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Raenest : Victor Alade décrypte les défis des paiements transfrontaliers en Afrique

Victor Alade, cofondateur et CEO de la fintech Raenest, estime que le véritable obstacle pour les entreprises africaines opérant à l'international n'est pas l'envoi d'argent mais la coordination des devises, des banques et des régulations. Il évoque aussi le rôle potentiel des stablecoins, à condition que leur usage reste simple.

4 min de lectureMis à jour il y a 40 minutes
Victor Alade, CEO de Raenest.
Dans cet article
  1. Le vrai problème n'est pas l'envoi d'argent
  2. Des coûts cachés qui pèsent sur la trésorerie
  3. Fiabilité et stablecoins : les attentes des entreprises
  4. Ce dont les entreprises africaines auront besoin ensuite

Le vrai problème n'est pas l'envoi d'argent

Pour Victor Alade, cofondateur et directeur général de Raenest, la principale difficulté des entreprises qui opèrent au-delà des frontières ne se résume pas à émettre ou à recevoir des paiements. Le défi consiste plutôt à gérer plusieurs devises, plusieurs relations bancaires et plusieurs cadres réglementaires tout en conservant une visibilité et un contrôle sur ses finances, selon Technext.

Un règlement international n'est presque jamais une opération isolée pour une entreprise africaine qui vend à l'étranger. Les fonds doivent parfois être convertis en monnaie locale, servir à payer des salariés, être envoyés à des fournisseurs à l'étranger ou conservés en devise pour des dépenses futures. Chaque étape implique un choix, un coût ou un délai supplémentaire.

Les entreprises peuvent aussi devoir composer avec plusieurs prestataires financiers, répéter des procédures de vérification et faire face à l'incertitude sur la date d'arrivée des fonds. Ces difficultés s'accentuent à mesure qu'elles s'implantent sur de nouveaux marchés, recrutent à l'international et dépendent de fournisseurs hors de leur pays d'origine.

« Quand vous résolvez le problème initial de la réception d'argent, les questions suivantes apparaissent : où est-ce que je le conserve ? Quand dois-je le convertir ? Comment payer les outils que j'utilise ou envoyer de l'argent à quelqu'un dans un autre pays ? », détaille Victor Alade.

Des coûts cachés qui pèsent sur la trésorerie

La finance transfrontalière introduit des incertitudes qui compliquent les décisions : durée réelle des transactions, variation des taux de change, montant effectivement perçu par le destinataire. Autant d'éléments qui gênent la planification des dépenses et la gestion de la trésorerie.

Un paiement tardif à un fournisseur peut ainsi perturber l'activité, même si l'entreprise dispose des fonds nécessaires. De même, une société qui détient des liquidités dans une devise mais doit régler des charges dans une autre doit arbitrer entre le moment de la conversion et le niveau de risque de change qu'elle peut supporter.

Ces difficultés se complexifient encore lorsque les entreprises opèrent dans des pays dont les systèmes bancaires et les réglementations diffèrent. Raenest, par exemple, s'est étendue depuis l'Afrique vers des marchés comme les États-Unis, l'Inde et les Philippines. Victor Alade souligne que les services financiers ne peuvent pas être simplement dupliqués d'un pays à l'autre : ils doivent être adaptés aux usages et aux conditions locales. Les pièces justificatives demandées aux clients, les moyens de paiement privilégiés et les devises varient fortement selon les marchés.

Fiabilité et stablecoins : les attentes des entreprises

Pour les fintechs, l'enjeu est de simplifier les opérations financières internationales de leurs clients tout en s'adaptant à des systèmes hétérogènes. À mesure que la concurrence s'intensifie sur les paiements transfrontaliers, la fiabilité devient déterminante. La rapidité des transferts et la réduction des frais comptent, mais les entreprises recherchent aussi des prestataires capables d'absorber les évolutions réglementaires et les incidents imprévus.

Lorsqu'une société dépend d'une plateforme pour payer ses salariés ou ses fournisseurs, toute interruption affecte l'ensemble de ses opérations. La continuité de service et la qualité de la communication en cas de problème sont donc devenues des critères essentiels.

Les stablecoins apparaissent comme une voie possible pour transférer de la valeur à l'international. Conçus pour maintenir une valeur relativement stable par rapport à un actif sous-jacent, souvent le dollar américain, ils peuvent constituer une alternative à certaines routes de paiement classiques. Leur intérêt est manifeste là où les transferts internationaux sont lents, coûteux ou difficiles d'accès.

Mais utiliser un stablecoin pour déplacer de la valeur ne revient pas à disposer d'un service financier complet. Les clients doivent pouvoir conserver leurs actifs en sécurité, les convertir en monnaie locale et payer des personnes ou des entreprises qui n'acceptent pas nécessairement les actifs numériques. La liquidité, la conformité réglementaire et la fiabilité des options de paiement locales comptent tout autant.

« Chez Raenest, notre philosophie sur les stablecoins est simple : vous devez pouvoir faire avec des stablecoins tout ce que vous pouvez faire avec vos dollars ou vos nairas : recevoir, conserver, envoyer, dépenser et faire fructifier votre argent », affirme Victor Alade.

Pour une entreprise, cela pourrait signifier recevoir un paiement international et l'utiliser pour régler la facture d'un fournisseur. Pour un particulier, il s'agirait de percevoir des revenus, de conserver des dollars ou de les convertir en monnaie locale selon les besoins. L'adoption dépendra toutefois de la fiabilité des services associés, notamment des outils de suivi et de rapprochement des transactions.

Ce dont les entreprises africaines auront besoin ensuite

À mesure que les entreprises africaines étendent leur présence à l'international, leurs besoins financiers se diversifient. Au-delà des transferts internationaux et des comptes multidevises, elles réclament des outils pour piloter leur trésorerie, encadrer les dépenses des salariés, gérer la paie et rapprocher les transactions.

L'accès au financement reste crucial, en particulier pour les entreprises dotées d'un historique commercial solide mais qui peinent à obtenir des fonds de roulement. C'est là que la technologie peut intervenir.

« Le défi de long terme consiste à bâtir des services financiers qui restent fiables à mesure que les entreprises grandissent et que les marchés évoluent », estime Victor Alade.

Il imagine un avenir où les sociétés africaines pourraient encaisser leurs revenus internationaux, payer leurs fournisseurs et gérer les dépenses de leurs équipes avec moins de démarches contraignantes. Les particuliers devraient également pouvoir recevoir des paiements, détenir plusieurs devises et constituer une épargne ou des investissements sans obstacles inutiles. De meilleurs historiques financiers pourraient ouvrir la voie à des services plus adaptés et à un accès élargi au financement.

La question centrale est de savoir si l'infrastructure financière saura s'adapter assez vite. Si les entreprises africaines peuvent désormais toucher des clients partout dans le monde, la gestion financière de ces échanges internationaux demeure délicate. Pour réussir, elles ont besoin non seulement de systèmes de paiement plus rapides, mais aussi de liens fiables entre comptes, devises, conformité et décisions financières quotidiennes.

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