numérique africain : prix accessibles, téléchargements et partenariats avec les opérateurs télécoms, plutôt que le modèle fondé sur l'abonnement généralisé. En juin 2025, Mdundo a déclaré 40,5 millions d'utilisateurs actifs mensuels. La conversion de cette audience en revenus d'abonnement durables reste toutefois un défi, ce qui a conduit la plateforme à privilégier les abonnés payants et les canaux de paiement direct.
Ms Mavy, productrice et entrepreneuse aux racines camerounaises et guadeloupéennes, a fondé Afroplug en 2021. La plateforme rend plus accessibles les ressources de production pour les musiques africaines, caribéennes et latines : instrumentales, packs de samples, outils de création, avec des possibilités de licence et de monétisation pour les créateurs indépendants. En 2025, elle a indiqué qu'Afroplug dépassait 100 000 utilisateurs dans le monde.
Nodjigno Pierre Yao Nihtael travaille depuis le Togo via Façonné Music, sur la distribution numérique, le développement d'artistes, la préparation des sorties et la stratégie média. Il a contribué à la distribution et au développement de plus de 50 artistes et projets musicaux, en aidant à préparer les titres pour les plateformes, organiser les métadonnées, gérer les profils numériques et bâtir des plans de promotion. Dans des marchés plus petits, l'accès aux labels, au management professionnel et aux réseaux internationaux reste limité.
Camille Storm, dirigeante kényane, a fondé Camille & Co. en 2018 et C&C Distro en 2020. Ancienne journaliste musicale, elle avait lancé en 2011 le blog The Camille Way pour mettre en avant les artistes émergents d'Afrique de l'Est, avant d'élargir son activité au management, aux relations publiques et à la distribution. C&C Distro aide des musiciens africains indépendants à diffuser leurs titres sur Spotify, Apple Music et Deezer, avec du marketing musical, du placement en playlists et du soutien promotionnel.
Retenir la valeur sur le continent
À mesure que la musique africaine gagne de nouveaux publics, la question devient celle de la conversion de ce succès en opportunités durables pour ceux qui la créent. Un meilleur accès à la distribution, des données sectorielles fiables, des systèmes de royalties transparents et des technologies abordables permettraient à davantage d'artistes de vivre de leur travail sans dépendre d'un grand label. Pour les entreprises qui développent ces services, l'enjeu ne réside pas seulement dans la portée de la musique africaine, mais dans la part de valeur qui reste sur le continent.


