AfriFlux : les entreprises dominent les flux de stablecoins au Nigeria
Selon AfriFlux, 967 comptes d'entreprise ont déplacé 2,26 Md$ en stablecoins au Nigeria entre juillet et septembre 2026, contre 493 M$ pour 209 495 adresses de détail. Moins de 0,5 % des comptes concentrent 81 % de la valeur observée.

Un marché à deux vitesses sur les mêmes rails
Les 22 plateformes nigérianes suivies par AfriFlux ont enregistré 2,26 Md$ de flux en stablecoins portés par 967 comptes d'entreprise au troisième trimestre 2026, rapporte Condia. Sur la même période, 209 495 adresses de détail ont déplacé 493 M$. Moins de 0,5 % des comptes concentrent ainsi 81 % de la valeur observée.
Ces chiffres ne couvrent pas l'ensemble du marché nigérian des stablecoins : ils correspondent à ce que la société de cartographie peut lire sur les blockchains. Dans ce périmètre, l'usage grand public, souvent mis en avant, reste minoritaire en valeur.
Un dépôt type de 19 $ contre 7 151 $
L'écart se lit sur un seul dépôt. Le dépôt de détail médian s'établit à 19 $, contre 7 151 $ pour un compte d'entreprise, soit environ 376 fois plus. Le rythme diffère aussi : une adresse de détail réalise près de neuf dépôts dans le trimestre, un compte professionnel environ soixante.
Deux adresses de détail sur trois ont effectué au moins deux dépôts, contre quatre comptes d'entreprise sur cinq. Les dépôts de détail ont progressé de 23 % entre le deuxième et le troisième trimestre, passant de 402 M$ à 493 M$, avec environ 59 000 adresses supplémentaires. Les flux professionnels ont crû plus vite, de 40 %, de 1,62 Md$ à 2,26 Md$.
Obiex, Flutterwave et Quidax concentrent l'activité
La concentration est forte côté entreprises. Obiex, où les clients professionnels disposent d'adresses de dépôt dédiées, a enregistré 1,77 Md$ de flux professionnels au troisième trimestre, contre 1,46 Md$ auparavant. Les flux des comptes professionnels de Flutterwave sont passés de 62 M$ au deuxième trimestre à 305 M$ au troisième. Ceux de Quidax ont presque doublé, de 103 M$ à 190 M$.
Flutterwave illustre cette irrégularité : sur 186 comptes professionnels au troisième trimestre, un seul portait 76 % des montants et cinq en concentraient la quasi-totalité. Sur l'ensemble des flux professionnels, le premier centile des comptes a déplacé un tiers de la valeur, contre moins d'un quart au trimestre précédent.
Des règlements entre entreprises encore peu documentés
Le fait marquant ne tient pas à la taille des flux mais à leur forme. Des fintechs et des plateformes nigérianes se règlent entre elles, portefeuille à portefeuille, chaque semaine, sans que ces mouvements apparaissent dans les communiqués. AfriFlux ne nomme une relation que lorsque les portefeuilles la rendent visible : les paiements partent de portefeuilles contrôlés par une entreprise connue et arrivent sur ceux d'une autre, de façon répétée.
Cinq relations remplissent ces conditions au troisième trimestre. Spenda a envoyé 40,9 M$ à Quidax, dont 33,2 M$ de portefeuille principal à portefeuille principal et 7,7 M$ via une adresse de dépôt alimentée uniquement par Spenda, sur les 27 semaines allant d'avril à septembre. Quidax a versé 22,3 M$ à Obiex, essentiellement sur une adresse de dépôt qui tire 82 % de ses entrées de Quidax. Jeroid a payé 4,3 M$ à Obiex, chaque semaine, pour un paiement type de 51 000 $. Grey a transféré 2,8 M$ à Quidax, principalement sur Solana, lors de 26 des 27 semaines. Azza a réglé 0,46 Md de nairas en cNGN à Daya Pro depuis le 24 août ; Azza est elle-même alimentée par des solvers du protocole HyperFX, qui lui ont envoyé 0,38 Md de nairas au troisième trimestre.
Deux plateformes jouent le rôle de hubs : Obiex reçoit des flux professionnels de neuf des plateformes suivies, Quidax de six. Ces relations nommées représentent environ 70 M$, soit près de 3 % des flux professionnels. Le reste, mesuré mais non attribuable, n'est pas nommé.
Un détail plus large, mais plus concentré qu'il n'y paraît
Le segment de détail ne ressemble pas au segment professionnel. L'adresse de détail type a déposé 49 $ sur le trimestre, mais le premier centile des adresses porte 73 % de la valeur de détail, contre 33 % côté professionnel. La croissance est venue d'un élargissement du nombre d'utilisateurs, avec environ 59 000 adresses supplémentaires, tandis que le dépôt médian reculait de 22 $ à 19 $.
Ce que la chaîne ne montre pas
Les données proviennent de blockchains publiques, ce qui les rend vérifiables mais limitées. Une adresse ne correspond pas à une personne : un individu peut détenir plusieurs adresses de dépôt et un compte professionnel peut servir de nombreux clients. Chez Onboard, la plupart des dépôts sur le réseau Base correspondent en réalité à des versements sur des comptes virtuels en dollars, et non à des rechargements d'utilisateurs. La chaîne ne révèle ni les registres internes, ni les règlements en monnaie fiduciaire, ni l'identité des clients. Elle montre en revanche qui a payé qui, quand et à quelle fréquence.


