Aller au contenu principal
Live
AnalysesNigériaNigéria

Dangote Cement : les 5 % d'Otedola, la moitié du flottant

Le milliardaire nigérian vise 5 % du plus gros cimentier d'Afrique, valorisé 14 milliards de dollars. Mais avec 86,65 % du capital verrouillé par la holding d'Aliko Dangote, ce bloc représente près de la moitié de ce qui reste à acheter.

5 min de lectureMis à jour il y a 2 minutes
Lafarge cement factory and the Danube - Black Sea Canal
Crédit image : Photo : Gabriel — BY 2.0 (Openverse)
Dans cet article
  1. La thèse : ce n'est pas du ciment, c'est un coffre-fort
  2. Le vrai problème : il n'y a presque rien à acheter
  3. Où va l'argent d'Otedola
  4. Ce que la Bourse de Lagos encaisse
  5. Le déplacement : quand le flottant devient le vrai risque

Vendredi 23 octobre 2026, Dangote Cement a clôturé à 1 111 nairas sur le Nigerian Exchange, en hausse de 10 % — la limite quotidienne autorisée par la place de Lagos. En une séance, la capitalisation du cimentier a grossi de 1,7 trillion de nairas, soit 1,28 milliard de dollars au change du jour, pour atteindre 18,7 trillions de nairas, environ 14 milliards de dollars. Le motif de cette flambée : Femi Otedola, président de First HoldCo et vétéran du carburant devenu investisseur, chercherait à porter sa participation à 5 % du capital, selon des personnes proches du dossier. Ni Dangote Cement ni Otedola n'ont confirmé l'opération, et la taille des achats déjà réalisés n'a pas été divulguée.

Un bloc de 5 % vaut environ 936 milliards de nairas, 702 millions de dollars, au cours de vendredi. Voilà pour les faits.

La thèse : ce n'est pas du ciment, c'est un coffre-fort

L'achat d'Otedola ne se comprend pas comme une conviction sur le béton. Il se comprend comme un arbitrage dans une économie où l'épargne rapporte moins que l'inflation. La Banque mondiale estime l'inflation nigériane à 23 % en 2025. Le crédit intérieur au secteur privé ne représentait que 13,2 % du PIB en 2023. Dans ce paysage, une action qui a gagné 82 % depuis janvier — de 609 à 1 111 nairas — et qui a plus que triplé depuis janvier 2024 offre un rendement que l'épargne bancaire ne procure pas.

Otedola l'a dit lui-même en janvier 2024, quand il a révélé sa première position, alors que le titre cotait autour de 350 nairas. Il invoquait la préservation du patrimoine à long terme, les deux terminaux d'exportation du cimentier — donc des recettes en devises — et un historique de dividendes de plus de 2,1 trillions de nairas ces dernières années. C'est sa déclaration, pas notre interprétation : il met en avant le change et le dividende, pas la capacité de production.

Le vrai problème : il n'y a presque rien à acheter

La mécanique de l'opération révèle un marché plus étroit qu'il n'y paraît. Dangote Industries, la holding d'Aliko Dangote, détenait 86,65 % de Dangote Cement à la fin de 2025. Il reste donc moins de 10 % de titres en circulation. Un bloc de 5 % représenterait environ la moitié de tout ce qui est disponible pour les investisseurs extérieurs.

Autrement dit, Otedola ne peut pas construire cette position sans faire monter le prix : chaque achat retire une part d'un flottant déjà minuscule. La hausse de 10 % de vendredi n'est pas un signal sur la demande mondiale de ciment ; c'est le prix de la rareté. Un marché où le principal actionnaire verrouille près de 87 % du capital et où un seul acheteur peut absorber la moitié du reste n'est pas un marché liquide. C'est un club.

Où va l'argent d'Otedola

L'homme ne met pas tous ses œufs dans le ciment. Il détient environ 26,7 % de First HoldCo, la maison mère de First Bank of Nigeria, soit 12,15 milliards d'actions, via des participations directes et des véhicules dont Calvados Global Services, qui a acheté près de 2,87 milliards de titres entre juillet et août. À 144,10 nairas vendredi, ce bloc vaut 1,75 trillion de nairas, environ 1,31 milliard de dollars ; la seule séance de vendredi lui a rapporté 159 milliards de nairas, 119 millions de dollars.

Il contrôle aussi Geregu Power, producteur d'électricité coté. Sa fortune a été estimée à 1,3 milliard de dollars en mars. En août, il déclarait avoir investi plus de 600 milliards de nairas de sa fortune personnelle dans First HoldCo, avec un seuil d'investissement « toujours au-dessus de 51 % ». Cette phrase vaut pour First HoldCo, où il est déjà majoritaire en intention ; elle ne dit rien de ses intentions chez Dangote Cement, où 5 % ne donnent aucun contrôle.

Ce que la Bourse de Lagos encaisse

La séance de vendredi ne profite pas qu'aux deux titres. L'indice All-Share a gagné 0,92 % à 247 222,27 points, et la capitalisation totale du marché a augmenté de 1,47 trillion de nairas sur la séance pour atteindre 160,52 trillions, environ 120 milliards de dollars. Deux titres ont tiré l'indice. Voilà la réalité d'une place financière où quelques familles pèsent lourd : les entrées nettes d'IDE au Nigeria ont été de 4 milliards de dollars en 2025, selon la Banque mondiale, dans un PIB de 290,8 milliards.

La comparaison avec le reste de l'économie est brutale. Le PIB par habitant est de 1 224 dollars. Le crédit au secteur privé est de 13,2 % du PIB. Une action qui vaut 14 milliards de dollars et qui appartient à 86,65 % à un seul homme n'est pas un indicateur de la santé industrielle du pays ; c'est un refuge pour ceux qui ont déjà des nairas à protéger.

Le déplacement : quand le flottant devient le vrai risque

Reste une question que personne ne pose à Lagos. Si Otedola atteint 5 %, le flottant de Dangote Cement passerait d'un peu moins de 10 % à environ 8 % du capital — une division par deux de ce qui reste disponible en pratique, puisque Dangote Industries garderait ses 86,65 %. Le Nigerian Exchange impose des règles de flottant minimal aux entreprises cotées ; Dangote Cement vit déjà en dessous de l'usage pour les grandes capitalisations, sans que la documentation consultée permette de chiffrer ce seuil.

La conséquence est mécanique : le prix devient ce que deux hommes décident qu'il est. Et le jour où l'un des deux veut sortir, il n'y a plus de marché pour l'absorber. Ce n'est plus une action, c'est un actif immobilier avec une cotation. Pour le petit porteur nigérian qui a acheté à 1 100 nairas vendredi, la question n'est pas de savoir si Dangote Cement vend du ciment. C'est de savoir s'il pourra revendre.

Maillage