Kiriku Voice Challenge : AI Hub Senegal publie des modèles d'IA en wolof, pulaar et sérère
AI Hub Senegal a présenté les résultats du Kiriku Voice Challenge, qui s'appuie sur 210 heures de données vocales en wolof, pulaar et sérère publiées en accès libre. Deux modèles de reconnaissance et de synthèse vocale ont été mis à disposition sur Hugging Face pour outiller les développeurs locaux.

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Une restitution au Noom Hôtel de Dakar
AI Hub Senegal, l'Ambassade de France au Sénégal et Vie Publique Sénégal ont dévoilé vendredi à Dakar les résultats du Kiriku Voice Inclusive & Creative Challenge, rapporte Le Soleil. La cérémonie s'est tenue au Noom Hôtel, en présence de représentants ministériels, de startups, de développeurs et d'étudiants.
L'initiative repose sur 210 heures de données vocales en wolof, pulaar et sérère, rendues accessibles librement afin de soutenir la création de solutions d'intelligence artificielle adaptées aux besoins des populations.
« Si l'IA ne parle pas les langues locales, elle en exclut automatiquement ses locuteurs », a déclaré Aymar Prigent, attaché de coopération pour l'innovation et l'économie numérique à l'Ambassade de France au Sénégal.
Deux modèles et des jeux de données ouverts
Le programme s'inscrit dans le cadre du projet Sen Hub IA, mené avec le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique. Il s'organise autour de trois axes : le développement des compétences et de l'employabilité des jeunes, la promotion des usages de l'IA et le soutien à l'écosystème entrepreneurial.
C'est ce dernier volet qui a porté la campagne de collecte et d'annotation vocales, conduite avec le Centre de linguistique appliquée de Dakar (CLAD). Sur les 210 heures recueillies, 150 heures concernent la reconnaissance automatique de la parole (ASR) et 60 heures la synthèse vocale (TTS). Deux modèles en sont issus : M-Kiriku ASR et M-Kiriku TTS.
« Sans données linguistiques de qualité, il ne peut y avoir de solutions IA adaptées », a souligné Aymar Prigent. Les modèles, jeux de données et benchmarks ont été publiés en accès libre sur Hugging Face, via la page d'AI Hub Senegal, pour être réutilisés par les développeurs, chercheurs et entrepreneurs.
Dix finalistes et plus de deux millions de FCFA de prix
Le challenge, organisé avec Vie Publique Sénégal, a réuni développeurs, entrepreneurs, linguistes, designers et spécialistes. Les participants devaient identifier un problème concret, exploiter les ressources vocales de Kiriku et produire un prototype dans un temps limité, accompagnés par des mentors.
Sur 74 candidatures, 15 équipes ont été retenues, dont dix finalistes. Plus de deux millions de FCFA de prix sont prévus, complétés par un accompagnement d'un à deux mois pour consolider les projets. Expresso et GeekTec comptent parmi les partenaires.
Santé, agriculture, éducation et finance en ligne de mire
Le recours à la voix doit faciliter l'accès aux services numériques pour les personnes peu à l'aise avec le français ou les interfaces écrites. La santé, l'agriculture, l'éducation, les services financiers et l'administration figurent parmi les secteurs susceptibles d'en bénéficier.
« L'avenir de l'intelligence artificielle en Afrique ne se construira pas uniquement en utilisant les technologies des autres », a affirmé le président d'AI Hub Senegal, pour qui le pays « ne doit pas seulement être un marché pour l'intelligence artificielle », mais aussi « un territoire où l'on conçoit, développe, teste et déploie des solutions d'IA ».
Il a toutefois prévenu que la disponibilité des modèles ne garantit pas leur adoption : « La prochaine étape n'est donc pas simplement de construire des modèles qui comprennent nos langues, mais de construire des solutions qui comprennent nos besoins. »
Vers des tests en conditions réelles
La restitution ouvre une nouvelle phase : AI Hub Senegal veut encourager les tests en conditions réelles, l'amélioration des prototypes et la recherche de partenaires pour leur déploiement. « Nous voulons que les prototypes trouvent des utilisateurs, que les utilisateurs deviennent des partenaires et que les partenaires contribuent à faire passer les solutions à l'échelle », a déclaré le président de la structure.
Un appel est lancé aux entreprises, institutions publiques, organisations de la société civile et acteurs de la santé, de l'agriculture, de l'éducation et de la finance. Aymar Prigent a salué une démarche montrant qu'« en investissant dans les données locales, les compétences et les collaborations, nous faisons émerger une intelligence artificielle souveraine, inclusive et résolument tournée vers l'avenir ».


